Pakistan - Le décret amnistiant le président Zardari est annulé

Asif Ali Zardari
Photo: Agence Reuters Asif Ali Zardari

En 2007, le président de l'époque, Pervez Musharraf, avait décrété une amnistie en faveur du mari de Benazir Bhutto, avec qui il envisageait de partager le pouvoir. L'annulation de cette mesure ouvre la porte à une période d'instabilité politique.

Islamabad — La Cour suprême du Pakistan a annulé hier un décret de 2007 amnistiant Asif Ali Zardari, aujourd'hui président, ainsi que des ministres, ouvrant la voie à des poursuites pour corruption qui pourraient déstabiliser un gouvernement déjà très contesté.

M. Zardari reste pour l'heure protégé par son immunité présidentielle pour les cas de corruption le concernant directement. Mais l'invalidation de ce décret protégeant au total plus de 8000 personnalités politiques et du monde des affaires va permettre de rouvrir des procédures judiciaires contre ses proches pour des affaires où son nom était cité.

En outre, des opposants avaient fait savoir qu'en cas d'invalidation de l'amnistie, ils intenteraient des recours contre l'immunité présidentielle en invoquant le fait que son élection était inconstitutionnelle. Selon eux, M. Zardari, qui a fait onze années de prison pour des accusations de détournements de fonds publics sans avoir jamais été condamné, était inéligible avant l'amnistie de 2007.

«L'ordonnance de réconciliation nationale (NRO) est déclarée nulle et non avenue, par conséquent toutes les mesures prises, les décisions prises par quelque autorité que ce soit, et toutes les relaxes et les acquittements prononcés sont considérés comme n'ayant jamais existé aux yeux de la loi», selon le jugement de la Cour suprême lu par son président, le juge Iftikhar Mohammad Chaudhry.

L'amnistie avait été décrétée en octobre 2007 par le président de l'époque, le général Pervez Musharraf, en perte de vitesse et qui souhaitait alors s'allier l'ex-premier ministre Benazir Bhutto, l'épouse de M. Zardari, pour un partage du pouvoir après les élections législatives de 2008.

La plus haute juridiction du pays, dont les jugements ne sont susceptibles d'aucun recours, avait été saisie par plusieurs opposants au pouvoir.

L'amnistie avait été décrétée en octobre 2007 par le président d'alors, le général Pervez Musharraf, en perte de vitesse et qui souhaitait alors s'allier l'ex-premier ministre Benazir Bhutto, l'épouse de M. Zardari, pour un partage du pouvoir après les élections législatives de 2008.

Détournements de fonds

Mme Bhutto et M. Zardari étaient accusés de nombreux détournements de fonds publics et de corruption pour les périodes où elle dirigeait le pays, de 1988 à 1990 et de 1993 à 1996. M. Zardari, à l'époque ministre, y a gagné le surnom de "M. 10%» en référence aux commissions qu'il est accusé d'avoir touchées sur de nombreux marchés publics.

Les époux ont toujours nié ces accusations les qualifiant de «complot politique». Ce n'est qu'après l'assassinat de Mme Bhutto dans un attentat-suicide lors d'un meeting électoral le 27 décembre 2007, que M. Zardari est rentré d'exil puis a été élu en 2008 par un Parlement dominé par le parti de Mme Bhutto après les législatives de février. Depuis, la cote de popularité de M. Zardari n'a cessé de chuter, au point qu'une grande partie de l'opinion publique et des médias réclament son départ.

Des membres de son entourage et des ministres étant régulièrement fustigés pour de nouvelles affaires de corruption, il est désormais brocardé par ses détracteurs comme «M. 60 %».

Son gouvernement est de plus paralysé face à une crise économique dévastatrice et une campagne d'attentats sans précédent des talibans alliés à al-Qaïda, qui a tué plus de 2700 personnes ces deux dernières années.

Outre une campagne très agressive des médias, le chef de l'État fait face à une hostilité croissante de la puissante armée qui a dirigé le pays plus de la moitié de ses 62 ans d'existence après des coups d'État, et cornaqué de près les gouvernements civils le reste du temps.

À voir en vidéo