Afghanistan - Karzaï reconnaît recevoir de l'argent de pays étrangers

Kaboul — Le président afghan, Hamid Karzaï, a admis hier que son administration recevait des sommes d'argent en espèce du gouvernement iranien et de plusieurs pays, dont les États-Unis, mais il a assuré qu'il s'agissait d'aide officielle, mettant toutefois en lumière les circuits troubles de financement en Afghanistan.

«Le gouvernement d'Iran aide mon bureau avec cinq, six ou sept cent mille euros une ou deux fois par an, c'est de l'aide officielle», a reconnu le chef de l'État afghan devant la presse à l'occasion d'une visite du président tadjik Imomali Rakhmon.

«C'est transparent, c'est quelque chose dont j'ai même discuté avec l'ex-président George Bush. Rien n'est caché et les États-Unis font de même», a ajouté Karzaï.

Washington sceptique


Les États-Unis, cependant, se sont dits hier «sceptiques quant aux motifs» pour lesquels le gouvernement iranien aurait donné de l'argent à l'administration de kaboul. «Nous restons sceptiques quant aux motifs iraniens, étant donné le rôle déstabilisateur qu'ils ont joué par le passé avec leurs voisins», a notamment indiqué Philip Crowley, le porte-parole du département d'État américain.

L'aveu du chef d'État afghan intervient après la publication samedi par le New York Times d'un article mettant en cause le chef de l'administration présidentielle afghane, Oumar Daoudzaï.

Selon le quotidien, ce dernier a reçu de fortes sommes d'argent transportées par l'ambassadeur iranien dans des sacs et les a ensuite versées sur un fonds secret utilisé par la présidence pour payer des députés, des chefs de tribus et même des responsables talibans, afin de s'assurer de leur loyauté.

Caisse noire


«Il s'agit d'aide officielle. [Oumar] Daoudzaï reçoit l'argent du gouvernement iranien conformément à mes ordres», a ajouté M. Karzaï. «Tout cela est transparent. Eh oui, l'argent arrive dans des sacs», a précisé le chef de l'État afghan.

«C'est en gros une caisse noire présidentielle, la mission de Daoudzaï est de faire progresser les intérêts de l'Iran», avait notamment affirmé un responsable occidental cité par le New York Times.

À Kaboul, l'annonce de M. Karzaï ne surprend pas. «Il s'agit d'une pratique complètement illégale, mais l'Afghanistan a un système de gouvernance assez traditionnelle reposant sur le clientélisme», a indiqué un responsable occidental à Kaboul sous couvert de l'anonymat. Selon lui, l'argent est utilisé par M. Karzaï pour les besoins de son entourage comme pour ceux de sa politique, notamment pour «acheter» des députés, mais aussi des chefs insurgés.

«Le plus intéressant, c'est de voir le double jeu des Iraniens qui aident financièrement le gouvernement parce qu'ils ne veulent pas voir les talibans revenir au pouvoir, et qui par ailleurs aident l'insurrection», notamment pour mettre des bâtons dans les roues des Américains, a ajouté ce responsable.

Nombre d'observateurs critiquent les conditions d'utilisation de cette manne financière, dont une partie alimente la corruption, une autre le paiement de sociétés privées de sécurité, voire termine entre les mains des insurgés.

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Avec Reuters