Kaboul restreint le travail des médias

Des policiers afghans examinaient hier les dommages causés par un attentat à Kandahar.
Photo: Agence Reuters Des policiers afghans examinaient hier les dommages causés par un attentat à Kandahar.

Kaboul — Les autorités afghanes ont imposé hier un black-out sur la couverture instantanée par la presse des attaques des talibans, considérant qu'elle encourageait les islamistes dans leurs coups de main, dont les derniers ont fait six morts dans le sud du pays.

Les journalistes ne pourront couvrir que les suites des attaques des talibans, et ce, avec l'autorisation de la direction nationale de la sécurité (DNS), le service de renseignement. La DNS a menacé d'arrêter les journalistes qui filmeraient des opérations sans autorisation et de confisquer leurs matériels.

«La couverture en direct ne bénéficie pas au gouvernement, mais aux ennemis de l'Afghanistan», a déclaré Saïd Ansari, porte-parole de la DNS à un groupe de journalistes convoqués pour se voir notifier le black-out.

Il est désormais interdit de filmer et de retransmettre en direct une attaque en cours, même de loin, a précise Ansari, dont les consignes ont été dénoncées par les associations de journalistes afghans et de défense des droits de la personne.

«Cette décision empêche le public d'avoir accès à une information exacte à tout moment», a déclaré Abdul Hamid Mubarez, président du syndicat des médias nationaux afghans., qui s'est souvent plaint du harcèlement des autorités.

«Le gouvernement ne doit pas dissimuler son incapacité en interdisant aux médias de couvrir des incidents. Les gens veulent savoir tous les faits sur le terrain lorsque des incidents de sécurité ont lieu», a souligné pour sa part Laïla Noori, chargée des médias à l'Observatoire des droits en Afghanistan.

Le gouvernement avait imposé un black-out analogue l'an dernier le jour de l'élection présidentielle, mais c'était à titre exceptionnel, alors que, cette fois, c'est à titre permanent.

Attentats

Dans la matinée hier, quatre civils afghans et un soldat de l'OTAN ont été tués par l'explosion d'une voiture piégée au passage d'un convoi militaire près de Kandahar, dans le sud du pays. Quelques heures plus tard, une autre voiture piégée a explosé devant le principal poste de police de la ville, tuant un policier et faisant 16 blessés, dont neuf représentants des forces de l'ordre, a dit un responsable de la province.

Le général américain Stanley McChrystal, commandant de l'ISAF, s'est rendu dans la province d'Helmand, à Marjah, ville reprise aux talibans lors d'une offensive menée par les marines américains, l'une des plus grandes opérations menées en huit ans de guerre dans le pays. Il était accompagné du vice-président afghan Karim Khalili et du gouverneur d'Helmand, Gulab Mangal, qui a rencontré des centaines d'habitants lors d'une «shura», un conseil traditionnel.

McChrystal a indiqué aux journalistes que l'objectif était de mettre en place un gouvernement dans la région auxquels les villageois pourraient adhérer. «Il pourrait rester dans la ville 200 à 300 combattants qui étaient des talibans il y a deux semaines», a-t-il dit.