Mort du grand ayatollah Hossein Ali Montazeri - L'opposition iranienne perd son père spirituel

L’ayatollah Hossein Ali Montazeri s’est engagé ouvertement contre Ahmadinejad, estimant que la République islamique était en danger avec lui.
Photo: Agence France-Presse (photo) Behrouz Mehri L’ayatollah Hossein Ali Montazeri s’est engagé ouvertement contre Ahmadinejad, estimant que la République islamique était en danger avec lui.

Le grand ayatollah Hossein Ali Montazeri, haut dignitaire chiite iranien opposé au pouvoir en place à Téhéran, est mort dans la nuit de samedi à hier dans la ville sainte de Qom. Le père spirituel des réformistes iraniens était âgé de 87 ans.

«Mon grand-père est mort la nuit dernière dans son sommeil. Des gens, des amis viennent exprimer leurs condoléances, mais il n'y a pas de mesures de sécurité particulières autour de notre maison», a déclaré Nasser Montazeri.

M. Montazeri est décédé des suites de maladie, selon les médias iraniens. «Il était diabétique et prenait de l'insuline depuis des années. Il avait également de l'asthme et des problèmes pulmonaires», a fait savoir l'un de ses médecins à la télévision d'État.

Alors que des étudiants se sont rassemblés à l'Université de Téhéran pour réciter des versets du Coran, des centaines de personnes se seraient réunies dans la ville natale de Montazeri, Nadjafabad, pour pleurer sa disparition. «Montazeri, compliments pour ta liberté», scandait la foule tandis que d'autres manifestants martelaient: «Dictateur, dictateur, la voie de Montazeri sera suivie.» Des milliers d'Iraniens auraient quant à eux pris la route du sanctuaire chiite de Qom, situé à environ 125 km au sud de Téhéran, pour assister aujourd'hui aux obsèques de cet artisan de la Révolution islamique de 1979.

Les autorités interdisent aux médias étrangers de couvrir les manifestations et de se rendre à Qom pour les obsèques du grand ayatollah.

Après avoir déclaré frauduleuse la réélection du président Mahmoud Ahmadinejad le 12 juin dernier, Montazeri avait qualifié en août l'actuel régime de «dictature». Il avait aussi dit croire que la gestion des troubles consécutifs au scrutin présidentiel «pouvait aboutir à la chute du régime».

Son décès, annoncé hier par des médias officiels, coïncide avec un regain de tension dans le pays. D'ailleurs, ses obsèques pourraient constituer un point de ralliement de l'opposition réformiste et mettre le régime iranien dans l'embarras, estime le spécialiste de l'Iran et de l'islam Baqer Moin.

Les dirigeants de l'opposition, Mir Hossein Moussavi et Mehdi Karoubi, ont appelé à une journée de «deuil public» aujourd'hui. «Nous invitons toutes les personnes religieuses attristées par la mort de cette fierté du monde chiite à prendre part aux funérailles de cette légende de persévérance, jurisprudence et spiritualité», ont-ils écrit sur le site de M. Moussavi, Kaleme.org.

Théologien de premier plan, Hossein Ali Montazeri était très respecté en Iran. Il avait initialement été choisi pour succéder au fondateur de la République islamique, l'ayatollah Ruhollah Khomeini, dont il était proche depuis les années 1960. Khomeini avait un jour présenté Montazeri comme «le fruit de [sa] vie». Mais il s'était querellé avec lui en 1989 en protestant contre des exécutions massives de prisonniers. Ce fut finalement l'actuel guide suprême de la Révolution, Ali Khamenei, qui succéda à Khomeini, mort la même année.

Par la suite, Hossein Ali Montazeri a été assigné à résidence pendant cinq ans, de 1997 à 2002. Néanmoins, le haut dignitaire du clergé chiite a continué à se faire entendre même s'il quittait rarement son domicile, et ce, jusqu'à sa mort.

Resté la principale voix discordante du régime, il a égratigné le guide suprême et a reproché au pouvoir de Téhéran d'avoir imposé une dictature au nom de l'islam. Bien qu'il ait soutenu le président réformateur Mohammed Khatami, il a dénoncé sans gêne son successeur, Mahmoud Ahmadinejad. «On se souviendra de lui comme d'un homme qui a sacrifié sa carrière politique au nom de ses convictions», affirme Baqer Moin.

L'ayatollah Ali Khamenei lui a rendu un hommage plus que mitigé hier. Dans son message de condoléances, le guide suprême salue un juriste remarquable, mais espère que Dieu lui pardonnera ce qu'il appelle son «épreuve cruciale», une allusion à la brouille entre Montazeri et Khomeini.

L'agence officielle Irna l'a, elle, présenté comme «une figure religieuse active pour les émeutiers», les manifestants, critiquant «ses déclarations sans fondements saluées par les médias contre-révolutionnaires». Les Grands Ayatollahs, les plus hauts dignitaires du chiisme, ne sont qu'une poignée. Mais après son assignation à résidence, la presse officielle a cessé de rappeler le titre religieux de Montazeri, qu'elle préférait décrire au contraire comme un mollah «simple d'esprit». Toutes les références à Montazeri furent supprimées dans les manuels scolaires et les rues portant son nom, rebaptisées.

Le grand ayatollah Yusof Saanei, qui s'est rendu hier au domicile de Montazeri pour présenter ses condoléances à la famille, a pour sa part déploré sur son site Internet «la disparition du pieux théologien, de l'infatigable combattant islamique et du juriste exceptionnel».

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Avec Reuters, l'AFP et l'Associated Press

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