Les menaces contre l'Iran sont inutiles, croit Zbigniew Brzezinski

Les États-Unis doivent cesser de menacer militairement l'Iran et, surtout, éviter de bombarder ce pays pour tenter de freiner sa progression nucléaire. C'est l'avis de Zbigniew Brzezinski, spécialiste américain des affaires étrangères et ancien conseiller à la sécurité nationale du président Jimmy Carter.

M. Brzezinski était de passage à Montréal hier, où il a donné une conférence au Conseil des relations internationales de Montréal. L'homme, aujourd'hui âgé de 82 ans, a étudié à l'Université McGill dans les années 50 avant de faire carrière aux États-Unis, notamment comme professeur à Columbia et à Harvard. Il a aussi été conseiller de John F. Kennedy. M. Brzezinski est aujourd'hui coprésident du conseil consultatif du Centre for Strategic and International Studies, à Washington.

Zbigniew Brzezinski était invité à parler des dilemmes géopolitiques des États-Unis dans un monde de plus en plus complexe, avec le retour de la Russie, la montée de la Chine, le conflit israélo-palestinien, l'ambition nucléaire de l'Iran et les conflits en Irak et en Afghanistan, notamment.

En ce qui concerne l'Iran, M. Brzezinski soutient que les États-Unis «doivent être patients». «Je suis d'accord avec le président français quand il dit qu'une bombe iranienne serait un désastre mais que bombarder l'Iran serait aussi un désastre. Il faut éviter les deux», a-t-il dit. Selon lui, les faucons qui souhaitent recourir à la force pour empêcher l'Iran de se doter de l'arme nucléaire ont mal compris l'ensemble de la situation. «L'Iran a la possibilité d'influencer très négativement les guerres en Irak et en Afghanistan, entre autres. On doit éviter les mesures de représailles qui viendraient après une intervention américaine en Iran.»

Une guerre préventive n'est jamais une bonne idée, dit-il. «Il est impossible de connaître les conséquences des conflits préventifs», dit-il, citant la puissance de l'Iran dans la région et sa tendance à aider le terrorisme.

Il affirme être en faveur de sanctions économiques et diplomatiques qui seraient mises en avant par la communauté internationale. Et pour montrer leur sérieux, les États-Unis devraient clairement dire que, si l'Iran attaque un de ses voisins, peu importe avec quel type d'arme, «les États-Unis l'interpréteraient comme une attaque à leur endroit. L'Iran y penserait à deux fois», a-t-il dit.

M. Brzezinski affirme que les menaces militaires contre l'Iran ne font que consolider le nationalisme iranien, ce qui profite aux dirigeants, alors que la tendance de fond semble à l'inverse. La jeune société iranienne «rêve de devenir comme la Turquie. Il faut l'aider», dit-il.

Afghanistan

Dans son allocution, Zbigniew Brzezinski a abordé l'Afghanistan, affirmant que le Canada devrait reconsidérer sa décision de retirer ses soldats l'an prochain. «L'OTAN a répondu d'une seule voix à la menace terroriste. Nous sommes allés là-bas ensemble, nous devrions partir ensemble. Les départs de certains pays mettent en péril la mission», a-t-il dit, ajoutant que les pays occidentaux devraient toutefois être plus réalistes.

«L'objectif n'est pas de faire de ce pays une démocratie comme en Occident. Les standards de corruption ne seront jamais les mêmes. Notre objectif devrait être que l'Afghanistan ne redevienne pas un refuge pour al-Qaïda.»

Moyen-Orient et Chine

Zbigniew Brzezinski estime que seuls les États-Unis ont l'influence pour aider à la résolution du conflit israélo-palestinien. Et pour relancer les discussions, Washington devrait être clair sur deux points avec les parties concernées: les réfugiés palestiniens ne pourront jamais revenir et Jérusalem doit être la capitale des deux États. «Je pense que la majorité des Palestiniens et des Israéliens sont prêts à ces compromis, mais les dirigeants sont trop influencés par les groupes extrêmes», dit-il.

Concernant la Chine, Brzezinski soutient que sa montée en puissance n'est pas inquiétante d'un point de vue stratégique et militaire, puisque l'Empire du Milieu «s'intègre de plus en plus dans les structures internationales», ce qui lui assure des forums de discussion pour passer son message et asseoir son influence, particulièrement en Asie.