WikiLeaks révèle l'horreur ordinaire en Irak

Attentats suicides, cas de torture perpétrée par les forces de sécurité irakiennes, implication de l'Iran: les quelque 400 000 rapports secrets de l'armée américaine en Irak révélés hier par WikiLeaks racontent par le menu détail le sombre quotidien de la guerre.

WikiLeaks, site spécialisé dans le renseignement et fondé par l'Australien Julian Assange, 39 ans, avait invité hier soir un petit nombre de journalistes de grands médias internationaux, dont l'AFP, dans la salle d'un club de Londres à une adresse tenue secrète jusqu'au dernier moment, afin de leur donner accès pendant trois heures et demie à une impressionnante masse de documents classifiés. Cinq autres médias — le New York Times, The Guardian, Le Monde, Der Spiegel — s'étaient préalablement vu offrir un accès privilégié pour décortiquer les pièces du puzzle.

Les documents sont consultables sur le site de l'organisation à l'adresse http://warlogs.wikileaks.org/.

Mais les différents rapports rédigés en style télégraphique sont parsemés d'acronymes et de trous, afin de masquer l'identité des personnes impliquées, de faire disparaitre les informations personnelles, ou d'éviter toute localisation.

La précaution d'évidence vise à se prémunir contre les accusations des autorités américaines et de l'OTAN, selon qui WikiLeaks met en danger la vie de soldats du fait de ses révélations.

Cependant, ces trous et ratures rendent la lecture particulièrement malaisée, et parfois quasiment incompréhensible. Les documents révèlent que le conflit a fait «285 000 victimes dont au moins 109 000 morts» de mars 2003 à fin 2009. Parmi les morts, 63 % sont des civils.

Cela montre «que les forces américaines disposaient d'un bilan recensant morts et blessés irakiens même si elles le niaient publiquement». Un bilan américain publié officiellement fin juillet faisait état de près de 77 000 Irakiens tués de 2004 à août 2008.

Regard nouveau


Les documents obtenus par WikiLeaks jettent un regard nouveau sur le lourd tribut que les populations civiles ont payé à la guerre.

Les cadavres de milliers de femmes et d'hommes, victimes d'exécutions sommaires, ont été découverts par les soldats américains.

Ces mêmes soldats ont tué au moins six cent civils en six ans aux checkpoints, ou en ouvrant le feu sur des véhicules pris pour une menace.

Un nombre indéterminé, et minimisé dans les rapports, d'Irakiens ont été les victimes collatérales des frappes aériennes contre les insurgés.

Les documents montrent également que les violences de la police irakienne, régulièrement minimisées par l'état-major américain, sont une réalité quotidienne des soldats du rang, témoins directs de tortures pratiquées à grande échelle et couvertes par une partie de la hiérarchie policière. Les violences des soldats américains, notamment lors de l'arrestation des suspects, sont aussi évoquées par les fichiers. Le comportement des forces de sécurité privées, promptes à ouvrir le feu y compris pour les motifs les plus futiles, est également abondamment décrit.

Les documents secrets font aussi état de 1300 cas d'abus et de torture de détenus irakiens par soldats et policiers irakiens.

***

D'après l'AFP, Le Monde et Reuters
2 commentaires
  • oracle - Inscrit 23 octobre 2010 09 h 22

    L'ange ou la bête.

    Je suis moi-même scandalisé de voir du monde scandalisé par ces révélations, comme si on pouvait conduire des guerres comme des compétitions sportives. Les conflits armés comportent le plus souvent des enjeux si névralgiques pour les uns et les autres qu'ils n'hésiteront jamais devant les horreurs, en dépit des énoncés de bonnes intentions des Conventions de Genève ou des menaces d'un Tribunal Pénal International. Les belligérants n'y pensent ordinairement qu'après, d'autant plus qu'ils espèrent toujours échapper aux sanctions, le moment venu de commettre ou de commander leurs atrocités.
    Une seule option raisonnable : ne jamais se fier à sa force pour s'engager dans une guerre. Il est vrai aussi que j'ai tendance à m'aligner sur cette sage devise qu'un mauvais arrangement vaut encore mieux qu'un bon procès.

    Pierre-Michel Sajous

  • André Serra - Inscrit 23 octobre 2010 12 h 40

    L'innocence de la torture

    Je partage volontiers l'opinion du commentaire précédent, mais je suis davantage scandalisé par le fait que les États-Unis se présentent toujours sous l'angle d'une parfaite innocence.
    Ils sont bons et font le bien autour d'eux et se scandalisent lorsqu'on les pointent du doigt. Ils se permettent de critiquer les autres, la Chine par exemple, mais demandent à des pays tiers, comme l'Égypte ou la Pologne de torturer leurs prisonniers pour leur faire avouer leurs forfaits.
    C'est leur hypocrisie qui me scandalise.

    André Serra