Israël - Les chances de la grande coalition ne sont pas entièrement mortes

Benjamin Nétanyahou reste déterminé à former un gouvernement le plus large possible, dit son conseiller pour l'Europe, Meyer Habib. Reste à savoir comment.

Paris — Benjamin Nétanyahou n'a pas renoncé à former un gouvernement d'union nationale, estime le conseiller pour l'Europe du chef du Likoud, Meyer Habib. Alors que Nétanyahou, désigné par le président Peres pour former le prochain gouvernement, a essuyé un refus de la formation centriste Kadima et qu'il rencontrait hier le dirigeant d'extrême droite Avigdor Liebermann, les chances d'une telle coalition ne sont pas disparues, croit ce proche de Nétanyahou rencontré hier à Paris.

«Benjamin Nétanyahou est déterminé à former un gouvernement le plus large possible, dit-il. Il a l'intime conviction que les principales différences entre le Likoud, Kadima et les travaillistes ne sont pas si importantes. Il pense que les problèmes qu'affronte Israël, comme l'Iran, font que cette situation est unique dans l'histoire du pays.»

Livni décline

Dimanche dernier, la chef de Kadima, Tzipi Livni, avait décliné l'offre de Nétanyahou, qui lui proposait pourtant la moitié des ministères, dont quelques-uns des plus importants. Les deux dirigeants ont tout de même décidé de se revoir demain. Arrivée en tête par un cheveu aux élections législatives du 10 février dernier, Livni ne peut compter que sur le soutien de 27 élus alors que le chef de file de la droite israélienne obtient facilement l'appui de cinq formations religieuses et d'extrême droite, ce qui lui donnerait une confortable majorité de 65 députés (sur 120). Parmi ces soutiens, on trouve le radical Avigdor Liebermann, dont le parti Israël Beiteinu prône l'échange de territoires entre Juifs et Palestiniens, ce qui déplaît suprêmement à la nouvelle administration américaine. La semaine dernière, le quotidien Maariv évoquait la possibilité que l'envoyé américain George Mitchell propose des sanctions économiques si le nouveau gouvernement poursuivait l'expansion des colonies.

«Nétanyahou a appris de son expérience, dit Habib. À la fin des années 90, il s'était retrouvé prisonnier des partis de droite. Même si les perspectives d'un gouvernement d'union nationale ne semblent pas très bonnes, Nétanyahou ne renoncera pas si facilement.»

Pas d'alternance

Le chef du Likoud a rejeté la proposition de Tzipi Livni qui aurait consisté à occuper en alternance le poste de premier ministre. «La majorité de Nétanyahou est trop importante pour qu'il accepte une telle proposition. Mais les choses bougent très vite en Israël», dit Habib, qui souligne que Livni ne fait pas l'unanimité dans son parti. L'ancien ministre des Transports et numéro deux du parti, l'ex-chef d'état-major Shaoul Mofaz, est en effet favorable à une coalition. Livni avait aussi exigé de Nétanyahou que le programme du gouvernement mentionne «la nécessité de deux États pour deux peuples».

Nétanyahou entretient de plus des liens personnels étroits avec le chef travailliste Éhoud Barak, rappelle Habib. «Il a notamment servi dans une unité d'élite que commandait l'actuel ministre de la Défense.» Ce qui n'a pas empêché le travailliste de repousser ses avances. Avec seulement 13 élus à la Knesset, les travaillistes doutent qu'une participation au gouvernement leur permette de s'imposer plus tard comme une option alternative crédible à la droite.

Des pressions ?

Le chef du Likoud a jusqu'au 2 avril pour former son gouvernement, souligne Habib qui n'exclut pas qu'il faille encore quelques semaines pour y parvenir. Le délai pourrait être prolongé de deux semaines. En ce qui concerne les pressions que le nouveau gouvernement américain exercerait sur Benjamin Nétanyahou afin qu'il s'ouvre au centre, Meyer Habib demeure beaucoup plus évasif. On sait que la secrétaire d'État américaine, Hillary Clinton, sera en Cisjordanie et en Israël les 3 et 4 mars prochain.

Le chef du Likoud avait fait campagne sur le thème de la «paix économique», proposant notamment l'amélioration des conditions de vie des Palestiniens et la facilitation des passages aux postes-frontière, rappelle Habib. «Le chef du Likoud est devenu un pragmatique, dit celui qui le connaît depuis 15 ans. Il a beaucoup changé...»

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Correspondant du Devoir à Paris

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