Présidentielle iranienne - Ahmadinejad durcit le ton

De plus en plus confiants, les partisans de Mir Hossein Moussavi envahissent les rues du nord de Téhéran, provoquant une marée verte dans ce quartier plutôt aisé de la capitale.
Photo: Agence Reuters De plus en plus confiants, les partisans de Mir Hossein Moussavi envahissent les rues du nord de Téhéran, provoquant une marée verte dans ce quartier plutôt aisé de la capitale.

Téhéran — Le ton est monté hier entre le président iranien Mahmoud Ahmadinejad et ses trois adversaires à l'élection présidentielle de demain, dont l'issue s'annonce très serrée. Le président sortant, qui brigue un second mandat, a accusé ses rivaux d'user de calomnies dignes d'Adolf Hitler et les a menacés d'emprisonnement pour l'avoir insulté.

Son principal rival, le candidat réformateur Mir Hossein Moussavi, de même que les deux autres candidats ont accusé le président Ahmadinejad d'avoir menti au peuple sur l'état de l'économie, touchée de plein fouet par une inflation galopante et la chute des revenus pétroliers.

Champion autoproclamé des pauvres lors de son élection en 2005, Mahmoud Ahmadinejad avait fait de la redistribution de la manne pétrolière et de l'amélioration du quotidien des Iraniens les priorités de son mandat.

«Personne n'a le droit d'insulter le président, et ils l'ont fait. C'est un délit. La personne qui a insulté le président devrait être punie. Et le châtiment, c'est la prison», a lancé Mahmoud Ahmadinejad lors de son ultime meeting, hier, devant l'Université Charif, à Téhéran.

«De telles insultes et accusations contre le gouvernement constituent un retour aux méthodes d'Hitler, à savoir répéter les mensonges et les accusations [...] jusqu'à ce que tout le monde croit ces mensonges», a-t-il ajouté.

Révolution de velours

Élu à la surprise quasi générale en 2005, alors qu'il était un maire de Téhéran pratiquement inconnu du public, Ahmadinejad voit son ambition contrariée par la progression de Moussavi. Premier ministre lors de la guerre contre l'Irak de 1980 à 1988, Moussavi avait quasiment disparu du jeu politique, mais a reconquis en trois semaines une forte notoriété.

De plus en plus confiants à l'approche du scrutin, ses partisans envahissent les rues du nord de Téhéran à la tombée de la nuit, provoquant depuis quelques jours une marée verte dans ce quartier plutôt aisé de la capitale.

Ces derniers temps, un texto anti-Ahmadinejad circule même parmi les jeunes Iraniens, appelant à la mobilisation le jour J. Ce SMS rappelle qu'il y a quatre ans, nombre de réformateurs avaient boycotté le scrutin, contribuant certainement à la victoire d'un outsider, l'ultraradical Mahmoud Ahmadinejad. Il se termine par un cri de ralliement aux urnes: «cette fois, toi et moi on va voter pour le battre».

Hier, le chef du bureau politique des Gardiens de la révolution a toutefois lancé un avertissement au camp de Moussavi. «La présence dans les rues de partisans de Mir Hossein Moussavi s'inscrit dans une révolution de velours, a affirmé Yadollah Javani. Aucune forme de révolution de velours ne réussira en Iran.»

Saïd Laylaz, rédacteur en chef du quotidien économique Sarmayeh qui a sillonné le pays durant deux mois, estime que Moussavi a le soutien de plus de 50% des Iraniens. Il estime qu'une «révolution de velours édulcorée se produit en Iran».

Confrontation

Le discours d'Ahmadinejad illustre un regain de tension perceptible depuis plusieurs jours entre les quatre candidats. La multiplication des attaques ad hominem préoccupe certaines autorités religieuses. Ainsi, 14 dignitaires de la ville sainte de Qom ont dit mardi leur «profonde inquiétude» quant aux effets de la campagne sur l'image de l'Iran.

La semaine dernière, lors d'un débat télévisé des plus vifs, Ahmadinejad a accusé de corruption les partisans de Moussavi, notamment l'ex-président Akbar Hachémi Rafsandjani. Ce dernier a appelé mardi le «guide suprême» de la révolution iranienne, l'ayatollah Ali Khamenei, à sanctionner le dirigeant populiste. Le guide suprême, qui avait assuré avant la campagne électorale qu'il ne soutiendrait aucun candidat, a gardé cette voie.

Porteur d'une volonté de détente avec l'Occident, Moussavi impute à son rival l'isolement de l'Iran dans le concert des nations. Il lui reproche ses attaques au vitriol contre les États-Unis, sa remise en cause de la Shoah et sa défense agressive du programme nucléaire de la République islamique.

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