Guerre en Afghanistan - 2010, l'année la plus meurtrière

Soldats afghans à Kaboul sur les lieux d’un des deux attentats, hier, en Afghanistan<br />
Photo: Agence France-Presse (photo) Shah Marai Soldats afghans à Kaboul sur les lieux d’un des deux attentats, hier, en Afghanistan

L'Afghanistan a été, ce week-end, le théâtre d'attaques meurtrières de la part des talibans au moment où le bilan des soldats étrangers tués franchissait la barre des 700 en 2010. Depuis 2001, au moins 2270 militaires étrangers sont morts, dont 154 Canadiens.

Au moins treize soldats et policiers afghans ont été tués dans deux attaques-suicides séparées contre l'armée afghane hier, l'une à Kaboul, l'autre à Kunduz (nord), tandis que le bilan des soldats étrangers tués a franchi la barre des 700 en 2010, de loin l'année la plus meurtrière depuis le renversement du régime taliban en 2001.

Parmi ces militaires étrangers tués en Afghanistan, un 154e soldat canadien a trouvé la mort. Le caporal Steve Martin a été tué samedi au cours d'une patrouille à la suite de l'explosion d'une bombe artisanale, a indiqué hier le ministère de la Défense du Canada.

Steve Martin «était en opération dans la province de Kandahar», indique le ministère dans un communiqué. «Nous n'oublierons pas ce soldat alors que nous continuons à apporter la sécurité et l'espoir aux gens de la province de Kandahar», ajoute le document.

«C'est grâce aux soldats canadiens comme lui que nous continuons de faire des progrès réels en Afghanistan, de reconstruire le pays et de contribuer à la paix et à la sécurité de sa population», a dit de son côté le premier ministre Stephen Harper, également dans un communiqué.

Sur le terrain, deux extrémistes portant des vestes bourrées d'explosifs ont attaqué un autocar transportant des officiers de l'armée afghane à Kaboul, tuant cinq militaires et en blessant neuf autres.

Les talibans ont revendiqué la responsabilité de cette attaque, la plus importante dans la capitale afghane depuis le mois de mai, lorsque six soldats étrangers avaient péri dans un attentat à la voiture piégée.

Les deux assaillants ont ouvert le feu contre l'autocar sur la principale route menant de Kaboul à Jalalabad, un peu plus à l'est, le long de laquelle se trouvent des casernes de l'OTAN et de l'armée afghane. L'un d'eux s'est fait exploser et l'autre a été abattu par la police avant d'actionner sa bombe. Les images télévisées du véhicule calciné ont témoigné de la violence de l'attaque.

Dans le nord du pays, neuf militaires et policiers afghans ont été tués et quinze autres blessés à Kunduz, où la chancelière allemande Angela Merkel s'était rendue la veille à la rencontre des soldats allemands de la Force internationale d'assistance à la sécurité (ISAF).

D'après le ministère de la Défense, quatre kamikazes au moins ont attaqué un centre de recrutement de l'armée. Deux se sont fait exploser à l'entrée du complexe. Deux autres ont réussi à pénétrer dans l'enceinte, où des combats ont éclaté et se sont poursuivis jusque dans l'après-midi.

De la fumée et des flammes se sont élevées des bâtiments vers lesquels ont convergé des renforts militaires afghans et étrangers.

L'artillerie a ouvert le feu par moments contre les bâtiments, dont se sont échappés une quarantaine de militaires. À l'intérieur, des tirs d'armes légéres ont retenti.

Dans un communiqué, le président Hamid Karzaï a qualifié ces attaques de «crime important et impardonnable (commis par) des ennemis de l'Afghanistan opposés au renforcement des forces de sécurité afghanes».

Le bilan des pertes étrangères en Afghanistan a atteint les 700 morts pour la seule année 2010 au cours de la nuit de samedi à hier.

Les pertes étrangères en 2010 dépassent largement celles de 2009, qui était pourtant la pire année jusqu'à présent avec 521 tués. Les opérations contre la rébellion islamiste des taliban ont gagné en intensité depuis 18 mois.

Au total, au moins 2270 militaires étrangers, dont environ deux tiers d'Américains, sont morts en Afghanistan depuis 2001, selon des statistiques établies par Reuters et le site internet www.iCasualties.org.

Cibles plus faciles en raison de leur équipement souvent insuffisant, l'armée et la police afghanes ont probablement subi des pertes bien plus élevées mais le gouvernement ne publie aucune donnée précise. Elles constituent en outre des cibles stratégiques pour les talibans car elles sont censées prendre à terme la relève des forces étrangères pour assurer la sécurité du pays.

Le nombre de victimes civiles du conflit a aussi atteint un niveau record cette année.

Le président américain Barack Obama a fait état cette semaine de progrès contre les talibans tout en admettant que de nombreux défis restaient à relever.

Il a jugé que les États-Unis étaient sur la bonne voie pour commencer à retirer leurs soldats d'Afghanistan à partir de juillet 2011, comme prévu.

Les talibans ont qualifié ces propos de propagande.

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Avec l'Agence France-Presse
4 commentaires
  • André Michaud - Inscrit 20 décembre 2010 09 h 05

    Condoléances et Respect

    Toutes nos condoléances aux familles de nos militaires morts au combat pour défendre les valeurs occidentales contre les talibans anti-démocratie, anti-sciences, anti-arts, anti femmes, utilisant lâchement leurs femmes et enfants comme chair à canon...

    Mon père a combattu les nazis et nos militaires combattent les talibans qui sont encore pire que les nazis.. On a reproché à mon père d'avoir été se battre contre les nazis pour défendre les méchants anglos, comme on reproche à nos militaires de combattre les talibans uniquement pour les américains... Certains n'apprennent rien de l'histoire..et s'enferment dans l'angélisme et le peace and love primaire déconnecté de la réalité..

  • Yves Claudé - Inscrit 20 décembre 2010 14 h 02

    Doublement victimes

    Les soldats étrangers qui meurent sur le sol afghan sont doublement victimes : victimes d'une propagande militariste qui a l'impudence de magnifier une guerre qui serait « humanitaire », et victimes de cette guerre perdue d'avance qui n'a d'autres objectifs que d'assouvir la soif de vengeance de certains dirigeants états-uniens et de maintenir en place un régime corrompu et néoféodal à la solde des USA.

    Si le décompte des victimes militaires est des plus précis, qu'en est-il des victimes civiles, et en particulier du nombre de ces civils tués par les militaires étrangers ?

    Il est sans doute paradoxal de remarquer que les soldats étrangers en Afghanistan, enfermés dans leurs camps retranchés ainsi que dans une propagande infantilisante, sont moins au fait de la situation locale, que leurs compatriotes qui ont accès à des informations substantielles et objectives sur ce pays.

    Le discours des Harper et compagnie, se complaisant dans des enflures humanistes, parfaitement décalé par rapport à la réalité afghane, a de moins en moins de prise sur les citoyens qui demandent avec de plus en plus d'insistance pourquoi on envoie nos soldats à la mort, alors que des négociations sont déjà en cours sur la question qui est au coeur de l'insurrection talibane, la place de l'ethnie pachtoune dans la structure politique et économiqe de l'Afghanistan.

    Ayant séjourné à deux reprises en Afghanistan et m'informant régulièrement sur la situation de ce pays, il m'est impossible, "avec la meilleure volonté du monde ...", d'accorder le moindre crédit aux affubulations propagandistes de Monsieur Harper et de ses semblables.

    Yves Claudé

  • Gilbert Troutet - Abonné 20 décembre 2010 20 h 54

    Un pays occupé

    Mes parents ont vécu l'occupation de l'armée allemande en France. Ce que j'ai lu et entendu de cette période me fait penser à l'Afghanistan d'aujourd'hui : une armée d'occupation étrangère, véritable machine de guerre, qui s'appuie sur un gouvernement local servile et acceptant tant bien que mal de «collaborer».
    Dans les témoignages sur la France occupée, les résistants étaient désignés comme des insurgés et des terroristes. Mal équipés, mais habiles et courageux, ils ont réussi à infliger de lourdes pertes à l'envahisseur et à faciliter la progression des troupes alliées.
    Le général De Bollardière, qui avait démissionné de son poste au moment de la guerre d'Algérie, écrivait : «Une armée ne peut pas se battre contre un peuple.»
    Comme dit M. Michaud (un commentaire précédent), certains n'apprennent rien de l'histoire.

  • Michaël Lessard (micles.biz) - Abonné 22 décembre 2010 21 h 28

    Avec un tel titre, où sont les civils ? // Nazi et guerre

    Est-ce que je rêve ou est-ce que cet article de Reuters ne parle pas des décès non militaires alors qu'il se titre « l'année la plus meurtrière ». Personnellement, si j'étais journaliste, je ne pourrais pas écrire un article qui occulte les décès non militaires.


    @André Michaud Sauf votre respect, les militaires eux-mêmes sont souvent les premiers à savoir qu'il y a une différence totale entre a) tenter d'écraser une résistance politique interne (une insurrection/guerre civile) et b) vaincre une armée nationale comme celle de l'Allemagne de l'époque.

    L'armée allemande, une fois vaincue militairement, les soldats souvent retiraient leur uniforme, se cachaient, etc. L'armée cessait le combat.

    La réalité : les Taiibans, comme « armée », sont militaires vaincus depuis 2001, sauf que tu ne peux pas exterminer toute une force culturelle et politique.

    Bon nombre de militaires et d'expert.es de l'OTAN vont vous le dire: l'objectif est de gagner la paix, de faire régner le droit et un jeu politique (non violent). La paix et le droit ne s'imposent pas simplement par la force brute. Le règne du droit et la négociation non violente sont des choses incroyablement difficile à instaurer (choses tellement prises pour acquises en Occident).

    M. Michaud, je vous soumets respectueusement qu'il y a peut-être une poutre dans votre oeil quand vous accusez les autres de ne pas voir la réalité. Ce n'est pas une simple armée à vaincre tels des héros.

    Par contre, je connais bien les mouvements antiguerres et je conviens que plusieurs oublient que les Talibans ne sont effectivement pas une résistance progressiste ni démocratique. Les mouvements sociaux oublient de dénoncer aussi le refus de bon nombre de Talibans de se faire élire ou la tentative de tuer des gens qui vont voter. Pour la question de femmes, elles dénoncent toutes les factions: la sexisme violent des seigneurs de guerre élus est dénoncé autant que celui des Talibans.

    La doctrine