Les talibans frappent de nouveau au coeur de Kaboul

Les attaques ont visé un hôtel et une maison d’hôtes, causant des dommages coinsidérables.
Photo: Agence Reuters Ahmad Masood Les attaques ont visé un hôtel et une maison d’hôtes, causant des dommages coinsidérables.

Kaboul — Les talibans ont frappé hier matin au coeur de Kaboul, où des kamikazes et une voiture piégée ont visé un hôtel et une maison d'hôtes fréquentés par des étrangers. Ces attentats ont fait au moins 16 morts, dont un réalisateur français, un diplomate italien et plusieurs ressortissants indiens.

D'après le président afghan, ces attaques visaient les ressortissants indiens travail-

lant à Kaboul. Elles «ne nuiront pas aux relations entre l'Inde et l'Afghanistan», a assuré Hamid Karzaï, condamnant «fermement» ces attentats.

Les talibans avaient déjà visé l'Inde, en raison de ses liens avec l'Alliance du Nord, qui avait contribué à la chute de leur régime fondamentaliste fin 2001, avec l'appui des frappes américaines. L'ambassade indienne à Kaboul a déjà essuyé deux violents attentats, l'un en juillet 2008, qui avait fait plus de 60 morts, et l'autre en octobre dernier, qui avait tué 17 personnes.

Six Indiens sont morts dans ces attentats, a annoncé un porte-parole du ministère indien des Affaires étrangères, révisant à la baisse un précédent bilan faisant état de neuf Indiens tués. Un diplomate italien et un réalisateur français ont également été tués, ainsi que trois policiers afghans. Six policiers figurent parmi les 36 blessés, selon les autorités afghanes.

Le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, a rendu hommage au Français tué vendredi, le réalisateur Séverin Blanchet, membre fondateur du centre de formation à la réalisation documentaire Les ateliers Varan. «Séverin Blanchet, grand réalisateur de films documentaires, s'était consacré depuis 2006 à la formation de jeunes cinéastes afghans au film documentaire et avait réalisé avec eux plus de vingt films, dont plusieurs salués par la critique internationale», a rappelé M. Kouchner dans un communiqué, promettant de poursuivre «avec détermination l'oeuvre qu'il avait engagée avec tant de générosité et de

solidarité».

Le ministre italien des Affaires étrangères Franco Frattini a annoncé de son côté qu'un conseiller diplomatique italien avait trouvé la mort dans un des hôtels visés par les terroristes.

Cette attaque au coeur de la capitale afghane, qui a duré quatre heures, a commencé vers 6h30 du matin par l'explosion d'une voiture piégée, qui a dévasté la maison d'hôtes Arya, également connue sous le nom de maison d'hôtes Hamid, qui accueille des médecins indiens. Une série d'explosions et de fusillades a suivi.

Un kamikaze a ensuite fait sauter ses explosifs près du bâtiment en ruines, tandis que deux autres terroristes ont pénétré dans un autre hôtel, le Park Residence, alors encerclé par les forces de police. L'un des kamikazes s'est retranché dans une pièce où il s'est fait exploser, tuant trois policiers et en blessant six autres. L'autre kamikaze a été abattu par la police. Le diplomate italien tué assistait la police lors de l'assaut, selon le chef de la police de Kaboul, Abdul Rahman Rahman.

Le Dr Surbod Sanjiv Paul, un médecin indien, a raconté qu'il était resté cloîtré trois heures dans la salle de bain d'une des maisons d'hôtes pendant l'attaque. «En sortant, j'ai trouvé deux ou trois corps», a-t-il témoigné sur son lit d'hôpital, où il est soigné pour une blessure au pied. «Alors que des tirs retentissaient, la première voiture piégée a explosé et le toit m'est tombé sur la tête.»

Selon le porte-parole du ministère afghan de l'Intérieur Zemeri Bashary, trois kamikazes au total ont participé à cette attaque, même si le porte-parole des talibans

Zabiullah Mujahid parlait de cinq dans sa revendication.

Il s'agissait du premier attentat à Kaboul depuis le 18 janvier, quand des équipes de kamikazes et de tireurs avaient attaqué des bâtiments gouvernementaux, faisant 12 morts, dont 7 assaillants.

La nouvelle attaque démontre la capacité intacte des talibans à frapper à Kaboul malgré l'offensive lancée il y a deux semaines par les forces de l'OTAN et de l'armée afghane contre l'un de leurs fiefs du sud du pays, Marjah. La Grande-Bretagne a annoncé la mort de l'un de ses hommes vendredi dans une explosion lors d'une patrouille à pied. C'est le 14e soldat de l'Alliance à trouver la mort dans cette offensive.

Les attentats surviennent également au lendemain de la reprise des premières discussions officielles entre l'Inde et le Pakistan depuis la suspension des pourparlers de paix après les attentats de Mumbai en novembre 2008. Ces dernières semaines, plus d'une dizaine de chefs talibans, dont certains hauts responsables, ont par ailleurs été arrêtés au Pakistan.