Libération par l'Iran de l'otage Clotilde Reiss - Téhéran et Paris nient les rumeurs de marchandage

L’otage libérée Clotilde Reiss était hier en compagnie du chef de la diplomatie française, Bernard Kouchner.
Photo: Agence France-Presse (photo) Thomas Coex L’otage libérée Clotilde Reiss était hier en compagnie du chef de la diplomatie française, Bernard Kouchner.

Paris — Téhéran et Paris ont démenti hier tout lien entre la libération de la Française Clotilde Reiss et le sort d'Iraniens, libérés ou libérables en France, malgré une frappante concomitance de dates et le fait que l'Iran ait plusieurs fois relié ces différentes affaires.

Le dénouement de l'affaire Reiss, après dix mois de blocage, intervient entre deux décisions de la justice française concernant deux Iraniens retenus en France, Majid Kakavand et Ali Vakili Rad, dont l'un a déjà rejoint l'Iran et l'autre devrait être autorisé à le faire prochainement.

Le chef de la diplomatie française Bernard Kouchner a assuré ne voir «aucun rapport entre ces deux affaires iraniennes traitées par la justice française et la libération de notre otage», dont Paris a toujours clamé la totale innocence face aux accusations iraniennes d'espionnage.

Téhéran a aussi affirmé que la libération de Clotilde Reiss n'avait «rien à voir» avec celle, le 5 mai, de l'ingénieur Majid Kakavand, retenu depuis mars 2009.

La justice française avait alors refusé d'extrader cet ingénieur aux États-Unis, qui l'accusaient d'avoir fourni à son pays des composants électroniques pouvant avoir des applications militaires. Le retour en Iran de M. Kakavand a été applaudi à Téhéran comme un élément «positif» pour les relations bilatérales.

Par ailleurs, Ali Vakili Rad, l'assassin de l'ex-premier ministre iranien Chapour Bakhtiar, qui a purgé la part incompressible de la peine de prison à perpétuité en France, devrait bénéficier prochainement d'une libération et être expulsé.

Lien imposé par l'Iran?


Le président Mahmoud Ahmadinejad lui-même avait comparé le sort de Clotilde Reiss et celui d'Iraniens retenus en France. «Il y a quelques Iraniens en prison depuis des années. Ce sont des prisonniers qui, eux aussi, ont une famille», avait lancé en septembre M. Ahmadinejad. Interrogé sur une éventuelle grâce pour la Française, il avait observé: «Malheureusement nous n'avons vu aucune action du gouvernement français en faveur de ces prisonniers».

Le président Nicolas Sarkozy lui avait répondu de manière cinglante: «Suis-je homme à aller échanger l'assassin de Chapour Bakhtiar contre une jeune étudiante dont le seul crime est de parler la langue de l'Iran et d'aimer la civilisation perse?»

Pour François Nicoullaud, ancien ambassadeur de France à Téhéran, les Iraniens voulaient effectivement «imposer ce lien et les Français ont refusé».

Selon M. Nicoullaud, l'interférence des dirigeants iraniens a plutôt «retardé les choses». «Vakili Rad serait sorti plus tôt de prison si les Iraniens n'avaient pas créé ce lien. La justice française ne voulait pas donner l'impression qu'elle était à la botte» de Téhéran.

Par ailleurs, observe-t-on de source proche du dossier, l'amende à laquelle la Française a été condamnée correspond à la caution déjà versée par la France pour garantir sa libération provisoire en août dernier.

Sur le terrain diplomatique, Paris n'a durant cette période en rien atténué sa condamnation des violations des droits de l'homme et sa position intransigeante sur le programme nucléaire controversé.

Alors que le président Sarkozy a remercié ses homologues brésilien, syrien et sénégalais pour leur «rôle actif» pour débloquer le sort de Clotilde Reiss, certains estiment que les Iraniens pourraient l'avoir libérée à l'occasion de la visite du brésilien Luis Inacio Lula da Silva, qui aurait demandé sa libération.

«Pour l'Iran, c'était le moment de faire des gestes et de lâcher sur des dossiers nuisant à son image», selon des sources diplomatiques françaises, alors que Téhéran cherche des alliés pour éviter les sanctions.
1 commentaire
  • lephilosophe - Inscrit 17 mai 2010 22 h 11

    Prisonnière et non otage

    Dans la mise en page papier ainsi qu'ici même sur le site du Devoir, l'mploi du terme «otage» me paraît hautement problématique. Ce mot utilisé par Monsieur Kouchner pour qualifier le statut de cette jeune femme accusée d'espionnage est totalement non-fondé. Madame a été jugée, elle a eu un procès, elle a été condamnée. Qu'on soit d'accord ou pas avec la sentence prononcée ne change rien à l'affaire. Elle n'est pas «otage», elle est «prisonnière». Elle n'a pas été prise en otage par un groupe quelconque, elle fût dûment arrêtée, jugée, et emprisonnée.
    À mon avis, la reprise de ce terme d'Otage par l'Agence France-Presse est hautement problématique sur le plan éthique et journalistique. Car le sous-entendu qui se glisse sous cet usage du mot otage est que l'Iran a un gouvernement illégitime, que la communauté internationale ne reconnaît pas les INSTITUTIONS de ce pays. En traitant le gouvernement iranien comme s'il s'agissait d'une bande de terroristes se livrant à la prise d'otage, la France et ses journalistes semble-t-il, vise à déshumaniser l'Iran, à lui nier le droit à la pleine souveraineté.
    Je crois que le seul usage de ce mot, fait signe vers de la propagande, liée à certains préparatifs de guerre contre l'Iran. Et je crois que nous, du point de vue du Québécois qui a comme valeur fondamentale le pacifisme, devons être très vigilant devant les nouveaux discours de la propagande occidentale visant, encore une fois, un régime réfractaire à «l'ordre international» tel que voulu par les grandes puissances. D'ailleurs Le Devoir n'a pas couvert ce compromis fantastique que la diplomatie brésilienne de Lula a tenté de négocier avec l'Iran sur la question du nucléaire, en alliance avec la Turquie ayant à sa tête un gouvernement islamiste et démocratique, qui a rompu avec sa tradition du XXe siècle de miser sur le nationalisme militaire. Cette entente montre aussi que les nations du sud commencent à être à même de se négocier des compromis en dépit des grandes puissances. Nouveaux signes des temps que la France de Kouchner n'a pas encore réfléchie.