Les murs sont debout, mais la crainte demeure

Une jeune étudiante israélienne assise au sommet de la colline de Kfar Aza, face à la bande de Gaza.
Photo: Valerian Mazataud Une jeune étudiante israélienne assise au sommet de la colline de Kfar Aza, face à la bande de Gaza.

Un an après l'opération Plomb durci, les roquettes du Hammas semblent presque chose du passé à Sderot, la ville israélienne la plus proche de la bande de Gaza. Cependant, alors que les blessures physiques s'estompent, le traumatisme demeure.

«Là, à côté de l'école, cinq. Et de l'autre côté, deux encore. Un enfant a été blessé au pied.» Elie Bitton marche d'un pas vif, pointant son bras dans toutes les directions. L'homme, arrivé du Maroc il y a 60 ans, semble se souvenir de tous les impacts de Qassam qui ont atteint sa ville. À Sderot, les bâtiments sont vite reconstruits, et les trous dans la route, rapidement rebouchés. Seul un oeil avisé peut encore reconnaître les traces d'une explosion. Dans la cour du commissariat municipal s'accumulent les carcasses rouillées de dizaines de roquettes.

Selon le Sderot Media Centre (SMC), plus de 12 000 roquettes et mortiers ont atteint la région depuis 2001, dont plus de 3000 durant la seule année 2008, soit un minimum quotidien de huit attaques jusqu'au cessez-le-feu de janvier 2009.

Selon l'association de droits de la personne israélienne B'Tselem, depuis 2000, on comptabilise presque 150 victimes israéliennes, contre 3000 du côté palestinien. Pour David Shrybman, du SMC, on ne peut pas comparer les souffrances des populations en comptabilisant les morts. «À chaque roquette, l'alarme retentit, et on a quinze secondes pour se réfugier. Si l'on s'imagine mourir dix fois par jour, alors l'impact psychologique est énorme.» Début 2008, le quotidien Haaretz rapportait que plus des trois quarts des enfants de Sderot, âgés de 4 à 18 ans, présentaient des symptômes de stress post-traumatique. «La précision importe peu», précise Shrybman. Les détecteurs de chaleur signalent tous les décollages et déclenchent l'alerte rouge, le Tzeva Adom, ce qui suffit à entretenir la peur.

Fabriqués à partir de tuyaux de construction, les Qassam utilisent un système de propulsion à base de sucre et d'engrais, et une tête explosive bourrée de TNT, de clous, de vis et d'autres fragments de verre.

Autant que les roquettes, c'est l'indifférence d'Israël qui dérange les habitants de Sderot. Construite dans les années 1950, la ville s'est peuplée au fil des vagues d'immigration, tout d'abord de réfugiés du Maghreb, puis d'habitants de l'ex-URSS, et enfin d'Éthiopiens et de Soudanais. Ville ouvrière du désert du Negev, les médias et le gouvernement ont mis des années avant de commencer à se soucier du sort des habitants de Sderot. En 2007, la ville ne comptait que 58 abris publics, soit approximativement un pour 350 personnes. Depuis, les autorités ont investi dans la construction d'abribus blindés («bus stop shelters»), présents à tous les coins de rue.

De nombreux habitants ont quitté la ville, des entreprises ont fermé et les loyers ont chuté en flèche. Roee, un étudiant en photographie au Sapir College, ne paye que 1000 shekels (278 $) pour un loft de deux étages, sur plus de 150 m2. Avec ses quelque 8000 étudiants, le Sapir College, un des plus importants centres universitaires du pays, contribue aujourd'hui à revitaliser la ville. On y enseigne les arts visuels aussi bien que les sciences, l'économie ou le management.

Bon nombre de ses étudiants peuplent les kibboutz environnants, comme Kfar Aza, situé à seulement trois kilomètres de Gaza. Du haut de la colline voisine, on a une vue imprenable sur l'enclave palestinienne. Encerclés de grillage, ses habitants vivent sous la surveillance permanente de zeppelins équipés de caméras et de drones. «Il y a 15 ans encore, les Israéliens pouvaient faire leur marché à Gaza. La nouvelle génération ne saura jamais rien de tout ça», s'attriste Roee.

À une dizaine de kilomètres s'étend la plage de Zikim, avec ses cabanons, ses chaises longues et ses pêcheurs. Robert, 70 ans, est arrivé de Tunis à l'âge de six ans. Lui aussi se souvient du temps où il achetait son poisson au marché de Gaza, dont les immeubles se perdent dans la brume, à l'autre extrémité de la plage. Marchez quelques centaines de mètres et il est probable que les soldats s'intéresseront vite à votre cas.

Maintenant que les tirs ont quasiment cessé, Sderot a retrouvé son aspect habituel de ville de province un peu ennuyeuse. Les habitants tentent d'y rester fidèles à leur légendaire chaleur humaine, mais ils ne peuvent s'empêcher de craindre les prochaines attaques, qu'ils estiment inévitables. Une attitude qui déplaît à une partie de la population. Moran Elmaliah, une jeune photojournaliste native de Sderot, estime que les habitants jouent volontiers le rôle des victimes malheureuses, ce que le gouvernement ne manque pas d'utiliser pour justifier sa politique.

Pour David Bedein, correspondant pour le journal conservateur The Bulletin, à Philadelphie, la question reste en suspens. Construire de nouveaux abris et accepter la situation, ou aller à la source du problème? L'histoire ne dit pas quelle méthode il faudrait employer pour la deuxième option.
1 commentaire
  • CITOYENNE DU MONDE - Inscrit 5 janvier 2010 17 h 05

    De qui se moque-t-on?

    "Ne nous cachons pas la vérité…. Politiquement nous sommes les agresseurs et ils se défendent. Ce pays est le leur, parce qu’ils y habitent, alors que nous venons nous y installer et de leur point de vue nous voulons les chasser de leur propre pays. Derrière le terrorisme (des Arabes) il y a un mouvement qui bien que primitif n'est pas dénué d'idéalisme et d'auto-sacrifice."
    David Ben-Gourion : Cité page 91 du Triangle Fatidique de Chomsky qui est paru le livre de Simha Flapan "Le Sionisme et les Palestiniens" – page 141-2, citant un discours de 1938.

    Lorsque la SDN ancienne Onu décide de partager la Palestine historique en 2 en 1948, elle donne 56 % du territoire aux juifs alors qu’ils ne représentent que 6 % de la population totale.
    En 1967 les israeliens décident d’annexer le reste de la Palestine historique d’ou les fameux “territoires occupés’’.
    Entre 1948 et 1987 à part quelques échaffourrées et quelques actions ponctuelles, les palestiniens sont plutôt “passifs et patients” certainement confiants qu’une telle injustice serait un jour condamnée par la communauté internationale elle- même…

    Le Hamas est né après la premiere intifada en 1987, Ceux sont des résistants qui ont decidé de prendre les armes pour combattre Tsahal une armée sur-équipée. Parfois des civils sont blessés voire tués. Les vingt Israéliens qui sont morts en 10 ans à proximité de la bande de Gaza forment en effet une triste statistique. Mais 1400 Palestiniens sont morts en moins de 3 semaines lors de l’opération ‘’plombs durcis” en janvier dernier, et des milliers au fil des ans depuis 1948.


    Beaucoup trop de journalistes jouent le jeu des sionistes en essayant de nous faire croire qu’il y’a un équilibre une égalité dans ce conflit. Et malheureusement Mr Mazataud en fait partie…
    En effet vu que le nombre de morts est plus élevé du coté palestiniens, les souffrances psychologiques, elles sont décrites comme étant aussi importantes des 2 côtés. Mais de qui se moque-t-on?
    Que faites vous de cette mort lente causée par le blocus inhumain aux gazaouis? De ces hommes, ces femmes, ces enfants qui sont humiliés aux checks points? Et qui n’ont connu que l’occupation et l’horreur de la guerre depuis 60 ans maintenant?.

    En juin dernier l’ancien president américain Jimmy Carter a déclaré lors d’une visite dans la bande de Gaza "Les citoyens de Gaza sont traités davantage comme des animaux que comme des êtres humains,Il n'est jamais arrivé dans l'Histoire qu'une population martyrisée à coup de bombes et de missiles soit privée des moyens de se soigner."
    La mort c’est au quotidien qu’elle emporte des palestiniens incapables de soigner de se nourrir et de vivre dignement…
    On nous fait croire que le mur érigé par les israéliens est un mal nécessaire (mur qui a d’ailleurs était condamné par la Cour Internationale de justice de la Haye en 2004).
    Eh bien j’ai une bonne nouvelle et surtout une solution pour les israéliens: Retirez-vous des territories occupés et condamnez vos criminels de guerre, (car sans justice il n’y aura pas de paix ) et vous verrez que ce cercle de violence finira par s’éteindre.
    On condamne les palestiniens pour avoir voté le Hamas.(qui avait fini sous Cheikh Yacine par reconnaitre l’existance d’Israel et se contentait de la crétion d’un état palestiniens dans les frontieres de 1967 mais bon cela on préfére le taire), mais personne ne condamne les israéliens pour avoir nommé un gouvernement d’extrême droite qui refuse le droit aux palestiniens à l’autodétermination.

    Vraiment le proverbe “deux poids deux mesures”prend tout son sens quand il s’agit d’Israel…