Iran - Ahmadinejad et Moussavi revendiquent tous deux la victoire

Dans un bureau de vote de Téhéran
Photo: Agence Reuters Dans un bureau de vote de Téhéran

La confusion entourait hier soir l'issue de l'élection présidentielle iranienne, un exercice qui a suscité une mobilisation rarement vue dans la république islamique. Des sources proches du pouvoir ont annoncé la victoire du président sortant, sur la base de résultats partiels. Les chiffres officiels devraient être disponibles aujourd'hui.

Téhéran — Le président iranien Mahmoud Ahmadinejad a été réélu dès le premier tour avec près de 66 % des voix, contre 31 % à son rival réformateur Mir Hossein Moussavi, qui revendique pourtant la victoire, selon des résultats partiels communiqués hier soir par la Commission électorale iranienne, qui dépend du ministère de l'Intérieur.

Ces données reflétaient le dépouillement de plus de 75 % des bulletins de vote, soit environ 28 millions de bulletins. Les deux autres candidats, le réformateur Mehdi Karoubi et le conservateur Mohsen Rezaï, obtenaient moins de 2 % chacun.

Les résultats officiels sont attendus au cours de la journée d'aujourd'hui. Déjà, une chose est sûre, la participation a été très forte, voire record, parmi les 46,2 millions d'électeurs inscrits. Les files d'attente étaient telles par endroits que la fermeture des bureaux a été repoussée de six heures, à minuit, heure locale. Une participation élevée devrait bénéficier à M. Moussavi.

Avant même la fermeture des bureaux de vote, l'agence de presse officielle IRNA a annoncé la victoire de M. Ahmadinejad et M. Moussavi la sienne. Disant se fonder sur «toutes les indications venant de tout l'Iran», M. Moussavi a déclaré lors d'une conférence de presse qu'il était «indubitablement le vainqueur de l'élection». Ni lui ni IRNA n'ont fourni de détails pour étayer leurs affirmations. Les déclarations de M. Moussavi suggèrent qu'il pourrait tenter de contester les résultats du scrutin.

Dans le communiqué lu à la presse, il a par ailleurs affirmé que ses équipes avaient «constaté dans certaines villes comme Shiraz, Ispahan et Téhéran un nombre insuffisant de bulletins de vote».

«Certains de nos QG ont été attaqués. Je poursuivrai, avec le soutien du peuple, les personnes à l'origine de ces actes illégaux», a-t-il assuré.

D'après un proche du pouvoir, le score final de l'ultraconservateur Mahmoud Ahmadinejad devrait être «d'un peu plus de 50%». Pour être élu dès le premier tour, tout candidat doit obtenir au moins 50 % plus une voix. Dans le cas contraire, un second tour était prévu vendredi prochain.

«Selon les informations dont nous disposons, la participation est de 70 % et Ahmadinejad obtiendra un peu plus de 50 %», a dit à l'AFP Agha Mohammadi, ancien porte-parole du Conseil suprême de la sécurité nationale et toujours proche du pouvoir.

Pendant le vote, certains moyens de communication ont été perturbés dans le pays: les SMS très utilisés par les jeunes, ne passaient plus et les connections à Internet, y compris celles de médias comme l'Associated Press, ont été considérablement ralenties, tandis que des sites soutenant M. Moussavi étaient bloqués, sans que l'on sache pourquoi.

Signe des tensions qu'a suscitées la campagne: le ministère de l'Intérieur, qui supervise les opérations de vote, a annoncé que tous les meetings et les réunions politiques seraient interdits jusqu'à l'annonce des résultats.

La campagne électorale, qui a duré un mois, a déchaîné les passions. Les meetings très fréquentés, les drapeaux et gadgets aux couleurs des candidats, les slogans de campagne soigneusement choisis, les débats télévisés ont d'ailleurs fait plus penser à des élections à l'occidentale qu'aux campagnes un peu ternes, scénarisées à l'avance, de la plupart des autres pays de la région.

Des Iraniens du monde entier ont également participé au scrutin.

Les résultats de l'élection présidentielle ne modifieront en tous cas pas de manière importante la politique iranienne, et n'auront pas d'influence sur les grandes décisions, comme d'éventuels pourparlers avec Washington. Ces décisions sont en effet directement prises par les mollahs, au premier rang desquels le guide suprême, Ali Khamenei.

Mais Mir Hossein Moussavi a fait des promesses visant à donner plus de libertés aux citoyens. S'il est élu, il pourrait essayer de mettre fin à la répression visant les médias libéraux et les bloggers, et pousser les mollahs à répondre favorablement à la proposition de dialogue de Barack Obama, après près de 30 ans de gel diplomatique avec les États-Unis.

Le président Ahmadinejad, 52 ans, avait voté tôt hier dans un quartier du sud-est de Téhéran. M. Moussavi, 67 ans, qui a aussi voté dans la capitale, avait vu «un bon présage» dans la forte participation.

La campagne a reflété des divisions profondes sur l'avenir de l'Iran après quatre ans de mandat Ahmadinejad. Ses adversaires ont notamment critiqué sa rhétorique dure sur la crise du nucléaire et contre Israël, qui a contribué à l'isolement du pays.

Le président sortant a repris son slogan de défense des plus pauvres qui lui avait réussi en 2005. Il l'a même durci avec des attaques personnelles contre M. Moussavi. Ce dernier, sorti d'une retraite politique de 20 ans, a dénoncé les «mensonges» du président sur son bilan économique et une politique populiste.

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