Imbroglio électoral en Irak : Allaoui songe à réclamer un nouveau scrutin

Iyad Allaoui
Photo: Agence Reuters Iyad Allaoui

Bagdad — La liste laïque arrivée en tête aux législatives irakiennes de mars a indiqué hier qu'elle envisageait la tenue de nouvelles élections sous contrôle international pour mettre fin «aux manipulations politiques» mettant en danger la stabilité du pays.

Dans un communiqué, le Bloc irakien dirigé par l'ancien premier ministre Iyad Allaoui considère sérieusement la possibilité de demander à l'ONU, à l'Union européenne et à la Ligue arabe d'exercer «leur droit moral et légal de protection du processus politique face aux injustices, et de former un gouvernement provisoire et de refaire les élections sans possibilité de manipulations politiques».

Cette demande s'appuie sur le fait que l'Irak est toujours sous le Chapitre VII des Nations unies, c'est-à-dire sous le contrôle de la communauté internationale. Le pays a été placé sous ce chapitre après l'invasion du Koweït par Saddam Hussein en 1990.

La liste d'Iyad Allaoui est arrivée en tête des législatives du 7 mars avec 91 sièges, contre 89 pour celle du premier ministre Nouri al-Maliki et 70 à l'Alliance nationale irakienne (ANI) qui regroupe deux formations chiites conservatrices et 43 à l'Alliance kurde. Mais de récentes décisions font craindre à M. Allaoui que ses rivaux ne modifient le résultat du scrutin.

À la demande du chef du gouvernement, la commission électorale a annoncé le 19 avril un nouveau décompte manuel dans la province de Bagdad, la plus importante du pays puisqu'elle doit répartir 70 sièges sur les 325 que compte le Parlement.

Puis lundi, l'instance judiciaire de la commission électorale a invalidé 52 candidats, dont un député élu appartenant au Bloc Irakien et elle doit examiner le semaine prochaine le cas de neuf autre élus, dont la majorité appartient à la même liste.

Ces décisions ont été prises à l'initiative du Comité Responsabilité et Justice, mis en place en 2006 et chargé d'identifier les candidats ayant des liens avec l'ancien parti Baas, au pouvoir sous Saddam Hussein.

Or les président, Ahmad Chalabi, et directeur général, Ali al-Lami, de cet organisme ont été candidats sur la liste de l'ANI. Le premier a été élu, le second battu.

Ces invalidations risquent de bouleverser complètement les résultats et de priver le Bloc irakien de sa victoire car les voix obtenues par des candidats éliminés sont purement et simplement annulées.

Aussi, les partisans de M. Allaoui ont décidé d'envoyer une lettre au président de la Cour suprême «insistant sur l'urgence de son intervention pour protéger le système judiciaire des influences politiques, car cela peut avoir des conséquences sérieuses sur la stabilité du pays», selon le communiqué.

«Nous craignons que le Comité Responsabilité et Justice, qui agit sans aucun contrôle et sans couverture légale, essaie d'empêcher la mise en place du prochain parlement, avec sa politique d'éradication indiscriminée. Ceci est inacceptable», a affirmé hier M. Allaoui à la chaîne Al-Sharqiya.

La chef de la diplomatie américaine, Hillary Clinton, avait appelé mardi les dirigeants irakiens à mettre de côté leurs divisions et à respecter le vote, au lendemain de l'invalidation de députés irakiens.