Iran - Des célébrations captives

Le président Mahmoud Ahmadinejad a pris un bain de foule hier à Téhéran.
Photo: Agence Reuters Raheb Homavandi Le président Mahmoud Ahmadinejad a pris un bain de foule hier à Téhéran.

Des heurts ont opposé les forces de sécurité iraniennes à des manifestants hier, en marge des cérémonies du 31e anniversaire de la Révolution islamique, et au moins 30 personnes ont été arrêtées, selon l'opposition. Les médias officiels n'ont fait aucune mention des affrontements et des arrestations et la télévision publique a parlé de «dizaines de millions de personnes» présentes aux rassemblements officiels à travers le pays, qui compte 70 millions d'habitants.

La bombe et le bâton. Les autorités iraniennes et leur président, Mahmoud Ahmadinejad, ont effectué une démonstration de force, tant à usage interne qu'international, à l'occasion du 31e anniversaire, hier, de la révolution islamique, qui avait mis à bas le régime du Shah. Une démonstration, en tout cas, de leur capacité à contrôler l'information, alors que l'opposition avait l'intention de descendre dans la rue subvertir la célébration officielle.

Hier en fin de journée, la Maison-Blanche a reconnu que Téhéran avait réussi à maintenir un «blocus presque total de l'information». Les agences de presse étrangères ont été invitées à ne pas quitter la tribune officielle qui leur était réservée, place Azadi, où Ahmadinejad a prononcé un discours défiant la communauté internationale sur le nucléaire. Fait nouveau: l'agence iranienne des télécommunications a réussi à bloquer les comptes de la messagerie Gmail...

Les informations sur le déroulement de la journée sont donc éparses et parcellaires. Une chose est sûre: les chefs de l'opposition ont été empêchés de manifester. Les escortes de Mehdi Karoubi, un des concurrents malheureux, avec Mir Hossein Moussavi, d'Ahmadinejad à 'élection présidentielle de juin, ainsi que celle de l'ex-président Khatami ont été attaquées par des miliciens en civil. Plusieurs de leurs proches auraient été blessés, mais pas les leaders. Le petit-fils de Karoubi, Ali, a été arrêté. La femme de Moussavi, Zahra Ranavard, aurait été attaquée et «battue», selon son site Internet. Tous les sites d'opposition font état d'une présence massive des forces de sécurité et de nombreuses arrestations. Des témoins ont compté 230 bus de miliciens, pour la plupart venus de province, entre les places Azadi et Enqelab, au centre de Téhéran. «C'est du jamais vu», raconte un observateur, qui a participé à la manifestation. Même la technique du «sous-marin», qui consiste à se mêler à la foule des partisans du régime pour soudain crier des slogans subversifs, a échoué: les miliciens, prêts à intervenir dans l'instant, étaient trop nombreux.

Affrontements

Des tirs de grenades lacrymogènes et des fusillades ont été signalés dans plusieurs quartiers de la capitale, sans possibilité de vérification. Les affrontements n'auraient cessé que vers 20 heures. Des troubles ont aussi été signalés en province, à Mashhad, Chiraz, Tabriz et Ahwaz. Mais le déchaînement de violence du 27 décembre, quand la police avait tiré à balles réelles et que des manifestants avaient lynché des miliciens, ne semble pas s'être répété. Le régime, qui a multiplié les arrestations ces derniers jours, avait averti qu'il ne tolérerait aucune protestation. D'ailleurs, les anciens prisonniers politiques avaient été convoqués par la police: s'ils ne restaient pas chez eux le 11 février, ils seraient déclarés «mohareb» (ennemis de Dieu), donc passibles de la peine de mort.

Cette journée marque-t-elle l'essoufflement d'un mouvement qui touche pourtant toutes les couches de la société iranienne? Il semble surtout que, face à la virulence de la répression, les Iraniens ont voté avec leurs pieds, en restant chez eux. Selon des sources fiables, quelque 150 000 personnes, opposants et partisans du régime confondus, ont participé à la commémoration d'hier. C'est beaucoup moins que les années précédentes.
1 commentaire
  • Geoffroi - Inscrit 12 février 2010 11 h 11

    Iran et banlieues pétroleuses

    150,000 courageux et courageuses d'Iran, c'est tout de même quelque chose de remarquable. Les chemises brunes iraniennes en ont eu pour leur argent sale payé par les banlieusards pétroleux.