Sommet de l'OTAN - Obama séduit les Européens

Michelle Obama et l’épouse du président français, Carla Bruni, ont fait courir des centaines de photographes.
Photo: Agence Reuters Michelle Obama et l’épouse du président français, Carla Bruni, ont fait courir des centaines de photographes.

Strasbourg — Alors que s'ouvrait officiellement hier le 60e Sommet de l'OTAN à Strasbourg, le président Barack Obama a déployé tous les charmes dont il dispose afin de séduire les Français, qui lui ont réservé un véritable accueil de star. Bains de foule, rencontre avec de jeunes lycéens, éloges du président français et même un baiser impromptu déposé sur sa joue par une jeune Strasbourgeoise, rien ne manquait pour faire de la première visite en France du nouveau président un succès.

Dans une ville assiégée, l'arrivée de Barack Obama a marqué la véritable ouverture de ce sommet, qui réunit les dirigeants des 28 pays membres de l'Alliance atlantique. Afin de ne froisser personne, Barack Obama s'est partagé également entre la France et l'Allemagne, où il a rencontré la chancelière Angela Merkel à Baden-Baden. Devant une foule brandissant des drapeaux étoilés, c'est là que le Sommet a officiellement été inauguré par un dîner d'honneur rassemblant les 28 chefs d'État et de gouvernement. Malgré les bons mots échangés de part et d'autre et les appels à «un effort commun», le président américain ne semble pas en mesure de convaincre les Européens de faire beaucoup plus en Afghanistan. La dégradation de la situation dans ce pays où 55 000 soldats peinent à contenir la guérilla est en effet au coeur du Sommet.

Lors de la conférence de presse commune donnée à la sortie du palais des Rohan, dans la vieille ville de Strasbourg, Nicolas Sarkozy a été clair. Malgré la «parfaite identité de vues» sur la nouvelle stratégie américaine, «il n'y aura pas de renforts militaires français parce que la décision des renforts a été prise l'an passé». Tout au plus, la France songe-t-elle à y envoyer 150 policiers pour faire de la formation. Les Allemands, dont les soldats ne sont pas dans les zones de combat, seraient prêts à envoyer quelques troupes, sans préciser combien. Seuls les Britanniques ont annoncé «quelques centaines» d'hommes de plus. Bref, la récolte est maigre.

Pour le reste, Barack Obama et Nicolas Sarkozy se sont appliqués à dissiper le malaise qui avait semblé s'installer depuis quelques mois entre la France et les États-Unis. Les sujets de friction s'étaient en effet multipliés sur l'Iran, la dissuasion nucléaire et la régulation des institutions financières. Barack Obama a vanté le courage du président français qui s'exerce, dit-il, «sur tellement de fronts que c'est difficile de les énumérer».

Il y a un an, au Sommet de Bucarest, Nicolas Sarkozy avait lié le retour de la France dans le commandement intégré de l'OTAN à un progrès dans la défense européenne. Hier, le président français a nié tout «marchandage» concernant cette réinterprétation qui met fin à une politique inaugurée par le général de Gaulle en 1966.

Sur une éventuelle défense européenne, Barack Obama est demeuré évasif, se contentant de dire que «la sécurité de l'Europe est directement liée à celle des États-Unis». Ce président qui n'a guère de fibre européenne réaffirme que ce «pilier de la politique américaine» demeure «inchangé». Le président américain a dit souhaiter «que l'Europe se dote de nouveaux moyens de défense», avant de rappeler que l'Amérique ne souhaitait «pas être le mécène de l'Europe».

Dans un forum à saveur quasi électorale rassemblant 4000 jeunes Français, Allemands et Belges, Barack Obama a déploré les «tensions» qui se sont manifestées entre l'Europe et les États-Unis depuis sept ou huit ans. «J'espère laisser de mon gouvernement l'idée d'un rassemblement», a-t-il conclu. Les lycéens très impressionnés n'ont cessé de comparer sa décontraction avec la distance qu'affichent généralement les hommes politiques français.

Un veto turc?

De son côté, le secrétaire général de l'OTAN, Jaap de Hoop Scheffer, a résumé les enjeux de ce sommet en affirmant qu'«il faut éviter que le conflit en Afghanistan et dans la région ne devienne le conflit du président Obama».

Hier soir, les chefs d'État et de gouvernement réunis à Baden-Baden ont tenté en vain d'aplanir l'opposition de la Turquie concernant la succession de Jaap de Hoop Scheffer. Selon l'AFP, les discussions devront se poursuivre aujourd'hui. Pour la chancelière allemande, le successeur présumé, l'ancien premier ministre danois Anders Fogh Rasmussen, demeure «un choix tout à fait remarquable» même si, selon les représentants turcs, son implication dans l'affaire des caricatures de Mahomet, survenue en 2005, risque de lui aliéner une partie du monde musulman. La Turquie peut théoriquement opposer son veto à cette nomination, mais les pays européens semblaient hier déterminés à ne pas plier sur un sujet aussi sensible.

Le ministre canadien des Affaires étrangères, Lawrence Cannon, a précisé hier que le Canada ne faisait pas campagne pour la candidature du ministre canadien de la Défense, Peter MacKay, mais qu'il serait honoré s'il était choisi. Selon un diplomate, son nom pourrait demeurer une solution de rechange en cas de véritable blocage. Traditionnellement, c'est un Européen qui assume le poste de secrétaire général de l'OTAN.

Dans le village des opposants, situé à 6 km au sud de Strasbourg, l'atmosphère a pris à nouveau des allures de guerre civile. Comme la veille, quelques centaines de militants ont tenté une sortie musclée. Deux policiers ont été blessés et plusieurs dizaines de manifestants arrêtés. Pour éviter que des manifestants ne se dirigent vers le centre-ville, les transports en commun ont été totalement interrompus pendant trois heures.

La principale manifestation se déroulera cet après-midi aux abords de la ville. On y attend plusieurs dizaines de milliers de personnes. Commerçants et résidants craignent des échauffourées. Sur un ton plus pacifique, une douzaine de jeunes manifestants se sont contentés de danser nus autour d'un brasier ou de brûler des symboles de l'OTAN. Histoire d'attirer les médias.

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Correspondant du Devoir à Paris

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