Manifestation à Beyrouth contre le confessionnalisme

Une manifestante libanaise hier: «Le mariage civil, pas la guerre civile.»
Photo: Agence France-Presse (photo) Joseph Eid Une manifestante libanaise hier: «Le mariage civil, pas la guerre civile.»

Beyrouth — Quelque 3000 personnes ont participé hier à Beyrouth à une «Laïque Pride», réclamant l'instauration du mariage civil et l'abolition du confessionnalisme politique dans ce pays de cinq millions d'habitants où cohabitent pas moins de 18 confessions religieuses.

«Le mariage civil, pas la guerre civile», proclamait une banderole, allusion au fait que lorsque deux personnes de confessions différentes veulent s'unir, elles doivent aller se marier à l'étranger, le plus souvent à Chypre, si aucun des conjoints ne souhaite se convertir à la religion de l'autre. Le Liban a mis en place en 1943 un système de partage du pouvoir qui accordait aux chrétiens la majorité au Parlement et stipulait que le président doit être maronite, le premier ministre un sunnite et le président du Parlement, un chiite.

L'accord de Taëf qui a mis fin à la guerre civile de 1975-1990 a donné aux musulmans la parité au Parlement et prévu l'abolition du confessionnalisme, mais le système persiste et des quotas basés sur la religion sont observés dans l'administration, l'armée et l'éducation.

«Nous ne pouvons vivre dans un pays où les professeurs d'université libanais ne peuvent être embauchés à plein temps que s'ils ne dépassent pas les quotas de l'année», explique Kinda Hassan, l'une des organisatrices de la manifestation.

«Nous ne pouvons vivre dans un pays où ils répartissent les postes de ministres en fonction de leur confession, non de leurs mérites.»

Pourquoi?

Les hommes politiques se sont jusqu'ici opposés aux tentatives de réformer le système électoral libanais, par exemple en introduisant la représentation proportionnelle pour diluer le pouvoir des factions basées sur le confessionnalisme.

«Le confessionnalisme affecte pratiquement tout le monde au Liban, que ce soit pour le mariage, l'emploi, la vie sociale», déplore Aman Makouk, une enseignante retraitée de 62 ans.

«Même au gouvernement pourquoi faut-il que le président soit un maronite? Ce pourrait être un musulman, un druze, ou quelqu'un d'autre.»

«Au lieu de se débarrasser de cette mentalité, les gens s'y enferment de plus en plus.» «Le système libanais accorde une part du pouvoir à chaque communauté, ce qui n'est pas un petit acquis pour un pays aussi divisé dans une région violente et explosive», fait valoir Paul Salem, directeur pour le Proche-Orient du Carnegie Endowment for International Peace. «Mais le système devrait permettre davantage de concurrence, de progrès et d'évolution», nuance-t-il en prônant une réforme électorale, la décentralisation et la fin des quotas au Parlement.

Mais des telles réformes seraient difficiles à faire adopter en raison de l'opposition de l'oligarchie au pouvoir.

«Dans tout pays où vous avez quatre ou cinq hommes politiques tenant le haut du pavé, ils ne vont pas partager volontiers leur pouvoir ou changer le système d'une manière qui les affaiblirait».

La peur est un autre obstacle à changer, ajoute Salem.

«Une personne peureuse s'accroche à ce qu'elle connaît. Et toutes les communautés au Liban ont peur. Tout le monde a peur, tout le monde est une victime, de sorte qu'il est difficile de les convaincre de changer.»