L'ONU et la Russie perdent patience contre Téhéran et son programme nucléaire

Le guide suprême, Ali Khamenei, présidait hier au lancement d’un destroyer.
Photo: Agence Reuters Le guide suprême, Ali Khamenei, présidait hier au lancement d’un destroyer.

Moscou — Les États-Unis, l'Allemagne et surtout la Russie, jusqu'alors réticente à de nouvelles sanctions contre l'Iran, ont accentué hier la pression sur l'Iran pour l'inciter à suspendre son programme nucléaire.

L'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) a évoqué jeudi pour la première fois la possible existence d'un volet militaire au programme nucléaire iranien. Dans des termes inhabituellement directs, son rapport laisse entendre que Téhéran cherche à acquérir les moyens de fabriquer des armes nucléaires.

À la suite de la diffusion de ce rapport, le Kremlin s'est dit «très inquiet» du manque de coopération des Iraniens avec l'agence onusienne. «Nous sommes très inquiets et nous ne pouvons accepter que l'Iran refuse de coopérer avec l'AIEA, a dit le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov. Pendant environ vingt ans, les autorités iraniennes ont mené un programme nucléaire clandestin sans en référer à l'AIEA et nous ne comprenons pas cette politique du secret.»

Le ministère russe des Affaires étrangères avait auparavant exhorté l'Iran à coopérer plus activement avec l'AIEA pour dissiper les doutes sur son programme nucléaire.

L'Iran doit «informer les six grandes puissances de ses intentions s'il souhaite dissiper les soupçons quant à la nature de son programme [...] La communauté internationale doit savoir avec certitude que ce programme est pacifique», a dit un porte-parole du ministère, Andreï Nesterenko.

Le Kremlin, qui avait déjà manifesté récemment à plusieurs reprises son impatience, semble de plus en plus proche des positions occidentales.

L'Allemagne a également dit son inquiétude. «La violation continue [...] des résolutions des Nations unies et la poursuite par Téhéran d'une politique nucléaire dangereuse contraignent la communauté internationale à oeuvrer à New York en faveur de sanctions plus complètes», a déclaré Ulrich Wilhelm, porte-parole du gouvernement allemand.

La chancelière Angela Merkel, a-t-il toutefois souligné, continue à «tendre la main» à la république islamique et reste décidée à contribuer à un règlement pacifique de la crise. «Nous excluons une solution militaire», a ajouté le porte-parole.

Réagissant au rapport de l'AIEA, les États-Unis ont aussi mis en garde Téhéran contre les conséquences que pourrait entraîner la poursuite de son programme nucléaire. «Nous avons toujours dit que l'Iran ne respectait pas ses engagements internationaux et que cela pourrait avoir des conséquences», a déclaré jeudi le porte-parole de la Maison-Blanche Robert Gibbs. Selon un responsable de l'administration américaine, le rapport de l'AIEA montre «une tendance croissante à la non-coopération» de l'Iran avec l'agence internationale.

«Accusations sans fondement»

Pourtant, à Téhéran, l'ayatollah Ali Khamenei, guide suprême de la Révolution iranienne, a réaffirmé que son pays ne cherchait pas à se doter de l'arme nucléaire.

«Les accusations de l'Occident sont sans fondement parce que nos croyances religieuses nous interdisent de telles armes [...] Nous ne croyons pas aux armes atomiques et nous n'en voulons pas», a-t-il déclaré.

L'AIEA enquête depuis plusieurs années sur des informations des services de renseignement occidentaux selon lesquelles l'Iran coordonnerait ses efforts pour traiter l'uranium, procéder à des essais d'explosifs en altitude et transformer une tête de missile balistique pour y adapter une ogive nucléaire.

Le récent rapport de l'AIEA estime que l'Iran a commencé à alimenter des centrifugeuses en uranium faiblement enrichi à 3,5 % dans la centrale-pilote de Natanz avant que les inspecteurs puissent se rendre sur le site.

Le rapport indique également que l'Iran a accru ses stocks d'uranium faiblement enrichi, qui seraient passés de 300 kg à 2,06 tonnes depuis novembre, soit une quantité suffisante pour une ou deux bombes nucléaires si cet enrichissement atteint 90 %.

L'AIEA précise encore que les neuf dixièmes de ces stocks d'uranium faiblement enrichi sont destinés à un enrichissement à 20 %, première étape importante pour parvenir à un enrichissement à 90 %, qui pourrait prendre seulement quelques mois. Toutefois, le document note que la capacité d'enrichissement dans l'unité de Natanz est actuellement en stagnation, le nombre de centrifugeuses en service étant passé de près de 4000 à 3772.