Monde arabe - Les intellectuels libéraux relèvent-ils la tête?

Difficile de croire que les pays arabes sont «vraiment sérieux» dans leur déni du droit d'Israël à l'existence... Qu'Israël disparaisse et ils ne sauraient tout simplement plus comment justifier leurs échecs. Propos du chroniqueur saoudien «libéral» Turki al-Hamad, dans le quotidien Asharq Alawsat, basé à Londres.

Plus loin, il écrit: «Israël, et derrière lui l'Occident et les États-Unis, ne nous empêche pas de construire des écoles, de respecter les droits de la personne, d'éradiquer l'analphabétisme et de combattre la corruption si nous le voulions vraiment.» Pour avoir critiqué l'instrumentalisation abusive de la cause palestinienne dans le monde arabe, M. al-Hamad s'est fait répondre par un journaliste rival, d'un journal arabe lui aussi basé à Londres, qu'il nuisait à l'«unité islamique» et qu'il se faisait complice d'un plan saoudien de rapprochement avec Israël passant par le déni des souffrances subies par les Palestiniens.

Il n'y a pas pénurie dans la presse officielle du grand Proche-Orient, de ses dirigeants politiques et de ses leaders religieux, de déclarations haineuses appelant à «l'annihilation» d'Israël et des Juifs. Dans ce marais de propos antisionistes, la gauche arabe libérale est encore très marginale, mais elle sort la tête de l'eau depuis le choc des attentats du 11-Septembre, veut croire un rapport récemment publié par le Middle East Media Research Institute (MEMRI), une organisation basée à Washington qui s'est donné pour mission de briser la barrière de la langue en traduisant des analyses et des entrevues de l'arabe à l'anglais et au français, notamment.

Cet élan réformiste n'a encore que faiblement voix au chapitre à l'intérieur même du monde arabe. Sous la double pression du radicalisme sunnite et de la montée en puissance de l'Iran chiite, indique le rapport, des États du Golfe entrouvrent toutefois la porte à un discours plus critique, comme c'est le cas dans les pages des journaux koweitien al-Siyassa et saoudien al-Watan. Ces progressistes ont surtout su profiter du bourgeonnement de sites Web, comme al-Awan (créé à Paris en 2007), Elaph (fondé en 2001 à Londres) et aafaq (mis à sur pied à Washington en 2006).

Certains de ces intellectuels, réformateurs et laïques, affichent un optimisme qu'on serait tenté de qualifier de débridé, vu les circonstances. C'est le cas notamment de l'auteur jordanien Shaker al-Nabulsi, qui habite aux États-Unis. Il est convaincu que la laïcité va finir par triompher dans le monde arabe — mais que ce triomphe passe préalablement par l'arrivée au pouvoir, dans des pays comme l'Égypte, de régimes théocratiques intolérants — et que les «crimes du terrorisme» sont «le combat contre la mort» du fondamentalisme.

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gtaillefer@ledevoir.com

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