Au sommet de Lisbonne - L'OTAN s'arme d'une nouvelle stratégie

Hamid Karzaï au sommet de l’OTAN: l’heure de quitter l’Afghanistan?<br />
Photo: Agence France-Presse (photo) Dominique Faget Hamid Karzaï au sommet de l’OTAN: l’heure de quitter l’Afghanistan?

C'est un sommet qui se veut «historique». À l'issue de deux jours de discussions, les dirigeants des 28 pays de l'Alliance atlantique, réunis à Lisbonne, ont décidé d'une nouvelle et ambitieuse stratégie en rupture avec celle qui dominait. Premier événement: elle va s'employer à un retrait en bon ordre d'ici à 2014 de la majorité de ses troupes d'Afghanistan où elle a déployé 150 000 hommes. Deuxième événement: elle va relancer sa coopération avec la Russie et l'associer à la mise en oeuvre d'un bouclier antimissile en Europe. Troisième ambition: se moderniser et se réorganiser pour adapter ses structures aux futures missions des corps expéditionnaires qui interviendront, selon la nouvelle stratégie, pour régler des crises dans le monde.

Est-il réaliste de quitter l'Afghanistan d'ici la fin de 2014?

Sur ce dossier, l'OTAN joue sa crédibilité. Si le retrait se passe mal, si les insurgés prennent Kaboul ou une grande ville dans les mois ou les années qui suivent, celle-ci en sera durablement affectée. Pas question dès lors d'un départ de l'Afghanistan comparable à celui de l'Armée rouge en février 1989 qui ressemblait à une retraite. Le retrait des troupes de l'OTAN sera donc progressif et décidé «district par district à partir du printemps prochain» jusqu'à parvenir au transfert total de la sécurité au gouvernement afghan. Selon le plus haut gradé américain, amiral Michael Mullen, la date de ce départ est gravée dans le marbre. «Tout le monde a signé», a-t-il indiqué hier sur la chaîne ABC. Il n'a pas voulu révéler le nombre de troupes qui resteront en Afghanistan après cette date butoir. On sait déjà que les États-Unis y garderont des bases et que le président Hamid Karzaï soutient une telle option. L'exemple irakien imprègne la stratégie américaine et, donc, celle de l'OTAN. Le maître d'oeuvre de l'opération sera là encore le général David Petraeus, l'homme qui a sorti l'armée américaine du bourbier irakien. C'est à lui qu'il reviendra d'estimer si les conditions dans un district — une unité administrative entre la commune et la région — permettent le passage du témoin à l'armée afghane Ce faisant, cette stratégie de sortie vise à donner l'impression que le départ n'a rien d'un échec tout en donnant satisfaction aux opinions publiques européennes aux yeux desquelles la guerre est de plus en plus impopulaire. C'est d'ailleurs avant un sommet du G20 qu'Obama avait annoncé le début de retrait des forces américaines à l'été 2011.

Kaboul tiendra-t-il sans l'OTAN?

C'est le coeur du problème. L'annonce d'un retrait, alors que l'OTAN ne peut se prévaloir d'aucun réel succès sur le terrain, a été analysé par les insurgés comme un début de victoire.

C'est «un signe d'échec» pour Washington qui «n'a pas réussi à obtenir une assistance militaire supplémentaire de la part des autres membres de l'OTAN» ou un engagement à continuer les opérations sur le long terme, réagissaient fort justement hier les talibans dans un communiqué.

D'ici 2014, on voit mal une armée et une police afghanes capable de tenir tête à une insurrection qui a conservé jusqu'à présent l'initiative sur le terrain, comme l'a reconnu hier la secrétaire d'État Hilary Clinton. L'OTAN compte sur l'accroissement des effectifs de ces deux forces, qui devraient atteindre 305 000 hommes dès la fin 2011. Ce sera assez pour défendre les grandes villes aux côtés des «conseillers» occidentaux. Mais insuffisants pour tenir le pays, le reconstruire et le développer. A voir les déclarations des uns et des autres, il semble que l'OTAN n'ait pas encore pris la dimension du conflit qui ne saurait être réglé tant que la question pachtoune et celle de la drogue n'auront été traitées.

Que signifie la nouvelle coopération Otan-Russie?

«Notre sécurité est indivisible» a souligné le secrétaire général de l'Otan Andres Fogh Rasmussen devant les dirigeants des 28 pays de l'Alliance et le président russe Dmitri Medvedev. Deux ans après la crise qui a suivi l'invasion de la Géorgie en août 2008, les relations russo-atlantiques prennent un nouveau départ. «La guerre froide c'est fini, le Pacte de Varsovie c'est fini, l'Union Soviétique c'est fini» a résumé Nicols Sarkozy. Moscou participera non seulement à la logistique pour les troupes de l'OTAN en Afghanistan, mais il devient un partenaire dans le bouclier antimissile qui sera mis en oeuvre sur le vieux continent. Il est destiné à protéger le territoire européen contre toute attaque balistique, en premier lieu venant d'Iran. Mais longtemps — notamment pendant les années Bush — le Kremlin le considérait comme une menace. «La Russie doit encore se faire une idée définitive de ce que sera ce système» a rappelé Medvedev à Lisbonne pour bien signifier qu'il ne se s'agit pas d'un oui inconditionnel. Moscou exige de «participer pleinement» mais se refuse à n'être qu'un complément. Or, l'Alliance n'a pas encore décidé quel serait le rôle russe dans ce dispositif et pense moins à un système intégré entre les défenses antimissiles qu'à de simples échanges d'informations ou d'alertes. Et la méfiance russe reste forte. «L'OTAN déclare qu'elle n'est pas une menace pour la Russie, mais ne dit si elle considère la Russie comme une menace» regrette Dmitri Rogozine ambassadeur de la Russie auprès de l'Alliance. Avec sa présence à Lisbonne, Medvedev s'affirme comme le symbole d'une nouvelle détente marquant sa différence avec son rival Poutine.