L'Afghanistan au régime sec

Kaboul — La circulaire du ministère de l'Intérieur a été envoyée ces derniers jours aux hôtels et maisons d'hôtes du centre du Kaboul. La vente d'alcool, tolérée jusqu'à maintenant pour les étrangers, est interdite. Les jeux d'argent sont bannis. Et les femmes, «en particulier les Afghanes», n'ont plus le droit de fréquenter les maisons d'hôtes où logent des étrangers. «C'est extrêmement inquiétant. Le gouvernement nous impose sans arrêt de nouvelles contraintes. Si ça continue, je vais devoir fermer», explique le directeur d'un établissement prisé des Occidentaux.

Depuis début avril, la police afghane cible les étrangers.

Le 12 avril, une quarantaine de policiers armés de kalachnikovs ont investi le Boccaccio's, un établissement italien dans le quartier des ambassades. Plusieurs diplomates européens qui y dînaient ont dû être évacués par leurs gardes du corps. Le stock d'alcool a été saisi et les employés arrêtés. Les mêmes scènes se sont répétées dans trois autres restaurants. Plus de 6000 bouteilles d'alcool ont été saisies et une dizaine d'étrangers, dont un Français, interpellés. Placés en détention provisoire, ils ont été relâchés sous caution avec interdiction de quitter le pays. «Le président Hamid Karzaï durcit ses positions avant la conférence de paix [prévue fin mai à Kaboul]. Il tente de donner des gages aux talibans pour les inciter à négocier. Les attaques contre les étrangers ne constituent qu'une première étape, il faut s'attendre à un recul général des libertés», explique Haroun Mir, directeur du Centre de recherches et de sciences politiques afghan. La première charge est venue de Karzaï.

Le 1er avril, le Président a accusé publiquement l'ONU et l'Union européenne des fraudes massives qui avaient entaché sa réélection en août. Abasourdis, les diplomates en poste à Kaboul y ont vu une preuve de l'impulsivité du président afghan. «Karzaï n'a pas eu un coup de sang. Il voulait faire ces déclarations depuis plusieurs semaines», explique un proche conseiller du président.

Dix jours plus tard, trois Italiens de l'ONG. Emergency sont arrêtés dans leur hôpital de Lashkar Gah, la capitale provinciale du Helmand. Le gouverneur local les accuse d'avoir pris part, avec six employés afghans, à un complot visant à le tuer.

«Nous prenons cette affaire très au sérieux. Nous veillerons à ce que l'enquête aille à son terme et qu'ils soient jugés», expliquait-on alors dans l'entourage de Karzaï. Les trois Italiens seront finalement relâchés huit jours plus tard.