Législatives libanaises - La coalition antisyrienne tient le coup

Une partisane des Forces libanaises, un parti membre de la coalition antisyrienne «14 mars», affiche fièrement ses couleurs peu de temps après avoir voté à Beyrouth.
Photo: Agence Reuters Une partisane des Forces libanaises, un parti membre de la coalition antisyrienne «14 mars», affiche fièrement ses couleurs peu de temps après avoir voté à Beyrouth.

Beyrouth — Le chef de la majorité sortante soutenue par l'Occident, Saad Hariri, a revendiqué tôt ce matin la victoire de sa coalition face à l'alliance menée par le Hezbollah, allié de l'Iran, lors des élections législatives cruciales d'hier au Liban marquées par une participation record.

«Félicitations à vous, félicitations à la liberté, félicitations à la démocratie», a-t-il affirmé à ses supporters en annonçant sa victoire. «C'est un grand jour pour l'histoire du Liban démocratique», a-t-il ajouté. «Il n'y a ni vainqueur ni perdant dans ces élections, les seuls vainqueurs sont la démocratie et le Liban», a encore affirmé Saad Hariri.

Selon la chaîne de télévision Future TV, propriété de Saad Hariri, la majorité sortante devrait obtenir 70 sièges au Parlement, contre 58 au camp mené par le Hezbollah. Des manifestations de joie dans plusieurs villes du pays ont suivi la diffusion de ces premiers résultats.

Le porte-parole et député du Hezbollah, Hassan Fadlallah, interrogé par l'AFP, n'a pas voulu reconnaître la défaite de son camp avant la publication des résultats définitifs, qui seront annoncés officiellement plus tard aujourd'hui.

Il a assuré que la coalition menée par le Hezbollah avait recherché, en participant à ces élections, des partenaires pour gouverner le Liban. «La spécificité du Liban réside dans sa diversité, il n'y a ni majorité ni minorité. Aucun parti ne peut prétendre avoir la majorité parmi toutes les communautés».

Le Liban ne peut être gouverné qu'à travers une coopération entre les formations politiques, a-t-il ajouté. «Ce qui nous importe désormais, c'est que le Liban ouvre une nouvelle page, basée sur le partenariat, la coopération et la compréhension», a terminé M. Fadlallah.

Cette sortie n'a pas empêché le principal allié chrétien du Hezbollah chiite de reconnaître la défaite de leur alliance face à la majorité sortante soutenue par l'Occident.

Il s'agit d'«une victoire pour la coalition du 14 mars mais aussi une défaite pour les Libanais qui aspiraient au changement dans ce pays», a déclaré Michel de Chadarevian, un membre du bureau politique du Courant patriotique libre dirigé par le général à la retraite Michel Aoun.

Un homme politique proche de l'alliance dont font partie les mouvements chiites Hezbollah et Hamal ainsi qu'Aoun, s'est lui aussi montré plus direct. «Nous avons perdu les élections», a-t-il admis sous le couvert de l'anonymat. «Nous acceptons le résultat et la volonté du peuple».

Le dirigeant chrétien libanais Samir Geagea a déclaré pour sa part qu'il pensait que la coalition antisyrienne «14 mars», dont font partie ses Forces libanaises, l'avait emporté, peut-être avec seulement une marge étroite. «À mon avis, oui, le 14 Mars [...] conservera la majorité», a dit Geagea dans une interview à la chaîne de télévision LBC.

Le taux de participation a atteint 54,08 %, «un record» depuis 20 ans, a affirmé le ministre de l'Intérieur Ziad Baroud. Certains électeurs ont patienté plusieurs heures compte tenu de l'affluence et des isoloirs ont été rajoutés dans certains bureaux.

Près de 50 000 soldats et policiers ont été déployés sur le territoire et des chars de l'armée étaient visibles dans les grandes villes. Selon l'armée, 123 incidents mineurs ont été enregistrés. «On a raconté que les élections seraient torpillées, mais je trouve que les Libanais et les forces politiques ont relevé le défi. De manière générale, je suis satisfait», a assuré M. Baroud.

Mais, a-t-il précisé, «je serai plus satisfait si tout va bien et que tout le monde accepte les résultats» du scrutin. Cette inquiétude était partagée par les 200 observateurs internationaux, venus notamment du Centre Carter. «Notre souci est que les Libanais acceptent le résultat», a affirmé l'ancien l'ancien président américain Jimmy Carter.

De son côté, l'ancien sénateur américain John Sununu, de l'Institut démocratique national, a indiqué ne pas avoir noté de «violations flagrantes» du scrutin.

Bras de fer

La minorité parlementaire conduite par le Hezbollah et la majorité antisyrienne sont engagées dans un bras de fer depuis les législatives de 2005, qui a failli plonger le pays dans une nouvelle guerre civile en 2008.

Le Hezbollah, considéré comme un groupe terroriste par Washington, veut un gouvernement d'union quel que soit le vainqueur. Le camp adverse, sans écarter ce scénario, refuse que la future opposition dispose d'un droit de blocage dans un tel cabinet.

En Israël, le ministre des Finances Youval Steinitz avait prévenu qu'une victoire du Hezbollah créerait «une nouvelle entité iranienne au Moyen-Orient après celle du Hamas» à Gaza. En revanche, en Syrie, le journal officiel Al-Baas avait exprimé l'espoir que le Hezbollah l'emporte. Les quelque 3,2 millions d'électeurs libanais devaient élire 128 députés parmi 587 candidats, répartis à parité entre chrétiens et musulmans.

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