Afghanistan - L'aide américaine à la reconstruction se perd dans un «labyrinthe»

Les États-Unis ont dépensé des milliards pour la reconstruction sans contrôle des dépenses.<br />
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Les États-Unis ont dépensé des milliards pour la reconstruction sans contrôle des dépenses.

Washington — Les milliards de dollars alloués par les États-Unis aux 7000 organismes voués à la reconstruction de l'Afghanistan se perdent dans un «labyrinthe» qui empêche de savoir si l'argent est utilisé à bon escient.

Selon un rapport de l'Inspecteur général pour la reconstruction de l'Afghanistan (SIGAR), Washington a déboursé «près de 18 milliards de dollars» entre 2007 et 2009, distribués entre 7000 «organisations à but non lucratif et sociétés privées», installées en Afghanistan et travaillant à la reconstruction du pays, à laquelle les États-Unis ont consacré 55 milliards depuis 2001.

Le texte, adressé notamment à la secrétaire d'État, Hillary Clinton, à son collègue de la Défense, Robert Gates, ou encore à l'ambassadeur américain en Afghanistan, Karl Eikenberry, signale qu'«il est compliqué de s'y retrouver dans le labyrinthe déroutant que constituent les sociétés engagées par le gouvernement» américain.

Pas de base de données


Tant le Pentagone que le département d'État et l'USAID, l'Agence américaine pour le développement international, «sont incapable de dire clairement combien d'argent ils ont dépensé en contrats dédiés aux activités de reconstruction en Afghanistan», pointe le rapport, premier audit sur le sujet.

Le SIGAR regrette notamment que n'ait pas été créée «une base de données centrale destinée à suivre l'évolution des différents projets de reconstruction lancée par les agences et ministères américains», contrairement à une recommandation qu'il avait faite par le passé.

Et le rapport d'épingler le Pentagone, au sein duquel «co-existent quatre organismes chargés de gérer les contrats de reconstruction financés par le département de la Défense qui ne se coordonnent pas entre eux». Pire, indique le texte, «le partage d'informations entre les agences gouvernementales est réduit à sa plus simple expression».

«Cet audit est fondamental, car si nous ignorons à qui nous donnons de l'argent, il est pratiquement impossible de surveiller le système dans son ensemble», indique l'Inspecteur général, Arnold Fields.

Construction défaillante


Dans un autre rapport paru simultanément, le SIGAR s'alarme du fait que six installations de la police nationale afghane financées par le corps des ingénieurs de l'armée américaine sont «si mal construites qu'elles sont inutilisables à l'heure actuelle [...] et pourraient s'effondrer lors d'un tremblement de terre». La société engagée pour les travaux est une firme afghane appelée Basirat Construction.

Des six installations, trois doivent encore être achevées, mais, explique le texte, «il y a peu de chances pour que Basirat Construction finisse les chantiers restants avec les fonds alloués au départ vu le très grand nombre de réparations à effectuer» sur les trois premières installations déjà livrées ou en passe de l'être.

Arnold Fields met en cause le corps d'ingénieurs de l'armée américaine pour son manque de «surveillance» des chantiers.