Liban - Le Hezbollah serait mis en cause dans l'assassinat de Rafic Hariri

Les limiers qui enquêtent sur le meurtre de l'ancien premier ministre libanais Rafic Hariri, en 2005, privilégient la piste du mouvement chiite Hezbollah, mais ils soupçonnent également de complicité l'ancien chef du protocole du défunt, Wissam al-Hassan, actuellement à la tête de la section du renseignement des Forces de sécurité intérieure de son pays.

C'est ce que vient de révéler la chaîne de télévision CBC, qui dit tenir ses informations de sources au sein de la Commission d'enquête internationale indépendante mise en place par l'ONU et de documents émanant de cette dernière.

Le réseau anglophone affirme, au terme de son enquête «de plusieurs mois», que les indices recueillis par les enquêteurs libanais et étrangers montrent «de façon accablante que les assassins appartenaient au Hezbollah». La CBC étaie cette affirmation sur des preuves relatives à des communications par téléphone cellulaire et par téléphone fixe.

Selon la CBC, des sources proches de l'enquête soupçonnent M. al-Hassan de complicité depuis un certain temps déjà, notamment parce qu'il s'était absenté le jour de l'attentat, mais la hiérarchie de l'ONU n'aurait pas donné suite à ces soupçons pour des raisons diplomatiques.

En mai 2009, le journal allemand Der Spiegel avait lui aussi montré du doigt le Hezbollah. L'hebdomadaire n'avait cependant pas évoqué la complicité présumée de l'ancien chef du protocole de Hariri.

«Si elle s'avère, cette information est choquante parce que Wissam al-Hassan était l'homme de confiance du père comme du fils Hariri [Saad, le premier ministre actuel], celui à qui on confiait les missions impossibles et qui était réputé être hors du champ d'influence du Hezbollah, de la Syrie et de l'Iran», a dit hier Sami Aoun, professeur de science politique à l'Université de Sherbrooke.

Il reste à savoir si les documents cités par la CBC seront ou non retenus par Me Daniel Bellemare, le procureur québécois du Tribunal spécial pour le Liban (TSL), créé en 2007 en vertu d'une résolution du Conseil de Sécurité de l'ONU.

Le Hezbollah, un parti chiite soutenu par l'Iran et la Syrie et qui dispose de sa propre milice, s'est refusé hier à tout commentaire sur les informations diffusées par la CBC. La formation politique et militaire, qui s'attend depuis au moins un an à ce que certains de ses membres soient inculpés par le TSL, promet de s'opposer à leur arrestation. Son chef, Hassan Nasrallah, avait encore menacé il y a une dizaine de jours de «couper la main qui se tendra vers un seul» des membres de son mouvement.

Le dépôt d'accusations relativement au meurtre de Rafic Hariri est imminent quoique le TSL, que le Hezbollah accuse d'être à la solde de l'État d'Israël, n'ait pas encore avancé de date.

En 2005, l'attentat à la voiture piégée contre M. Hariri avait suscité au sein de la population libanaise et de la communauté internationale une indignation telle que la Syrie, soupçonnée d'avoir manipulé les assassins, avait dû mettre fin à la tutelle qu'elle exerçait depuis près de trente ans sur le pays des cèdres. Ce dernier, où règnent aujourd'hui une paix et une stabilité relatives, est l'objet d'une intense activité diplomatique ces jours-ci, signe que l'on y redoute une flambée de violence lorsque des accusations seront portées contre le Hezbollah.

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Avec Reuters
9 commentaires
  • michel lebel - Inscrit 23 novembre 2010 04 h 46

    L'avenir du Liban?

    Tout un panier de crabes le Liban! Une poudrière! Souhaitons qu'il n'y ait pas une autre guerre civile. Mais est-ce que tout ce monde, le Hezbollah et les autres Libanais peuvent longtemps vivre en paix ensemble? Deux "mondes" en oppostion, avec des visions différentes du futur et de la vie. Je ne crois malheureusement pas que le Liban soit au bout de ses peines.

  • Duchêne Denys Mehdi - Inscrit 23 novembre 2010 07 h 36

    Complément d'infos.

    Contrairement à ce qu'affirme l'auteur de l'article, la chaîne de télé al-Alam rapportait que les hautes instances du Hezbollah ont continué à affirmer que c,est Israël qui est derrière cet attentat.

    Jurgën Kulbël, ex enquêteur de la RDA(Allemagne de l,Est) maintenant journaliste a fait paraître un ouvrage en 2006 démontrant que la Commission de l'ONU a dès le départ de l'enquête joué un rôle politique plutôt qu'un rôle indépendant de toute influence en éliminant les pistes du Mossad(service secret israélien) et de la CIA, tout comme les partenaires commerciaux d'Hariri et de Libanais expatriés.

    Kulbël avec preuves à l'appui indique que la destabilisation du Liban par une guerre interconfessionnelles en vue de l'affaiblir semblent être au coeur de la stratégie de l'enquête. Et qu,à l'instar de l'intervention en Irak, tout indique qu'on est dans la fabrication de preuves et dans la tromperie.

    @M.Lebel

    Que cela vous plaise ou non, sans la branche armée du Hezbollah, le Liban serait devenu une deuxième Cisjordanie depuis 20 ans. Ce n'est tout de même pas l'armée libanaise, à peine compétente pour s'occuper de la circulation qui va protéger le Liban de l'État voyou israélien.

  • Gravelon - Inscrit 23 novembre 2010 08 h 46

    Deux poids deux mesures

    Comment se fait-il que la communauté internationale s'est tellement investie dans un procès qui relève des affaires domestiques du Liban tout en condamnant d'avance Le hezbollah, et qu'elle reste étrangement silencieuse face aux massacres perpétrés par Israel et ses violations du droit international. Les américains et les occidentaux en général souffrent d'un certain autisme quand il s'agit de l'ami israelien. La journée où ils s,en rendront compte, il sera peut-être trop tard

  • Gravelon - Inscrit 23 novembre 2010 08 h 48

    guerre des religions

    Le Liban et l'Irak présentent certaines similarités, plusieurs confessions y ont cohabité pacifiquement et harmonieusement pendant des années, jusqu'à l'intervention des israeliens et des américains.

  • Pierre Rousseau - Abonné 23 novembre 2010 11 h 05

    L'éléphant

    ... dans une maison de porcelaine! Cette affaire est une illustration des problèmes posés par l'intervention de la justice pénale internationale dans des zones de conflits inter-groupes. D'une part, on veut mettre fin à l'impunité qui existe malheureusement trop souvent dans ces conditions et on veut se servir de la Cour pénale internationale (CPI) pour décourager les leaders de factions armées de se servir de la violence à des fins politiques, en poursuivant certains d'entre eux. D'autre part, l'intervention de la CPI risque de mettre de l'huile sur le feu dans un conflit latent, d'entraîner ces leaders qu'on soupçonne de crimes graves dans leurs derniers retranchements et de les radicaliser encore plus.

    Le rôle des enquêteurs de la CPI, nonobstant les circonstances politiques, est déjà très difficile car il faut amasser suffisamment de preuve pour donner au moins l'option aux procureurs de déposer des accusations et d'avoir au minimum une probabilité raisonnable de condamnation. Ils doivent faire face à des témoins qui risquent leur vie s'ils témoignent et qui devront vraisemblablement s'exiler etc. Le fardeau de preuve requis de la poursuite demeure celui de prouver la culpabilité des accusés hors de tout doute raisonnable et la preuve présentée doit nécessairement satisfaire ce fardeau.

    Il n'est pas non plus déraisonnable de croire que parmi les enquêteurs il y a des gens qui sympathise avec l'une ou l'autre des parties au conflit car une enquête dans un pays comme le Liban doit être faite avec au moins un grand nombre d'enquêteurs provenant du pays - pour des enquêteurs étrangers, il est presqu'impossible de faire une telle enquête par eux-mêmes, dans un pays avec autant de niveaux de conflits.

    Alors, la question est de savoir comment non seulement faire justice mais aussi s'assurer que le pays ne sombre pas non plus dans un autre cycle de violence.