Afghanistan - Les talibans attaquent la base militaire de Bagram

Des soldats américains et des policiers afghans montaient la garde hier près de Bagram.
Photo: Agence France-Presse (photo) Shah Marai Des soldats américains et des policiers afghans montaient la garde hier près de Bagram.

Kaboul — Bagram n'a pas été prise. Mais les talibans n'ont pas hésité hier à attaquer, huit heures durant, la plus grande base militaire de l'OTAN en Afghanistan, à une quarantaine de kilomètres au nord de Kaboul. L'assaut a débuté hier à 3 heures du matin lorsqu'une dizaine de talibans a lancé une série d'attaques simultanées. Certains avaient des lance-roquettes, d'autres des fusils automatiques et des grenades.

En milieu de matinée, alors que des coups de feu résonnaient encore, une porte-parole de la base a annoncé que 11 talibans avaient été tués et 9 soldats de l'OTAN blessés. Aucun insurgé n'a pu pénétrer dans l'enceinte de la base, protégée par des dizaines de barrages et ceinturée de murs de béton et de gabions remplis de terre. Mais cet assaut intervient moins d'une journée après un attentat-suicide qui a tué six soldats de l'OTAN dans Kaboul.

«Ces attaques ne sont pas surprenantes. Les talibans veulent montrer qu'ils peuvent lancer des actions où ils le souhaitent, y compris dans la capitale et sa périphérie. Ce sont des attaques symboliques qui ont beaucoup plus de retombées que celles menées dans les provinces. Les talibans savent que les médias étrangers en parleront, que le gouvernement afghan sera embarrassé et que la population sera nerveuse», explique Martine van Bijlert, vice-directrice d'Afghanistan Analysts Network.

Assassinats

La direction du mouvement islamiste vient d'annoncer une offensive de printemps ciblant les forces armées étrangères et ceux qui les soutiennent. «Les talibans font rarement des menaces en l'air. Ils sont connus pour les mettre à exécution», explique Ehsan Zahine, directeur du Bureau de liaison tribale.

Selon plusieurs analystes, la campagne d'attaques des talibans, baptisée Alk Faath (victoire), constitue aussi une réponse à l'annonce, dès mars, de la prochaine offensive de l'OTAN à Kandahar, la grande ville du Sud afghan. «C'est une façon de dire: les étrangers planifient leurs opérations, nous planifions les nôtres», explique Martine van Bijlert.

Depuis quelques semaines, Kandahar a basculé dans une violence extrême. Les talibans, qui contrôlent plusieurs districts de la province, se sont infiltrés au coeur de la ville. Les assassinats ciblés, souvent commis par des tueurs à moto, sont désormais quotidiens. «Ils visent tous ceux qui coopèrent avec le gouvernement ou les étrangers, y compris les ONG. Un climat de terreur s'est abattu sur la ville», explique Ehsan Zahine.

Face à l'ampleur de la dégradation de la situation, les généraux de l'OTAN revoient leur discours. Il n'y aura pas, assurent-ils, de «Jour J» à Kandahar. Il s'agit plutôt de renforcer le rôle et les moyens des autorités afghanes. Les talibans, eux, continuent leur campagne d'attentats. Lundi, un kamikaze a fait exploser sa moto devant le quartier général de la police des frontières. Trois policiers ont été blessés.