Irak: sévère camouflet à al-Qaïda

Dépouillement des bulletins de vote, hier, dans le quartier de Sadr City, à Bagdad. Les résultats définitifs des élections législatives en Irak ne sont pas attendus avant le 18 mars.
Photo: Agence Reuters Thaier al-Sudani Dépouillement des bulletins de vote, hier, dans le quartier de Sadr City, à Bagdad. Les résultats définitifs des élections législatives en Irak ne sont pas attendus avant le 18 mars.

Les tirs de mortiers et de roquettes, et les bombes n'ont pas réussi hier à empêcher les Irakiens de se rendre massivement aux urnes pour les secondes élections législatives depuis la chute de Saddam Hussein, en 2003.

Par contre, le bilan des victimes est lourd: près de 40 morts dans tout le pays, dont 25 personnes tuées dans le nord de la capitale, à Our, dans l'effondrement d'un immeuble frappé par une roquette. On compte aussi 110 blessés.

Les sunnites votent en masse

Les sunnites, qui avaient largement boycotté le précédent scrutin en 2005, se sont rendus dans les bureaux de vote en plus grand nombre que les chiites, ne voulant plus être marginalisés comme ils l'étaient sous la précédente législature. Ainsi, 90 % des électeurs se sont rendus aux urnes dans la province de Diyala et, dans la province de Kirkouk que se disputent Arabes et Kurdes, 70 % des électeurs ont exercé leur droit de vote. En revanche, dans les régions chiites le pourcentage varie entre 46 % à Kut à 64 % à Mouthana.

Ce taux de participation constitue un sévère camouflet pour al-Qaïda qui avait menacé de mort quiconque participerait à ces élections législatives. Al-Qaïda n'a pas réussi à intimider les sunnites, malgré les attentats, contrairement à 2005 où par exemple moins d'un pour cent des électeurs avait voté à Al-Anbar. «Cette journée a montré l'échec du terrorisme et la victoire de la volonté du peuple», a déclaré le premier ministre d'Irak, Nouri al-Maliki.

«Plutôt transparent»

Le représentant spécial de l'ONU en Irak, Ad Melkert, a pour sa part qualifié le scrutin de «plutôt transparent». «Les Irakiens ont fait l'histoire, et aujourd'hui est une importante étape sur la voie de la réconciliation nationale», a-t-il ajouté.

Environ 19 millions d'électeurs étaient appelés aux urnes pour élire les 325 députés du pays pour un mandat de quatre ans. Pas moins de douze coalitions et 74 partis étaient en lice. Deux listes sont données favorites: l'Alliance pour l'État de droit du premier ministre sortant, Nouri al-Maliki, qui a une forte connotation religieuse chiite, et l'autre résolument laïque, le Bloc irakien, dirigé par l'ancien chef du gouvernement Iyad Allaoui. S'il se confirme que les sunnites se sont prononcés en masse, une partie de leurs suffrages pourrait profiter au Bloc irakien, qui compte sur sa liste des personnalités sunnites, comme le vice-président, Tarek al-Hachemi.

Vide politique

Les résultats définitifs ne sont pas attendus avant le 18 mars, et il faudra sans doute des mois avant qu'un gouvernement ne soit formé, mais d'ores et déjà, les observateurs politiques s'attendent à ce que la formation du nouveau gouvernement soit précédée par de longues négociations. Avec le risque que cette période de vide politique profite aux insurgés sunnites, notamment l'État islamique d'Irak — la branche locale d'al-Qaïda —, qui cherchent à rallumer à n'importe quel prix les violences religieuses.

C'est ce qui s'était passé en 2005. L'Irak était demeuré cinq mois sans gouvernement, ce qui avait permis aux radicaux sunnites, mais aussi aux milices chiites de l'Armée du Mehdi — formation pro-iranienne —, d'enclencher une guerre confessionnelle.

Mais, actuellement, ce sont davantage les tensions entre les partis qui se disputent le pouvoir, notamment les formations chiites, qui menacent l'Irak. La volonté de participer au gouvernement est telle qu'elle risque de provoquer des scissions au sein des alliances, lesquelles pourraient ensuite dégénérer en affrontements armés entre milices rivales.

Échos à Washington

Les États-Unis et l'Union européenne ont salué «le courage» des Irakiens qui sont allés voter malgré les attentats. Le président américain, Barack Obama, a indiqué, hier après-midi, que ce scrutin marquait une «étape importante» dans l'histoire de l'Irak. Il a aussi réitéré l'objectif d'un retrait complet des troupes américaines d'Irak d'ici la fin 2011. «Nous allons persévérer sur la voie d'un retrait responsable des forces américaines d'Irak», a-t-il dit, en réaffirmant que la mission de combat des États-Unis dans ce pays s'achèverait à la fin août cette année. «Nous continuerons de conseiller et d'aider les forces de sécurité irakiennes, mènerons des opérations de lutte antiterroriste ciblées avec nos partenaires irakiens et protégerons nos forces et les civils. Et d'ici la fin de l'année prochaine, toutes les troupes américaines auront quitté l'Irak.»

Les États-Unis disposent à l'heure actuelle de quelque 96 000 soldats dans le pays. Ils prévoient retirer les troupes de combat d'ici août, laissant 50 000 hommes sur place, avant un retrait définitif fin 2011.

***

D'après Libération et l'Agence France-Presse
1 commentaire
  • Roland Berger - Inscrit 8 mars 2010 15 h 21

    Le contrôle des pipelines

    On comprend les États-Unis de se réjouir. Ils peuvent enfin espérer garder le contrôle de l'approvisionnement en pétrole sans avoir à maintenir des milliers de militaires en Irak. Oncle Sam ne change pas.
    Roland Berger
    St. Thomas, Ontario