Afghanistan - Pressions accrues pour le maintien d'une mission militaire canadienne

La pression se fait plus forte sur le premier ministre Stephen Harper pour qu'il maintienne des soldats canadiens en Afghanistan après juillet 2011, date prévue du retrait des troupes. Selon les informations obtenues par Le Devoir, une partie de la pression vient même de l'intérieur du caucus conservateur, où plusieurs députés et sénateurs veulent amorcer le débat.

Les suites à donner à l'engagement canadien en Afghanistan après 2011 pourraient devenir le débat chaud de l'automne à Ottawa, selon un député conservateur qui a demandé l'anonymat. «On sent que ça tiraille pas mal de monde. Je pense que le débat n'est pas clos.»

Le premier ministre Harper répète depuis des mois que tous les soldats canadiens présents en Afghanistan reviendront au pays en 2011. Son ministre de la Défense, Peter MacKay, a encore envoyé le même message il y a deux semaines. Le Canada va recentrer son intervention autour d'une mission humanitaire, point à la ligne, a-t-il dit.

Mais la pression pour rouvrir le débat est de plus en plus forte. D'abord au sein du caucus conservateur, où l'idée «d'abandonner» les alliés du Canada indispose.

Un nouveau rapport du comité sénatorial de la Défense et de la Sécurité nationale aborde d'ailleurs le sujet de front. Ce comité, composé d'une majorité de sénateurs conservateurs, demande au gouvernement de revoir sa position et de maintenir des soldats canadiens après 2011 pour continuer à former les militaires et les policiers afghans afin que ceux-ci soient un jour en mesure d'assurer la sécurité de leur pays.

Le comité sénatorial est présidé par la sénatrice conservatrice Pamela Wallin, alors que le vice-président est le général à la retraite Roméo Dallaire, un sénateur libéral.

Les deux sénateurs signent d'ailleurs une lettre aujourd'hui dans nos pages pour résumer leur appui à un débat sur le déploiement canadien. Dans leur lettre au Devoir, les sénateurs Wallin et Dallaire mentionnent que «l'objectif de l'OTAN et du Canada est d'aider l'Afghanistan à devenir autonome», et que cet objectif ne sera pas atteint en 2011.

Dans le rapport sénatorial, intitulé La Mission canadienne en Afghanistan: et maintenant?, on peut lire: «Se fondant sur les témoignages qu'il a entendus, sur les suggestions des témoins et sur l'information qu'il a réunie, et soucieux de la réputation du Canada dans l'esprit de ses alliés, le comité recommande que le Canada continue, même après 2011, de contribuer au développement de l'Armée nationale afghane et de la Police nationale afghane, une mission de formation et mentorat importante et appréciée, et que le Parlement se penche le plus tôt possible sur le rôle que joueront les Forces canadiennes en Afghanistan après l'échéance de 2011.»

Le comité spécial sur la mission canadienne en Afghanistan de la Chambre des communes, composé de députés de tous les partis — y compris du gouvernement — vient lui aussi d'affirmer qu'il est temps que le Parlement «amorce une discussion sérieuse sur l'avenir de la mission canadienne».

Le chef libéral, Michael Ignatieff, a récemment demandé au gouvernement de ne pas «abandonner» le peuple afghan. «Même si cela est difficile à admettre, je crois qu'il y a encore du travail à faire», a dit M. Ignatieff, qui souhaite un débat sur le sujet cet automne. M. Ignatieff veut que le Canada envoie des soldats et des policiers canadiens à Kaboul, dans une mission sans combat, pour former des militaires locaux.

Pression des alliés

Ce n'est pas pour rien que les États-Unis — et maintenant la Grande-Bretagne — font pression sur le Canada pour qu'il consente à maintenir une présence militaire après 2011 afin de former l'armée et la police afghanes. L'OTAN manque cruellement de soldats-entraîneurs. Il y a actuellement 143 unités à l'oeuvre pour former les soldats de l'Armée nationale afghane (ANA). De ce nombre, six unités sont canadiennes.

Mais pour atteindre son objectif d'avoir formé 171 000 militaires de l'ANA d'ici octobre 2011, l'OTAN a besoin au bas mot de 24 unités supplémentaires. Même phénomène pour la police, où les formateurs manquent à l'appel pour entraîner les 134 000 agents.

Le nouveau premier ministre conservateur de la Grande-Bretagne, David Cameron, a récemment affirmé que son pays allait quitter l'Afghanistan «quand le travail sera fini», ajoutant ainsi du poids sur les pays qui quittent la mission, comme le Canada et les Pays-Bas.

La fonction publique est inquiète


La pression sur Stephen Harper se fait également sentir du côté de la fonction publique canadienne, où les hauts fonctionnaires du ministère des Affaires étrangères et de l'Agence canadienne de développement international (ACDI) se demandent comment garder des civils sur le terrain sans une protection militaire adéquate. Le Canada n'a toujours pas d'entente avec un autre pays de l'OTAN pour assurer la sécurité de ses employés une fois les troupes canadiennes rentrées au pays.

Les sénateurs du comité de la Défense ont d'ailleurs mentionné cette inquiétude dans leur rapport. «Si la totalité des forces militaires canadiennes quitte l'Afghanistan, les intervenants canadiens civils (MAECI, ACDI, ONG, etc.) devront compter entièrement sur des entrepreneurs privés ou sur les militaires des autres pays pour leur sécurité et leur protection. Dans l'état actuel des choses, certaines des activités d'aide au développement et d'éducation menées en Afghanistan sont impossibles sans protection militaire», peut-on lire.

La mission canadienne en Afghanistan a coûté la vie à 150 soldats, à un diplomate et à une journaliste depuis 2001. Son coût financier (volets militaire et d'aide au développement) atteint actuellement près de deux milliards de dollars par année.

À voir en vidéo