Israël et ses Arabes - Des rabbins lancent un appel à la discrimination

Plusieurs centaines de rabbins orthodoxes ont publié une lettre ouverte appelant les juifs à ne pas vendre ou louer à des non-juifs un logement, un acte qu'ils qualifient de «sacrilège». Particulièrement visés: les Arabes, qui constituent 20 % de la population israélienne. «Quiconque vend ou loue un appartement [à des non-juifs] dans un quartier où vivent des juifs cause un grand tort à ses voisins, vu que le mode de vie [des non-juifs] est différent de celui des juifs, qu'ils nous persécutent et viennent s'immiscer dans notre existence», estiment les quelque 300 signataires.

L'appel a provoqué un tollé dans les médias israéliens et les organisations de défense des droits de l'homme. Plusieurs dizaines d'autres rabbins l'ont également dénoncé: ils l'estiment fondé sur une interprétation fallacieuse et anachronique des textes religieux juifs. La controverse est d'autant plus vive que les auteurs de la lettre sont dans leur grande majorité des rabbins fonctionnaires, qui assurent les services religieux dans les synagogues municipales ou dirigent des écoles religieuses.

«Le racisme financé par le contribuable», a titré le quotidien (de gauche) Haaretz dans son éditorial.

Le manifeste a été condamné par plusieurs dirigeants politiques, y compris le premier ministre israélien, Benjamin Nétanyahou.

«Comment réagirions-nous si quelqu'un proclamait qu'il est interdit de vendre des maisons à des juifs?», s'est-il interrogé, faisant allusion à l'histoire de l'antisémitisme en Europe. Cette condamnation morale n'a cependant pas été suivie de sanctions malgré les nombreux appels, notamment de députés arabes israéliens, à des poursuites pour incitation à la haine raciale et à démettre immédiatement les rabbins concernés.

Le poids politique des religieux en Israël est à nouveau sur la sellette: comment sévir contre des rabbins ultraorthodoxes lorsque le ministre des Affaires religieuses est lui-même un ultrareligieux, affilié au Shas, un des partis de la coalition gouvernementale?

Malgré les critiques, de nombreux Israéliens se reconnaissent dans le manifeste, souligne le sociologue Menachem Friedman, professeur à l'Université Bar-Ilan. «Les rabbins disent tout haut ce que beaucoup d'Israéliens pensent tout bas.» Pour lui, les signataires jouent sur les angoisses de la population: «Avec leur dénonciation des non-juifs, ils condensent toutes les peurs, peur des Arabes systématiquement associés au Hamas et au Hezbollah, crainte provoquée par l'afflux de réfugiés d'Érythrée ou du Soudan qui engendrent les mêmes réactions de racisme qu'en Europe. Les rabbins surfent sur la tendance au repli de la société israélienne qui se vit de plus en plus comme une forteresse assiégée.»