Israël - Le dos au mur

En cédant aux exigences du président Obama,Netanyahu, qui est revenu hier soir en Israël, provoquerait inéluctablement l'implosion de sa coalition gouvernementale de droite. Dans le cas contraire, les relations avec le grand allié américain se détérioreraient, de même que le processus de paix avec les Palestiniens, déjà en panne.

M. Nétanyahou, estimait hier le quotidien Maariv dans son éditorial, devra choisir entre, d'un côté, «les durs du Likoud [son parti] et leurs alliés, notamment le chef de la diplomatie», l'ultra nationaliste Avigdor Lieberman, et de l'autre, «le reste du monde».

«Il [Nétanyahou] s'est lui-même enferré dans cette situation sans issue, car sa coalition n'est pas en mesure d'aller de l'avant dans le processus de paix, alors qu'il s'est engagé en ce sens», souligne Yossi Alpher, analyste et ex-conseiller de l'ancien premier ministre travailliste Éhoud Barak lors des négociations de paix de Camp David à l'été 2000.

La confiance

«Cela ressemble à la quadrature du cercle, et le résultat en est que Nétanyahou a été traité par la Maison-Blanche comme le dernier des dictateurs», renchérit l'avocat Gilaad Sheer, ancien chef de cabinet de M. Barak.

Selon les médias, M. Obama a pressé M. Netanyahu de faire «des gestes» pour rétablir la confiance des Palestiniens et l'a mis en demeure de stopper la construction dans la partie orientale de Jérusalem, dont l'annexion par Israël en 1967 n'a jamais été reconnue internationalement.

Pour le professeur Eytan Gilboa, un expert des États-Unis, M. Nétanyahou pourrait tenter d'aplanir la crise avec Washington en ralliant à sa majorité le parti centriste Kadima de l'ex-ministre des Affaires étrangères Tzipi Livni. «Mais, il serait toujours confronté aux éléments radicaux du Likoud décidés à en découdre avec les États-Unis», souligne-t-il.

La construction

Sans attendre la réunion du cabinet de sécurité théoriquement prévue dès le retour de M. Nétanyahou, le suppléant de ce dernier, Sylvan Shalom, a ainsi déclaré que «la poursuite de la construction à Jérusalem n'est pas négociable. Si le cabinet cède sur ce point, il tombe immédiatement.»

Même ton sans appel pour Eli Yishaï, chef du parti religieux orthodoxe Shass, autre pilier de la coalition: «le gouvernement continuera de construire à Jérusalem.»

Loin de s'émouvoir d'une éventuelle implosion de la coalition au pouvoir en Israël, l'analyste Ziad Abou Amr, chef du Comité palestinien pour les relations extérieures, l'appelle de ses voeux. «Pourquoi le monde devrait-il éprouver un quelconque regret pour ce gouvernement d'extrême droite, qui cause des problèmes entre Palestiniens et Israéliens, à la région et à la communauté internationale?», s'interroge-t-il.

«Je ne crois pas qu'il y ait beaucoup de gens prêts à verser des larmes, si cette coalition s'effondre», ajoute-t-il. Cela serait selon lui le gage d'une éventuelle relance du processus de paix.

Les pays arabes

Les ministres arabes des Affaires étrangères sont tombés d'accord hier sur une aide de 500 millions de dollars aux Palestiniens de Jérusalem, au terme d'une réunion préparatoire du sommet prévu ce week-end en Libye, a annoncé le secrétaire général de la Ligue arabe. Cette décision doit être présentée ce week-end aux chefs d'État arabes pour ratification.

Le secrétaire général de la Ligue arabe a indiqué par ailleurs que le Comité de suivi de la l'Initiative arabe de paix se réunirait ce soir pour discuter de la position arabe en cas d'échec des efforts américains pour l'arrêt de la colonisation israélienne, estimant que «la possibilité d'un échec» était «la plus probable».

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