Afghanistan - Abdullah se retire de la présidentielle, laissant Karzaï seul en lice

Le candidat Abdullah Abdullah s'est retiré hier du 2e tour de la présidentielle
Photo: Agence Reuters Le candidat Abdullah Abdullah s'est retiré hier du 2e tour de la présidentielle

Kaboul — Abdullah Abdullah, rival d'Hamid Karzaï au second tour de l'élection présidentielle en Afghanistan, a annoncé hier son retrait de la course, sans pour autant appeler au boycottage de ce scrutin.

L'ex-ministre des Affaires étrangères a reproché à Hamid Karzaï d'avoir refusé les conditions qu'il avait formulées pour éviter que ne se répètent le 7 novembre les irrégularités massives ayant entraîné l'annulation de la victoire revendiquée dès le premier tour par le camp du président sortant.

Le responsable de la commission électorale dite indépendante, mais nommée par le gouvernement en place, a affirmé que, conformément à la Constitution, le second tour aurait lieu, bien que le désistement d'Abdullah porte par avance un coup à la légitimité de la réélection de Karzaï.

Il y aura deux noms sur les bulletins de vote, mais un seul candidat, a dit Douad Ali Najafi, dont l'avis n'est pas partagé par le chef de la Mission des Nations unies en Afghanistan, Kai Eide, dont le porte-parole a déclaré «difficile d'imaginer» un second tour avec un candidat unique.

Karzaï, qui incarne la majorité pachtoune, a exclu par avance toute alliance avec Abdullah, un Tadjik qui fut compagnon d'armes du défunt commandant Ahmed Chah Massoud, fermant ainsi la porte à un arrangement ferait les affaires de l'Occident.

La reconduction d'un Hamid Karzaï affaibli, à la légitimité entamée et dont le régime est tenu pour corrompu dans les milieux politiques de Washington, est un coup dur pour le président Barack Obama, à l'approche de sa décision sur l'envoi éventuel de renforts en Afghanistan.

Critiqué par un nombre croissant de détracteurs pour le délai qu'il s'offre pour répondre à la demande d'envoi de 40 000 soldats supplémentaires formulée par son état-major sur place, Obama aurait reporté sa décision au lendemain de sa tournée en Asie, du 11 au 20 novembre.

Abdullah, qui a lui aussi exclu une alliance avec Karzaï dans l'immédiat, a annoncé son désistement «dans l'intérêt de la nation» à des centaines de ses partisans réunis à Kaboul, qu'il a invités à ne pas boycotter les urnes.

Karzaï s'est déclaré «déçu» de son retrait et a promis d'attendre la proclamation des résultats par la Cour suprême avant de clamer victoire au terme d'un second tour que les talibans ont promis une nouvelle fois de perturber.

Pas de changement pour les talibans

Le renoncement d'Abdullah «n'entraînera aucun changement de politique en ce qui nous concerne», a affirmé Qari Mohammed Yousouf, porte-parole des talibans, lors d'une liaison téléphonique à partir d'un lieu non précisé.

Contrairement à de nombreux analystes, la secrétaire d'État américaine Hillary Clinton a soutenu que le retrait d'Abdullah n'entamerait en rien la légitimité du vote de samedi alors que celui-ci a exprimé ses «réserves très fortes sur la crédibilité du processus».

Clinton a estimé hier qu'il revenait aux responsables afghans de décider désormais de la suite du processus électoral après le désistement d'Abdullah Abdullah.

«Nous soutiendrons le prochain président et le peuple afghans, qui recherchent et méritent un meilleur avenir», a ajouté la responsable de la diplomatie américaine, en invitant Abdullah à «rester engagé» au service de la paix dans son pays.

L'ISAF (Force internationale d'assistance à la sécurité) a fait quant à elle savoir, par la voix de son porte-parole William Shanks, qu'elle continuerait à soutenir le processus électoral afghan. «Nous ne sommes pas une entité politique, nous sommes ici pour protéger l'élection», a-t-il dit à Reuters.

Le gouvernement canadien «appuie toujours le processus électoral afghan», a annoncé hier dans un communiqué le ministère des Affaires étrangères, suite au retrait du candidat présidentiel Abdullah Abdullah.

Ottawa a «pris acte» de la décision de ce dernier, tout en enjoignant «tous les partis à respecter le processus devant permettre aux Afghans d'exercer leur choix démocratique».

Pour sa part, le premier ministre britannique Gordon Brown a jugé qu'Abdullah avait sans doute «mûrement pesé» sa décision et s'est dit «confiant que les dirigeants afghans soutiendront les derniers pas du processus démocratique».

Hamid Karzaï et Gordon Brown se sont entretenus par téléphone hier. «Ce que nous avons dit, c'est qu'il doit avant toute chose prouver à la population qu'il s'attaque à la corruption et qu'il fait entrer les personnes qu'il faut au gouvernement», a déclaré par la suite le premier ministre britannique à la BBC.

Abdullah, qui a invité ses partisans à ne pas manifester dans la rue, a pris sa décision après l'échec de contacts la semaine passée avec le camp Karzaï sur les moyens de sortir d'une impasse politique qui embarrasse les pays engagés en Afghanistan.

Selon des diplomates occidentaux, Abdullah aurait malgré tout laissé la porte ouverte à un futur accord de partage du pouvoir, bien qu'il assure que rien n'a été décidé et que personne ne s'est engagé à quoi que ce soit.

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