Israël envisage une trêve de 48 heures

La pression internationale s'accentue pour que cessent les violences meurtrières dans la bande de Gaza. Le Quartette pour le Proche-Orient et l'Union européenne a en effet appelé hier à un «cessez-le-feu immédiat» entre Israël et le Hamas à Gaza, afin d'acheminer de l'aide humanitaire et de permettre le retour à un processus politique. Les dirigeants israéliens n'ont pas rejeté cette option, mais à condition que le mouvement islamiste s'engage dans la même voie, ce qui est loin d'être acquis.

«Les tirs de roquettes du Hamas sur Israël doivent cesser sans condition, et l'action militaire israélienne doit prendre fin», ont ainsi réclamé les ministres des Affaires étrangères des 27 pays de l'Union européenne dans une déclaration commune. Ce «cessez-le-feu immédiat et permanent» pourrait permettre une «action humanitaire immédiate» et une réouverture des points de passage de la bande de Gaza vers l'Égypte et Israël.

«La formule sur laquelle on travaille et sur laquelle on doit encore insister se base sur trois points fondamentaux: le premier est le cessez-le-feu immédiat, le deuxième, l'ouverture des points de passage entre Gaza et l'Égypte, et Gaza et Israël, et le troisième, la reprise immédiate de l'aide humanitaire», a déclaré son haut représentant pour la diplomatie, Javier Solana.

L'Union européenne (UE) a également indiqué, dans une déclaration publiée à l'issue de la rencontre, qu'une délégation ministérielle européenne «se rendrait très prochainement dans la région», sans toutefois donner plus de précisions sur la date de cette mission, sa composition et son itinéraire.

Principaux donateurs d'aide aux Palestiniens, les 27 indiquent également dans leur déclaration qu'ils ont «dépêché une mission sur le terrain afin d'apporter au plus vite la réponse la plus appropriée en coopération avec les Nations unies et les ONG». L'UE prône aussi une «intensification du processus de paix», faisant valoir «qu'il n'y a pas de solution militaire au conflit israélo-palestinien, ni à Gaza ni ailleurs».

Appel au calme aussi du côté du Quartette pour le Proche-Orient, qui regroupe les États-Unis, l'Union européenne, la Russie et l'ONU. Ses représentants se sont en effet concertés lors d'une conférence téléphonique et ont exprimé une position très semblable. Ils «ont appelé à un cessez-le-feu immédiat, qui soit pleinement respecté», selon ce qu'on a pu lire dans un compte-rendu publié par l'ONU à New York. «Ils ont appelé toutes les parties à prendre en compte les besoins urgents en matière humanitaire et économique à Gaza, et à prendre toutes les mesures nécessaires pour assurer la fourniture continue d'assistance humanitaire», poursuivait le texte.

Le département d'État américain a indiqué de son côté que la secrétaire d'État, Condoleezza Rice, avait continué hier «d'intensifier ses efforts diplomatiques concernant la crise à Gaza». «Elle a eu une longue discussion avec ses homologues au sein du Quartette et continue à dialoguer avec de nombreux dirigeants du Proche-Orient», a indiqué un porte-parole. Le président américain George W. Bush a aussi appelé le président palestinien Mahmoud Abbas et son premier ministre, Salam Fayad, pour discuter «des conditions d'un cessez-le-feu durable», a annoncé la Maison-Blanche.

En Égypte, le président Hosni Moubarak, sous la pression de l'opinion publique, a pour sa part appelé à l'arrêt immédiat des raids israéliens. «Nous disons à Israël que ses agressions sont rejetées et condamnées et qu'elles doivent cesser immédiatement», a-t-il affirmé.

Peut-être, dit Israël

Selon un haut responsable israélien, le chef de la diplomatie française, Bernard Kouchner, a fait parvenir hier dans la journée au ministre israélien de la Défense, Éhoud Barak, une proposition en vue d'un cessez-le-feu de 48 heures. Ce dernier est apparu favorable à une suspension des hostilités de 48 heures, qui pourrait être reconduite.

Ni l'UE ni le Quartette n'ont cependant fait mention de cette durée de 48 heures. Le porte-parole de M. Barak, Moshe Ronen, a souligné qu'une telle perspective de suspension des hostilités «n'empêcherait pas Israël de préparer une offensive terrestre», soulignant que le ministre de la Défense avait obtenu le feu vert à la mobilisation d'un nouveau contingent de 2500 réservistes.

En soirée à Tel-Aviv, le premier ministre Éhoud Olmert, la ministre des Affaires étrangères, Tzipi Livni, et le ministre de la Défense étudiaient, selon un haut responsable israélien, la question d'un cessez-le-feu. Mais le bureau du premier ministre a fait savoir à l'issue de cette réunion qu'aucune information ne serait divulguée sur sa teneur.

La radio publique israélienne a annoncé une visite la semaine prochaine en Israël et en Cisjordanie du président français, mais aucune confirmation n'est venue de source officielle israélienne, et l'Élysée a indiqué qu'il fallait «attendre l'entretien avec Tzipi Livni». Mme Livni doit en effet être reçue demain après-midi à Paris par M. Sarkozy.

Le Hamas, qui contrôle la bande de Gaza depuis juin 2007, a de son côté semblé plutôt hostile à l'idée d'une trêve mutuelle. «On ne peut pas assimiler la victime et le geôlier», a dit le porte-parole du Hamas, Faouzi Barhoum. «Ce qui est requis, à ce stade, c'est une initiative arabe et internationale pour stopper l'agression [israélienne] et ouvrir les points de passage [frontaliers]», a-t-il ajouté.

Aucune discussion ne se fera sans l'arrêt complet de «Plomb durci», a indiqué un autre porte-parole du mouvement, Mouchir al Massir. Ce dernier a en outre menacé de tirer des roquettes de plus en plus profondément en territoire israélien si l'offensive se poursuivait.

Plus de 380 morts

Au quatrième jour des bombardements menés dans le cadre de l'opération militaire israélienne, les raids aériens ont fait hier quinze morts, dont deux enfants. Selon des sources médicales palestiniennes, le bilan de cette offensive, dont le président israélien Shimon Peres a déclaré que nul ne pouvait dire combien de temps elle durerait, est désormais de 384 morts et plus de 1700 blessés. Une agence de l'ONU précise qu'au moins 62 civils ont péri. Du côté israélien, les tirs de roquettes ont fait quatre morts depuis le déclenchement de l'offensive.

L'aviation israélienne a de nouveau bombardé les bureaux du premier ministre du Hamas Ismaïl Haniyeh et, pour la deuxième fois en deux jours, des tunnels de contrebande à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza. Des appareils F16 ont largué des bombes de forte puissance près de la frontière avec l'Égypte, visant des «dizaines de souterrains», selon un porte-parole militaire.

En soirée, deux roquettes de longue portée tirées par des groupes palestiniens ont atteint pour la première fois la région de Beersheva, la capitale du sud d'Israël, causant des dommages sans faire de blessés, selon une source policière. Une quarantaine de roquettes et obus de mortier ont été tirés dans la journée contre le sud du pays, faisant deux blessés, selon des sources militaires. Selon l'armée, depuis samedi, près de 300 roquettes et obus de mortier ont été tirés.

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Avec l'Agence France-Presse, The BBC et Reuters

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