Ancien premier ministre libanais - Il y a cinq ans, Rafic Hariri était assassiné

Sur la place des Martyrs, hier à Beyrouth: mobilisation moins importante...
Photo: Agence France-Presse (photo) Joseph Eid Sur la place des Martyrs, hier à Beyrouth: mobilisation moins importante...

Beyrouth — Drapeaux du Pays du Cèdre en main, plusieurs dizaines de milliers de Libanais se sont rassemblés hier sur la principale place de Beyrouth pour le cinquième anniversaire de la mort de l'ancien premier ministre Rafic Hariri dans un attentat.

Bien qu'importante, la mobilisation était semble-t-il moins forte que celle des années précédentes, selon des estimations. Possible reflet du fossé existant dans les rangs de la coalition pro-occidentale au pouvoir, désormais emmenée par Saad Hariri, fils du défunt ancien premier ministre.

Ce cinquième anniversaire est également intervenu après la réconciliation entre Saad Hariri et la Syrie, que l'actuel chef du gouvernement libanais a accusée d'être à l'origine de l'assassinat de son père le 14 février 2005 dans un attentat au camion piégé à Beyrouth. À la différence des discours des années précédentes — ponctués d'attaques contre la Syrie —, Saad Hariri a évoqué hier place des Martyrs une nouvelle étape dans les relations entre Beyrouth et Damas.

«En toute vérité, honnêteté et responsabilité, je suis disposé à maintenir cette fenêtre [avec la Syrie] ouverte, et à bâtir une nouvelle ère dans les relations libano-syriennes», a lancé le premier ministre, à la tête d'un gouvernement d'union qui comprend des personnalités soutenues par Damas, autrefois membres de l'opposition.

Certains dans la foule rassemblée place des Martyrs ont exprimé leur déception vis-à-vis de la réconciliation avec Damas prônée par Saad Hariri. «Qu'avez-vous fait de mon vote?», proclamait une pancarte. Des mots témoignant de la frustration éprouvée devant la formation par Hariri d'un gouvernement d'union nationale comprenant des membres du Hezbollah pro-syrien, formation rivale, en dépit de la victoire aux législatives de l'an dernier.

Le décès de Rafic Hariri a été suivi de la montée d'une alliance soutenue par les États-Unis et l'Arabie saoudite, la coalition du 14 mars, baptisée ainsi à la suite d'une journée de grandes manifestations antisyriennes. Ces manifestations ont abouti au retrait des soldats syriens du pays après 29 ans de présence militaire.

Pour Saad Hariri et ses alliés, le rassemblement de dimanche constituait une tentative pour regagner une partie de l'élan politique perdu à la suite d'une scission au sein la coalition. Le dirigeant druze Walid Joumblatt — qui avait été l'une des figures clefs de l'alliance du 14 mars et était un détracteur farouche de la Syrie — a quitté la coalition en août et s'est rapproché du camp adverse emmené par le Hezbollah chiite.

Walid Joumblatt, qui appelle désormais à des relations avec la Syrie et se dit prêt à se rendre à Damas, a déclaré du bout des lèvres qu'il participerait au rassemblement d'hier, mais ne compterait pas au nombre des orateurs.

En ce jour anniversaire, nombre agitaient dans la foule des banderoles en hommage au premier ministre défunt déclarant: «Vous nous manquez». «Je suis ici pour dire que Rafic Hariri n'est pas mort pour rien... Nous continuerons à lutter pour notre indépendance», confiait Zeina al-Sidani, un drapeau aux couleurs du Liban (rouge, blanc, vert) dans une main, et une rose rouge «pour les martyrs du Liban le jour de la Saint-Valentin» dans l'autre.

Rafic Hariri entretenait des relations étroites avec les dirigeants occidentaux ainsi qu'avec la Syrie. Dans les mois qui précédèrent son assassinat, il tenta cependant de limiter l'influence de Damas sur le pays du Cèdre, et nombre accusèrent la Syrie d'être impliquée dans sa disparition, ce que celle-ci démentit.

Un tribunal international a été établi aux Pays-Bas l'an dernier pour juger les assassins présumés de Rafic Hariri, mais aucune personne n'a été inculpée à ce jour, suscitant l'inquiétude que le dossier traîne en longueur.

«Nous appelons le tribunal international à mettre fin au crime», a lancé hier Saad Hariri.

Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a réaffirmé l'engagement des Nations unies en faveur des efforts du tribunal pour «traduire les responsables en justice et mettre un terme à l'impunité au Liban», selon Martin Nesirky, porte-parole à New York. D'après le bureau de M. Hariri, le président américain Barack Obama a également assuré le premier ministre libanais de son soutien au tribunal.