Le général Petraeus fait le point sur l'offensive à Marjah - Les talibans sont «un peu désarçonnés»

Le général David Petraeus, commandant américain en Irak et en Afghanistan
Photo: Agence Reuters Paul J. Richards Le général David Petraeus, commandant américain en Irak et en Afghanistan

L'OTAN a lancé il y a une dizaine de jours l'une de ses plus vastes offensives en Afghanistan depuis le début de la guerre en 2001 pour tenter de prendre le contrôle de la ville de Marjah, dans la province du Helmand, un bastion des talibans.

Les talibans dans la région de Marjah, au sud de l'Afghanistan, offrent une résistance «impressionnante» mais sont «un peu désarçonnés» par l'offensive lancée par les forces internationales et afghanes, a affirmé hier le commandant américain en Irak et en Afghanistan.

«Certains d'entre eux ont été surpris par la manière avec laquelle l'opération a été menée. Mais il y a des coriaces qui continuent de se battre sans se poser de questions», a déclaré le général David Petraeus, à la chaîne NBC.

L'offensive à Marjah «n'est que le début d'une campagne globale» qui a été préparée par le commandant en chef des forces internationales en Afghanistan, le général Stanley McChrystal, et qui «va durer entre 12 et 18 mois», a averti le haut gradé américain.

Environ 15 000 soldats afghans et des forces internationales, Américains et Britanniques en tête, sont engagés dans une vaste offensive contre la bourgade de Marjah, dans la province du Helmand, fief des talibans. Cette première grande offensive menée par les forces internationales s'inscrit dans le cadre de la nouvelle stratégie décidée par le président Barack Obama et qui doit permettre au gouvernement afghan de reprendre le contrôle de la situation.

Alors que les 30 000 renforts américains annoncés en décembre par Barack Obama continuent de se déployer dans le pays, où quelque 110 000 hommes sont déjà présents, sous commandement de l'OTAN, le général Petraeus a averti que les pertes dans les rangs américains «seraient sévères».

«Elles ont été sévères en Irak. J'ai toujours répété qu'il s'agit d'efforts pénibles, et ils le sont tout le temps», a-t-il dit.

Au total, 14 soldats de l'OTAN sont morts dans le cadre de cette opération contre les talibans déclenchée le 13 février dans le sud du pays.

En outre, le commandant des forces américaines en Irak et en Afghanistan a affirmé qu'al-Qaïda «a été diminué» dans la région dont il a la charge, estimant qu'hormis au Yémen, des progrès ont été enregistrés dans la Péninsule arabique, de même qu'en Irak «bien que des menaces perdurent là-bas, comme l'attestent périodiquement des attentats horribles et barbares».

Et alors qu'a été annoncée cette semaine la capture de trois importants commandants de la nébuleuse islamiste, le général Petraeus s'est félicité des «progrès [qui ont été faits] contre l'influence des chefs d'al-Qaïda dans les régions tribales» à la frontière entre l'Afghanistan et le Pakistan.

Se faisant, le haut gradé a salué «le travail très impressionnant réalisé ces 10 derniers mois» par ce pays, qui occupe une place majeure dans la nouvelle stratégie du président Obama.

De leur côté, les talibans ont rejeté hier un nouvel appel à la réconciliation formulé la veille par le président Hamid Karzaï.

«Karzaï est une marionnette, il ne peut pas représenter un pays ou un gouvernement», a déclaré leur porte-parole Qari Mohammad Yousuf. «Il est enlisé dans la corruption et entouré de chefs de guerre qui s'enrichissent.»

Lors de la conférence internationale de Londres le 28 janvier, Hamid Karzaï avait invité les insurgés à participer rapidement à une «loya jirga» (grande assemblée) des anciens pour discuter des moyens de ramener la paix dans le pays.

Il avait aussi obtenu le soutien des pays donateurs à son projet de réintégrer dans la vie civile les combattants taliban qui renonceraient à la violence.

S'exprimant à l'occasion de la reprise des travaux du parlement de Kaboul après la trêve hivernale, le chef de l'État a de nouveau proposé samedi aux taliban et aux autres mouvements d'opposition de s'engager dans un processus de réconciliation.

Les insurgés islamistes exigent comme préalable à toute discussion le départ des forces occidentales du pays.

Par ailleurs, les troupes néerlandaises déployées en Afghanistan vont commencer à quitter le pays en août prochain, a déclaré hier le premier ministre Jan Peter Balkenende, au lendemain de la chute de son gouvernement sur la question afghane.

Samedi, M. Balkenende a annoncé l'éclatement de la coalition au pouvoir depuis 2006, faute de position commune sur la mission du pays en Afghanistan. L'Alliance chrétienne démocrate de M. Balkenende et le Parti travailliste, les deux principaux partenaires de la coalition, ne sont pas parvenus à s'entendre sur la date de retrait des troupes, malgré 16 heures de négociations.

Quelque 1600 soldats néerlandais sont déployés depuis 2006 dans la province afghane d'Uruzgan (sud), où 21 d'entre eux ont été tués. L'OTAN a récemment demandé aux Pays-Bas de prolonger d'un an la mission du contingent, qui doit s'achever en août prochain. Les chrétiens démocrates ont accepté le maintien d'un effectif militaire réduit, effectuant une mission de formation auprès de l'armée afghane. Le Parti travailliste de son côté a réclamé le retrait des troupes néerlandaises à la date prévue.
3 commentaires
  • Tube - Inscrit 22 février 2010 07 h 58

    Trève olympique?

    « La trêve olympique est une période de paix respectée par les différentes nations du monde durant les Jeux olympiques. » Ce n'est pas moi qui le dis, c'est Wikipedia...
    C'est pourtant le moment qu'a choisi la coalition des pays participants aux Olympiques pour lancer leur grande offensive contre les Talibans.
    Pendant que tous les regards sont tournés vers les patineurs en haute-définition, nos soldats peuvent faire leur travail sans interventions inopportunes.
    Et non, ce n'est pas un complot, c'est de la stratégie!

  • M Dubois - Inscrite 22 février 2010 21 h 33

    ENCORE UNE GUERRE À PERDRE POUR LES AMÉRICAINS

    Les leçons de l'histoire sont là disponibles à qui veut les consulter. J'ai souvenir d'un pays pauvre, Le Vietnam, envahi par les américains et inondé de bombes et de produits chimiques et qui finit par l'emporter sur la plus grande puissance militaire du monde. Ils avaient d'ailleurs aussi gagné contre les Français un siècle auparavant.

    Les Talibans, qui sont des Afghans, se battent avec des lance-pierres quand on compare à la quincaillerie de l'Otan. Ils ont opté pour la guérilla tout comme les Vietnamiens, faisant exploser des engins à distance ou se faisant exploser eux-memes et fuyant les confrontations qu'ils savent à leur désavantage. Retenons que les Afghans ont déjà chassé les Britanniques et les Russes. Dans ces circonstances quelles sont les chances de l'Otan d'avoir gain de cause dans cette guerre civile ?