Afghanistan - La nomination de Petraeus est accueillie avec soulagement

Barack Obama en compagnie de David Petraeus mardi, à la Maison-Blanche.<br />
Photo: Agence Reuters Larry Downing Barack Obama en compagnie de David Petraeus mardi, à la Maison-Blanche.

Kaboul et les alliés occidentaux des États-Unis ont accueilli avec soulagement la désignation du général David Petraeus à la tête des forces internationales en Afghanistan, espérant que l'homme du revirement de la guerre d'Irak apaisera les divisions qui ont débouché sur le limogeage de son prédécesseur.

En nommant David Petraeus, Barack Obama est parvenu à remplacer le général Stanley McChrystal sans mettre en péril la mission des forces internationales, qui traverse une période particulièrement difficile, avec un nombre de morts croissant et un soutien public dans les pays occidentaux qui diminue.

Le général Petraeus devra faire face à de nombreux défis en Afghanistan. Au total, 80 soldats des forces internationales sont notamment morts ce mois-ci. De plus, une offensive majeure lancée dans la province d'Helmand ces derniers mois a abouti à des résultats mitigés. Enfin, alors que l'OTAN a fait de gros efforts pour entraîner un nombre croissant de soldats et de policiers afghans, leur aptitude à agir seuls, sans le soutien de leurs partenaires de l'OTAN plus expérimentés, n'a pas encore été testée.

Kaboul, pour sa part, a eu du mal à se faire à l'idée d'un troisième patron des forces de l'OTAN en un peu plus d'un an, après avoir mis des mois à bâtir une bonne relation avec McChrystal, mais fait contre mauvaise fortune bon coeur: «Nous pensons que le général Petraeus sera aussi un partenaire de confiance», a déclaré le porte-parole du président Hamid Karzaï, Wahid Omar.

C'est sûrement «l'un des choix les plus décisifs — et l'un des plus spectaculaires — pris par Barack Obama au cours de sa jeune présidence», selon le Time.

Le Washington Post racontait hier les dessous de la révocation, décidée moins de deux jours après la divulgation des propos de Stanley McChrystal. «Pendant 36 heures, Obama a flirté avec une réponse à la Jimmy Carter — exprimer sa colère en paroles, mais pas en acte — avant de finalement opter pour une action résolue», a expliqué le quotidien. «J'accepte le débat au sein de mon équipe, mais je ne tolère pas la division», s'est justifié Barack Obama.

Le commandant en chef

Pour le Christian Science Monitor, le président américain a réaffirmé par cette décision son rôle de commandant en chef civil de l'armée. L'épisode McChrystal a constitué un nouvel affront à son leadership, et ce après des semaines de critiques sur sa gestion de la marée noire dans le golfe du Mexique, qui l'a obligé, la semaine dernière, à s'adresser du Bureau ovale à la nation. Barack Obama a ainsi dû agir rapidement pour rétablir son autorité.

Mais le fait de changer d'homme à la tête de l'armée américaine en Afghanistan ne règle pas la question de la stratégie militaire. Le limogeage du général McChrystal devrait permettre de poser la question «de l'incohérence de la stratégie d'Obama en Afghanistan», jugeait quant à lui le Huffington Post.

Pour Politico, le choix de Petraeus comme remplaçant de McChrystal est celui d'un «acteur politique à poigne, que les avocats de la poursuite de l'action militaire en Afghanistan espéraient voir en place avant l'échéance de 2011». Le général Petraeus est réputé être proche des républicains et partisan d'une action militaire continue.

Il est impossible de dire pour l'instant si Barack Obama reprendra le contrôle de la situation en Afghanistan. Sa stratégie sera jugée en juillet 2011, en fonction du respect ou non du calendrier que s'est fixé l'administration américaine.