Iran - Où est passé le milliard manquant ?

Mahmoud Ahmadinejad est montré du doigt pour des ponctions dans les revenus pétroliers.
Photo: Agence Reuters Morteza Nikubazl Mahmoud Ahmadinejad est montré du doigt pour des ponctions dans les revenus pétroliers.

Mahmoud Ahmadinejad a-t-il détourné un peu plus d'un milliard de dollars, provenant des revenus pétroliers de l'Iran au profit de ses amis politiques à l'intérieur et à l'extérieur de l'Iran? C'est l'accusation portée contre lui — à mots couverts, bien sûr — par le vice-gouverneur de la Banque centrale, Raze Raii. Cette somme d'argent considérable, en tout cas, a bel et bien disparu des caisses du Fonds de stabilisation pétrolier. La Cour suprême des comptes iranienne a d'ailleurs présenté un rapport en ce sens devant le Comité économique du Majlis, le Parlement, le 4 février.

Ce n'est pas la première fois que le président iranien opère des ponctions dans les revenus pétroliers du pays en contradiction flagrante avec ses promesses électorales de 2005. Il s'était alors engagé à faire profiter le petit peuple de la manne provenant de l'augmentation conséquente des prix du brut en 2006-2007, lorsqu'il avait promis de «mettre l'argent du pétrole sur la table des Iraniens». Le Majlis, qui compte un bon nombre de députés hostiles à Ahmadinejad, en particulier son président, Ali Laridjani, s'en était d'ailleurs plusieurs fois inquiété, ce qui avait donné lieu à des débats particulièrement vifs.

L'argent public

Mais cette fois, l'affaire était autrement plus grave. Elle a cependant été rapidement étouffée. Raze Raii, un homme jugé compétent et honnête, a reconnu avoir été à l'origine de la fuite dans le but de sauver l'argent public. Il a perdu son poste le mois suivant à la faveur du remaniement ministériel décidé par le président. Son limogeage a été annoncé sans commentaire par la presse iranienne. Dans l'entourage d'Ahmadinejad, on a fait valoir qu'il s'agissait d'un «malentendu» et que des vérifications étaient en cours.

Un an après, il n'y a cependant pas eu ni débat au Parlement ni enquête des députés sur ce qui a été pourtant présenté comme un acte flagrant de corruption au mépris des règles de la Constitution. Il est vrai que le détournement a été révélé publiquement au moment de la contestation des résultats de la présidentielle de juin 2009 et que le régime avait alors d'autres soucis en tête. Mais, selon une source diplomatique, il semble que les Gardiens de la révolution (pasdarans), dans les rangs desquels Ahmadinejad a servi, aient aussi fait de lourdes pressions sur les parlementaires et sur la Cour des comptes, qui, depuis, a fait marche arrière. Le président iranien aurait convaincu Ali Jaafari, le chef des pasdarans, qu'il était vital pour les intérêts iraniens que le silence soit fait sur ce détournement, d'autant plus que ce corps d'élite, qui occupe désormais un rôle central au sommet du pouvoir, a été le premier bénéficiaire du milliard de dollars, en particulier la force al-Qods, chargée des opérations à l'extérieur du pays et du soutien aux mouvements islamistes amis (Hezbollah, Hamas). Selon un expert occidental travaillant sur l'Iran, les services secrets italiens ont d'ailleurs relevé depuis plusieurs mois d'importants mouvements de fonds en provenance de l'Iran vers les circuits financiers parallèles.
1 commentaire
  • Robert Aird - Abonné 11 février 2010 09 h 09

    surprenant?

    Je suis aussi surpris par cette nouvelle que par l'annonce du depart previsible de Bob Gainey!