La recette irakienne fait son effet en Afghanistan

Le général américain David Petraeus était de passage à Ottawa hier. «Même si on tue une dizaine de talibans dans une opération, si on tue un seul civil, on vient de se créer plus de problèmes.»
Photo: Agence France-Presse (photo) Mark Wilson Le général américain David Petraeus était de passage à Ottawa hier. «Même si on tue une dizaine de talibans dans une opération, si on tue un seul civil, on vient de se créer plus de problèmes.»

Ottawa — La nouvelle stratégie de contre-insurrection qui prend forme en Afghanistan provient en grande partie de l'expérience américaine en Irak, où le «surge» appliqué en 2007 a permis de faire diminuer la violence de 90 %. L'homme derrière cette stratégie, le général américain David Petraeus, était de passage à Ottawa hier, où il est venu expliquer comment le succès irakien influence la mission de l'OTAN en Afghanistan.

Le général Petraeus dirige maintenant le US Central Command, où il supervise les deux guerres des États-Unis, en Irak et en Afghanistan. Son plan pour ramener une certaine stabilité en Irak, alors que la situation semblait désespérée, l'a propulsé dans le firmament des étoiles militaires et géopolitiques de la planète. Le magazine Time l'a inclus dans sa liste des 100 personnalités les plus influentes du monde.

Invité par la Conférence des associations de la défense à prononcer un discours, le général Petraeus a soutenu hier que le «surge» irakien repose avant tout sur des idées neuves, et non pas sur le succès des opérations, qui est venu plus tard. «Notre trouvaille, ç'a été de se concentrer sur les gens, sur la population, et d'arrêter de chasser les méchants partout. On est sortis de nos bases militaires et on a vécu avec les gens, 24 heures sur 24, sept jours sur sept», a-t-il dit devant une audience attentive de quelque 500 personnes, surtout des militaires canadiens et des hauts fonctionnaires.

L'objectif était simple, mais contre-intuitif pour une armée habituée à s'imposer. «Le coeur de la stratégie, c'était de gagner la confiance des citoyens, dit-il. Pour ça, il fallait comprendre leur culture, leur mode de vie et partager leur quotidien. Il fallait être aussi motivés à apprendre d'eux que nous l'étions à les aider. Ensuite, on a bâti sur cette confiance mutuelle pour faire des gains, secteur par secteur. C'est ce qu'on va faire en Afghanistan.»

À Kandahar, où se trouvent les soldats canadiens, on applique cette stratégie depuis l'été dernier. Les militaires ont quitté leurs bases renforcées pour prendre place dans les petits villages un peu partout dans la province. Ils s'installent par groupes de 30 soldats (un peloton), avec une vingtaine de soldats de l'Armée nationale afghane, et vivent avec la population. Le général américain Stanley McChrystal, qui dirige les troupes de l'OTAN et des États-Unis sur le terrain en Afghanistan, étend présentement cette tactique à la grandeur du pays.

Un appui crucial de la population

Selon le général Petraeus, l'appui de la population locale est crucial dans une contre-insurrection. «C'est elle qui va ultimement mettre les talibans dehors. Pour ça, il faut que les militaires et les citoyens se comprennent», dit David Petraeus. L'OTAN a d'ailleurs renforcé son service du renseignement, question d'être mieux branché sur ce qui se passe sur le terrain. Cette connaissance permet aussi de mieux cibler les insurgés modérés qui peuvent se «réconcilier» avec le gouvernement afghan et ainsi devenir des alliés. «Il y a une grande différence entre le mollah Omar, en haut, et les talibans locaux», affirme Petraeus.

Une attention particulière est également apportée à éviter les pertes civiles. «Même si on tue une dizaine de talibans dans une opération, si on tue un seul civil, on vient de se créer plus de problèmes», dit M. Petraeus.

Le deuxième volet de la stratégie de contre-insurrection perfectionnée par le général américain, c'est l'amélioration des forces de sécurité locales, armée et police. En Irak, c'est maintenant l'armée de ce pays qui contrôle de larges pans du pays, ce qui donne un visage local au conflit. En Afghanistan, on accélère actuellement l'entraînement des militaires et des policiers. L'OTAN veut en former 100 000 de plus d'ici la fin de 2011.

Rester et reconstruire

Le troisième volet, enfin, touche les services à la population. Après chaque opération de «nettoyage» qui repousse les talibans, il faut que le gouvernement afghan remplisse rapidement le vide et commence des projets de développement, en partenariat avec la coalition internationale, l'ONU et les ONG, soutient le général Petraeus. «On a appris de notre expérience en Irak, dit le général américain. On aurait dû le faire depuis longtemps en Afghanistan.»

David Petraeus affirme que les forces militaires ont bien compris le message du président Barack Obama, qui a promis de réévaluer la stratégie en 2011 et de commencer, dans la mesure du possible, à transférer des responsabilités aux forces afghanes dans certaines régions du pays. «Il y a un sentiment d'urgence qui nous anime en Afghanistan. Un sentiment qu'on aurait peut-être dû avoir avant. Il faut passer à l'action. C'est une année importante», dit-il.

C'est pourquoi 2010 sera très mouvementée, prédit David Petraeus. «En Irak, il y a eu un regain de violence avant que ça se calme. L'Afghanistan ne sera pas différent. L'année 2010 sera difficile, très difficile. Il va y avoir beaucoup d'opérations parce que l'objectif est de changer la dynamique.»
4 commentaires
  • Francis Soulié de Morant - Inscrit 5 mars 2010 04 h 01

    L'expérience Algérienne

    Ancien officier des Affaires Algériennes en 1960/61, je pense que l'expérience française serait d'un grand secours. En insurrection en 1954, l'Algérie, par le référendum de 1958, vote oui pour la France de de Gaulle en sept 58. Ceci grâce à la mise en place d'une administration au plus près des gens : paperasse, soins, logements, eau, viabilisation, enseignement, tout cela assuré par l'armée française, contraste avec la politique d'attentats du FLN. J'ai pu me promener en uniforme et sans armes dans la casba d'Alger en septembre 58. Essayez d'en faire autant dans Kaboul!

  • Pierre Marinet - Inscrit 5 mars 2010 07 h 32

    Des idées neuves?

    Pourtant la France a perdu la guerre d'Algérie?

    le général américain David Petraeus a préfacé un essai extraordinaire, sorti en français en 2006 aux éditions Economica, qui a pour titre "Contre-insurrection. Théorie et pratique" de David Galula. Tous les gradés ont dû le lire en passant par la suite des examens. Il fut distribué à la gente militaire à lire obligatoirement. Cet essai brillant, véritable petit livre rouge contre-révolutionnaire, servira aux forces de police américaines quand la guerre civile (pas pour demain mais...) commencera chez eux a donc été pensé, réfléchi par un militaire français (1919-1968), voici un extrait de la 4ième de couverture:
    "David Galula (1919-1968) est entré à Saint-Cyr à la veille de la deuxième guerre mondiale. Sa carrière militaire (1939-1963) fut d'une richesse exceptionnelle : il fut à la fois acteur sur les principaux champs de bataille de l'armée française et observateur éclairé des principales guerres révolutionnaires de la deuxième moitié du XXe siècle, notamment en Extrême Orient. Chercheur associé à Harvard après son départ de l'armée. il a rédigé deux ouvrages sur son expérience et sa conception du combat de contre-insurrection. La communauté militaire américaine le considère aujourd'hui comme le principal stratège français du XXe siècle."

    Un essai très impressionnant. Lu en anglais, il a été écrit d'ailleurs en anglais, mais dont vous pouvez vous procurer la version française. À cela vous ajouterai "L'insurrection qui vient", "Introduction à la guerre civile", "Theorie du Bloom" tous trois écrits et édités par un certain Comité Invisible aux éditions de La Fabrique en France mais tous accessible chez le même éditeur sur le Net et vous avez le cocktail le plus révolutionnaire qui soit du 21ième siècle. "L'insurrection qui vient" est au top du palmarès des ventes aux USA dans Amazon et les conservateurs hurlent de haine face à un tel texte. Le général Petraeus a raison ou à tort de donner ce manuel à l'armée Us, on ne sait jamais mais ces idées ne sont pas neuves et la guerre d'Algérie fut tout de même perdue.

  • Houcine ouachani - Inscrit 5 mars 2010 07 h 36

    Une guerre d'usure

    Bonjour,

    Les américains ont peut-être diminués la violence en Afghanistan mais l'insurrection est toujours là. Aussi bien en Irak qu'en Afghanistan, les américains rentreront chez eux en laissant le chaos car l'Histoire se répète.

    Cordialement

  • - Inscrit 5 mars 2010 12 h 18

    À la Glandeur du dGénéral Petraeus !!

    Entre vous et moi, n'est-ce pas ce à quoi on s'attendait de la part des stratèges militaires, et ça depuis le DÉBUT des interventions militaires en Afghanistan et en Irak, de traiter ces gens respectueusement et faire en sorte de ramener la prospérité tout en maintenant l'ordre ??

    D'après ce que je comprends, nos gars et nos filles sont allé(e)s là-bas en sauvage et après plus de 6 ans, il aura fallu un dGénéral ayant lu le BON SENS dans un livre (??) pour qu'on commence ENFIN à traiter les Afghan(ne)s en ami(e)s.

    Si c’est une farce, elle n’est pas drôle !!

    Ce n'est vraiment pas peu dire et la seule explication à ce gâchis monumental et à ces gaspillages d’importantes ressources humaines (de chair et de sang) et financières, les seuls gagnants sont les Multinationales du Complexe Militaro-Industriel.

    Voilà pour le 1er et le 2ème grands CRIMES contre l’humanité au 21ème siècle !!! Dégueulasse !! Bush era = crime$

    Y a-t-il moyen d’empêcher l’extrême droite, peu importe où, le faux discours et le drapeau, de commettre des crimes sans cesse, les uns toujours plus odieux, graves et irréparables que les autres ???

    P.S. Pour avoir eu affaire aux GOONS (gros bras sans tête) du Pentagone durant les années Bush, je sais à quoi ces gens-là se sont occupés durant 7 ans, soit à faire du trouble, de la provocation, des abus de tous genres et même des meurtres, dans le but horrible inavoué de faire durer le plus longtemps possible la machine aux super profits du CMI et des PÉTROLIÈRES. C’est ça l’extrême droite, ici celle américaine, celle qui fait la promotion de la loi de la jungle, de la loi du plus fort, de la prédation sur les proies humaines sous le regard bienveillant du djeu WASP !!