Investiture du gouvernement en Israël - Nétanyahou fait miroiter aux Palestiniens le «développement rapide de leur économie»

Benjamin Nétanyahou, hier à la Knesset: «Nous ne voulons pas gouverner un autre peuple...»
Photo: Agence Reuters Benjamin Nétanyahou, hier à la Knesset: «Nous ne voulons pas gouverner un autre peuple...»

Officiellement redevenu hier premier ministre d'Israël, Benjamin Nétanyahou a soufflé un peu de chaud, beaucoup de froid. À la Knesset, il a promis qu'Israël militera, sous son leadership, pour la paix durable avec le monde arabo-musulman, tout en omettant d'évoquer nommément la création d'un État palestinien indépendant. Dans la foulée, il s'en est violemment pris à l'Iran, martelant que «le plus grand danger pour l'humanité et Israël provient de la possibilité d'un régime radical doté de l'arme nucléaire».

Mots mal reçus chez les Palestiniens comme parmi les experts. «Ces déclarations constituent un début qui n'est pas très encourageant», a poliment déclaré Nabil Abou Roudeina, porte-parole de Mahmoud Abbas, président de l'Autorité palestinienne. «Il ne se passera rien. Nétanyahou n'a pas l'intention de prendre le relais des efforts de négociation faits par le gouvernement précédent d'Éhoud Olmert», a commenté le politologue israélien Akiva Eldar, correspondant du quotidien Haaretz.

Le Parlement israélien a investi, hier, le gouvernement le plus pléthorique de l'histoire du pays: 30 ministres. La table du Conseil des ministres et les bancs réservés aux titulaires de portefeuilles à la Knesset ont même dû être rallongés. La plupart des commentateurs ont déploré qu'en ces temps de récession mondiale, Nétanyahou se livre à pareille «boursouflure».

A surtout été investi hier l'un des gouvernements les plus fortement ancrés à droite qu'ont élus les Israéliens. Première fois premier ministre de 1996 à 1999, Bibi est notoirement pour l'expansion des colonies juives de peuplement en Cisjordanie palestinienne. Ce qui ne l'a pas empêché, hier, de déclarer devant la Knesset: «Nous ne voulons pas gouverner un autre peuple. Nous ne voulons pas contrôler le destin des Palestiniens...» À défaut d'envisager explicitement la création d'un État palestinien, Nétanyahou a fait miroiter aux Palestiniens «le développement rapide de leur économie» et a promis que, dans le cadre d'un «accord définitif», ils «disposeront de toute l'autorité nécessaire pour se gouverner eux-mêmes».

Au reste, l'avenir du laborieux processus de paix israélo-palestinien s'annonce d'autant plus sombre que les Affaires étrangères ont été confiées à l'ultranationaliste Avidgor Lieberman, dont le parti Israël Beiteinou est devenu la troisième force politique du pays à l'issue des législatives de février. L'homme s'est le mieux fait connaître en déclarant vouloir expulser les Arabes israéliens qui ne prêteraient pas allégeance à Israël. Il ne cache pas non plus ses sympathies pour l'extrême droite européenne. Et il a jugé que, dans la guerre contre le Hamas qui contrôle Gaza, Israël ferait bien de «suivre l'exemple de la Russie en Tchétchénie».

Formation scellée

M. Nétanyahou semble à peine réussir à rassurer les voix plus modérées en ayant débauché la «gauche» travailliste et son chef Éhoud Barak, qui conserve le portefeuille de la Défense. La participation de M. Barak, dont le ralliement la semaine dernière à M. Nétanyahou a permis de sceller la formation d'un gouvernement de coalition réunissant 69 des 120 députés de la Knesset, est censée diluer la coloration de droite du nouveau gouvernement. Reste qu'à titre de ministre dans le gouvernement précédent de M. Olmert, M. Barak a fermé les yeux sur la construction de 1500 immeubles dans les territoires palestiniens, a calculé l'organisation La Paix maintenant.

Des positions qui risquent de provoquer des frictions avec la nouvelle administration de Barack Obama. On attend de cette dernière qu'elle soit moins tolérante que ne l'était celle de George W. Bush devant la colonisation rampante de la Cisjordanie et mieux disposée à reconnaître, sous certaines conditions, un gouvernement d'union du Hamas et du Fatah. En tout cas, la question iranienne aura, hier, éclairé la différence de vues: pendant qu'à la Knesset M. Nétanyahou vociférait contre Téhéran, les diplomaties américaine et iranienne donnaient des signes de rapprochement à l'occasion de la conférence organisée à La Haye au sujet de l'Afghanistan.

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