Nucléaire - Accord sur de nouvelles sanctions contre l'Iran

Le président du Brésil, Ignagio Lula da Silva
Photo: Agence Reuters Andrea Comas Le président du Brésil, Ignagio Lula da Silva

La Chine s'est félicitée hier de l'accord sur le programme nucléaire iranien obtenu par le Brésil et la Turquie, mais ce développement n'a pas suspendu les tractations à l'ONU, où les grandes puissances se sont entendues sur un projet de nouvelles sanctions contre Téhéran.

«Nous sommes parvenus à un accord sur un projet fort, avec la coopération de la Russie et de la Chine», a dit la secrétaire américaine d'État, Hillary Clinton, en rendant compte des discussions entre les puissances du 5+1, le groupe qui réunit les cinq membres du Conseil de sécurité (Chine, États-Unis, France, Grande-Bretagne et Russie) et l'Allemagne, pour gérer la crise du nucléaire iranien.

Le nouveau texte «est la meilleure réponse que nous puissions fournir aux efforts entrepris à Téhéran ces derniers jours», a-t-elle martelé, qualifiant l'accord conclu lundi par l'Iran, la Turquie et le Brésil de tentative de «faire baisser la pression».

Le projet de résolution a été présenté hier aux membres du Conseil de sécurité des Nations unies. Aux termes du projet de sanctions, l'Iran ne pourra investir à l'étranger dans certaines activités sensibles comme les mines d'uranium et ses navires pourront être inspectés en haute mer. Le projet interdit également la vente à l'Iran de huit nouveaux types d'armements lourds, notamment des tanks.

L'accord conclu lundi par la médiation turco-brésilienne reprend les grandes lignes du projet d'échange de combustible qu'avait soumis l'Agence internationale de l'énergie atomique en octobre dernier à l'Iran. La République islamique contestait certains volets et exigeait notamment que l'échange ait lieu sur son territoire. Face à ce blocage, le Brésil et la Turquie avaient proposé le mois dernier, lors de la conférence de révision du Traité de non-prolifération (TNP), de jouer les médiateurs.

Si la Chine a salué l'accord, les États-Unis et leurs alliés occidentaux estiment en revanche qu'il n'est pas de nature à dissiper les soupçons sur la finalité du programme iranien.

À Madrid, où il participait au sommet UE-Amérique latine, Nicolas Sarkozy a pour sa part jugé qu'il constituait «un pas positif» mais qu'il devait «s'accompagner logiquement d'un arrêt de l'enrichissement à 20 %», selon un communiqué de l'Élysée.

À Pékin, le ministre chinois des Affaires étrangères, Yang Jiechi, l'a jugé encourageant. «La Chine, a-t-il dit, a pris acte des informations à ce sujet et exprime sa satisfaction à l'égard des efforts diplomatiques déployés par les parties pour trouver une solution adéquate à la question du programme nucléaire iranien.»

Membre permanent du Conseil de sécurité et important partenaire commercial de Téhéran — l'Iran lui a fourni 11,4 % de ses importations de pétrole en 2009, la Chine détient l'une des clés des négociations en vue d'un quatrième train de sanctions condamnant la poursuite du programme d'enrichissement d'uranium.

Pour Guo Xiangang, ancien haut diplomate en Iran, aujourd'hui vice-président de l'Institut chinois des études internationales, un centre gouvernemental d'études et de réflexion, ce développement va «ralentir les discussions sur des sanctions». Mais la présentation d'un projet de résolution au Conseil de sécurité semble démentir cette interprétation. Même si la présentation de ce texte n'est qu'une étape et que le chemin est encore long avant son éventuelle adoption.

La Turquie, qui estimait par la voix de son ministre des Affaires étrangères qu'avec ce «tournant historique», il n'y a avait «plus de fondements à de nouvelles sanctions ou pressions», a quelque peu modifié le tir. Dans l'après-midi, le premier ministre, Recep Tayyip Erdogan, a prévenu que l'Iran serait isolé s'il ne respecte pas les conditions de l'accord et si, dans un délai d'un mois, il ne livre pas à la Turquie les 1200 kg d'uranium enrichi.