Al-Qaïda en Irak est décapitée

L’armée irakienne a également mené des opérations au sud de la capitale, notamment sur le site de l’Arche de Ctésiphon.
Photo: L’armée irakienne a également mené des opérations au sud de la capitale, notamment sur le site de l’Arche de Ctésiphon.

Bagdad — Les forces irakienne et américaine ont décapité al-Qaïda en Irak en tuant dimanche ses deux principaux chefs lors d'opérations conjointes dans un fief sunnite au nord de Bagdad, ont annoncé hier le premier ministre, Nouri al-Maliki, et l'armée américaine.

«Les chefs d'al-Qaïda, Abou Omar al-Bagdadi et Abou Ayyoub al-Masri, ont été tués ces deux derniers jours près du lac Tharthar lors d'une attaque commune des Irakiens et des Américains contre une maison où ils se trouvaient», a annoncé M. Maliki lors d'une conférence de presse.

Selon lui, «durant l'opération, des ordinateurs ont été saisis avec des courriels échangés avec les deux plus grands terroristes Oussama ben Laden et [son bras droit] Ayman al-Zawahiri».

«Al-Qaïda saigne, ses dirigeants tombent, nous mettons la main sur leurs communications et leur réseau, al-Qaïda est devenu trop faible pour représenter un danger mais nous devons malgré tout ne pas baisser la garde jusqu'à sa totale élimination», a-t-il lancé.

Le lac Tharthar, dans une région désertique entre les provinces sunnites de Salaheddine et Anbar, fut longtemps un repère du réseau extrémiste en Irak. Le chef du gouvernement a montré des clichés des deux hommes, anciens et après leur mort, assurant que des «tests médicaux» avaient confirmé leur identité.

«Al-Qaïda a tenté de camoufler Abou Omar al-Bagdadi en présentant plusieurs personnes sous ce nom mais aujourd'hui, c'est l'original», a-t-il confié.

La mort ou l'arrestation du chef d'al-Qaïda en Irak avait plusieurs fois été annoncée par le gouvernement irakien, mais à chaque fois démentie par le réseau.

L'armée américaine a pour la première fois confirmé sa mort et celle de Masri. Dans le passé, elle s'était montrée sceptique sur la réalité de Bagdadi, estimant qu'il était un personnage de fiction créé à des fins de propagande.

«Les forces de sécurité irakiennes, appuyées par les forces américaines ont tué les deux plus importants chefs d'al-Qaïda en Irak, dimanche à l'aube, lors d'une série d'opérations conjointes à 10 km au sud-ouest de Tikrit», le fief de l'ancien dictateur Saddam Hussein à 160 km au nord de Bagdad, a annoncé dans un communiqué le commandement américain.

Masri, aussi connu comme Abou Hamzah al-Mouhajer, était le chef militaire de l'organisation. Bagdadi, dont le vrai nom est Hamid Daoud Muhammad Khalil al-Zawi, était le chef de l'État islamique d'Irak, ombrelle d'organisations rebelles créée en 2006, et portait le titre de «Prince de la foi», a précisé l'armée américaine.

Abou Ayyoub al-Masri (l'Égyptien), un spécialiste de la fabrication de bombes, avait succédé à la tête d'al-Qaïda en Irak à Abou Moussab al-Zarqaoui, tué le 7 juin 2006.
2 commentaires
  • Lukas Lafond-Rivard - Inscrit 20 avril 2010 08 h 37

    Naïveté journalistique au Devoir?

    Deux chefs sont morts. Al-Qaeda n'était pas très fort avant la guerre d'aggression. Un coup Hussein et son gouvernement décu. Le pouvoir religieux et la corruption ont commencé à s'incrustrer dans la direction du pays.

    Je trouve que cet article fait partie d'une constellation de désinformation. Il fixe en une image unique le monde irakien. Al-Qaeda n'est même pas un problème national. Et l'information ici présentée est comme un billet qui tente de persuader son lecteur que l'Irak se relève.

  • Democrite101 - Inscrit 20 avril 2010 09 h 29

    L'impérialisme libéral

    L'impérialisme libéral n'est pas une contradiction. Même Bernard Kouchner, fondateur de «Médecin sans frontières» l'a approuvé tacitement en Irak. «Personne ne regrette Saddam Hussein » a-t-il dit.

    Sauf que cet impérialisme (la voie des armes, «l'imperium» était la charge militaire des consuls de l'ancienne Rome) libéral (en vue d'y établir la liberté et la démocratie) est fort risqué.


    En 1945, les anciens pays fascistes, et des plus puissants, l'ont accepté et ont donné l'exemple d'excellentes démocraties (Allemagne, Italie, Japon). De même lors de l'implosion de l'URSS et de l'ex-Yougoslavie avec tout de même des difficultés. Mais à terme, l'impérialisme libéral a gagné son pari.

    Dans le monde arabo-musulman, c'est beaucoup plus problématique car le contentieux israélo-arabe complique la donne, ralentit le processus de la démocratisation (d'origine occidentale) car les peuples y voient encore une sorte de néo-colonialisme.

    La preuve la plus triste de cette situation est le cas de la Syrie dont les fondements théoriques du baasisme, inspiré de la modernisation occidentalisante réussi de Kemal Ataturk en Turquie (1918-1935) sont apparemment très libéraux et démocratiques. Hélas, la Syrie a versé dans la dictature, a durci sa politique et altéré sa constitution et ses principes à cause de son refus de l'existence d'Israël. Bref, l'aventure sioniste, qui a construit un État remarquablement démocratique pour les Juifs persécutés, a bloqué la démocratisation heureuse et sans heurts de ses voisins...

    Bref, les démocrates de ces pays, mal soutenus par l'Occident et persécutés par la réaction islamiste et wahhabiste , ne sont pas vus comme des libérateurs mais comme des traîtres à la solde de l'étranger même si le peuple a ratifié une constitution démocratique comme en Irak ou présidentialiste comme en Égypte. D'autant plus que l'Occident n'importune nullement l'Arabie saoudite à cause de la convoitise occidentale de son pétrole...

    Ensuite, si on laisse la démocratie fonctionner à l'identique des occidentales, le bas niveau démocratique des masses arabo-musulmanes y ferait triompher les islamistes qui tout de suite imposeraient des changements constitutionnels théocratiques. C'est la menace permanente qui plane sur l'Égypte et tous les pays du Maghreb.

    Cependant, comme l'Occident ne lâchera jamais un pays démocratique pour ne pas répéter la désastreuse politique qui refusa son soutien à la démocratique constitution de Weimar en Allemagne (1918-1933), que l'Occident donc ne lâchera jamais l'Afghanistan et l'Irak aux mains des dictateurs nationalistes ou théocratiques, il est clair qu'à terme Al Qaida sera vaincu, et tous les islamistes en pays musulmans. Mais cela prendra des décennies.

    En résumé, ces pays de désert ne sont pas sortis du bois, dirait désabusé un humoriste québécois.

    Jacques Légaré, ph.d. en philosophie politique