Le chef militaire des talibans a été capturé lors d'une opération États-Unis-Pakistan

Des soldats américains participent à l’offensive contre les talibans à Marjah.
Photo: Agence Reuters Goran Tomasevic Des soldats américains participent à l’offensive contre les talibans à Marjah.

Le mollah Abdul Ghani Baradar, numéro un de la hiérarchie militaire des talibans, aurait été capturé au Pakistan lors d'une opération conjointe des services de renseignement américains et pakistanais.

L'information, obtenue hier de source autorisée aux États-Unis et au Pakistan, a été démentie par la milice islamiste, cible depuis samedi d'une vaste offensive du corps expéditionnaire américain et de l'armée locale dans le sud de l'Afghanistan.

«Je dirais que c'est significatif. Mais même quand on capture leurs dirigeants ils font preuve d'une formidable capacité à rebondir», a dit un membre de l'administration américaine. La nouvelle, dévoilée par le New York Times, a été confirmée par un autre haut fonctionnaire américain. Tous deux ont requis l'anonymat. Un responsable pakistanais de la sécurité, qui a demandé à ne pas être nommé non plus, a confirmé la capture du mollah. «Oui, c'est vrai. Il a été arrêté. Il est en détention», a-t-il dit, sans plus de détails.

Le ministre pakistanais de l'Intérieur, Rehman Malik, a précisé qu'un grand nombre de personnes avaient traversé la frontière avec le Pakistan pour fuir l'opération menée par l'OTAN en Afghanistan. «Nous en avons arrêté plusieurs. Nous les interrogeons mais nous ne pouvons pas pour le moment divulguer leur identité», a-t-il dit.

Selon Kamran Bokhari, directeur régional du groupe Stratfor, spécialiste du renseignement, le mollah Baradar était un proche du mollah Omar, chef suprême du mouvement, et une figure importante du conseil de commandement. «On ignore toutefois si cette arrestation aura des conséquences majeures sur le terrain. Je soupçonne les talibans d'avoir livré ce type aux Pakistanais, qui les ont ensuite remis aux Américains en échange de concessions sur l'Afghanistan ou l'Inde», a-t-il ajouté.

La CIA

La capture du mollah Baradar, écrit le New York Times, est l'oeuvre de l'Inter-Services Intelligence (ISI), les services de renseignement militaires pakistanais, et d'agents de la CIA. Le quotidien estime que cette opération marque l'entrée dans une nouvelle phase de la coopération entre Washington et Islamabad. Le Pakistan s'est jusqu'ici montré réticent aux appels américains en faveur d'une action décisive contre les «étudiants en religion».

Le New York Times explique avoir appris l'opération jeudi, mais avoir reporté sa publication sur demande de la Maison-Blanche qui craignait qu'elle ne nuise à une opération jugée très réussie. Le quotidien a décidé de révéler l'affaire quand la Maison-Blanche a reconnu qu'elle s'était ébruitée dans la région.

Selon les responsables américains cités par le journal, outre les opérations militaires des talibans, le mollah Baradar régnait sur leur conseil de direction, souvent appelé choura de Quetta.