Israël est déterminé à écraser le Hamas

Des milliers de Palestiniens ont manifesté leur colère contre les attaques israéliennes en Cisjordanie hier.
Photo: Agence France-Presse (photo) Des milliers de Palestiniens ont manifesté leur colère contre les attaques israéliennes en Cisjordanie hier.

Engagé dans une «guerre sans merci» pour écraser le Hamas afin d'améliorer «à long terme» sa sécurité autour de la bande de Gaza, Israël a poursuivi hier ses frappes contre le mouvement islamiste pour la troisième journée consécutive. Des raids aériens particulièrement meurtriers qui ont fait au moins 360 morts, dont 57 civils. Et ce ne pourrait être que le début, puisque Tsahal semble sur le point de lancer des attaques terrestres.

«Si les tirs criminels contre Israël et ses citoyens ne cessent pas totalement, Israël aura recours à tous les moyens et tous les types d'actions légaux dont il dispose pour faire en sorte que l'ennemi mette un terme à ses agressions illégales», a d'ailleurs averti le ministre de la Défense, Éhoud Barak, par voie de communiqué. Il avait plus tôt souligné que les Israéliens étaient «engagés dans une guerre sans merci contre le Hamas et ses alliés».

Le vice-premier ministre, Haïm Ramon, numéro deux du gouvernement, a également haussé le ton en affirmant que «le but de l'opération est de faire tomber le régime du Hamas», alors que le chef d'état-major adjoint israélien, le général Dan Harel, assurait qu'«après l'opération, il ne restera plus aucun bâtiment du Hamas debout à Gaza». Jusque-là, les dirigeants israéliens affirmaient que l'opération Plomb durci, d'une violence inégalée depuis l'occupation des territoires palestiniens par Israël en 1967, visait uniquement à mettre fin aux tirs de roquettes sur le sud du pays depuis la bande de Gaza, contrôlée depuis juin 2007 par le Hamas.

Tsahal a effectivement continué de donner la mesure de sa détermination hier. Après une série de raids nocturnes, dont certains menés par des bâtiments de guerre au large de Gaza, l'aviation a lancé de nouvelles frappes, détruisant notamment le bureau du premier ministre du gouvernement du Hamas, Ismaïl Haniyeh. Deux chefs du groupe radical Jihad islamique ont également été tués.

Douze Palestiniens ont été tués et 30 autres blessés dans deux raids aériens menés en début de soirée à Beit Lahya et Beit Hanoun, deux localités dans le nord du territoire. Selon un porte-parole militaire, l'armée de l'air aurait également détruit un camion transportant des roquettes de type Grad dans le secteur de Jabaliya, dans le nord de la bande de Gaza. Les opérations se sont poursuivies au cours de la nuit, alors que plusieurs raids aériens avaient fait au moins 10 victimes palestiniennes, au moment de mettre sous presse.

Selon le dernier bilan fourni par le chef des services d'urgence dans la bande de Gaza, Mouawiya Hassanein, les attaques israéliennes ont fait depuis samedi 360 tués, pour la plupart des membres du Hamas, et 1550 blessés. L'Égypte a admis des blessés sur son territoire et autorisé des camions à décharger leur cargaison de vivres et de matériel médical dans le terminal frontalier de Rafah. Christopher Gunness, porte-parole de l'UNRWA, l'agence de l'ONU d'aide aux réfugiés palestiniens, citant des chiffres obtenus de sources hospitalières, a quant à lui fait état de 57 morts civils, dont 21 enfants et au moins sept femmes.

Laissant planer la menace d'une offensive terrestre, Israël, qui a mobilisé 6500 réservistes, a déployé hier en renfort l'infanterie et des blindés à la lisière de la bande de Gaza. L'armée a aussi décrété le secteur frontalier du territoire palestinien «zone militaire fermée», mesure qui pourrait bien être le prélude à une attaque terrestre qui semble imminente.

Des roquettes tirées depuis la bande de Gaza ont également fait des victimes. Deux Israéliens ont ainsi été tués en soirée. Une femme a péri dans la ville d'Ashdod. Moins d'une heure plus tôt, un Israélien avait été tué dans l'explosion d'une roquette près de Nahal Oz, à proximité de la frontière avec la bande de Gaza. Quatre Israéliens ont été victimes de tirs de roquettes palestiniennes depuis le déclenchement de la présente offensive. Selon l'armée, plus de 200 roquettes et obus de mortier ont été tirés sur Israël depuis samedi, tous revendiqués par le Hamas.

Appui américain

Plomb durci a en outre continué de susciter son flot de réactions partout dans le monde. Sans surprise, les États-Unis ont donné leur bénédiction aux opérations militaires menées par leur allié israélien, tout en assurant oeuvrer au rétablissement d'un cessez-le-feu. La Maison-Blanche s'est tout de même dite inquiète devant la situation humanitaire de la population palestinienne et a de nouveau appelé Israël à éviter les victimes civiles.

«Les États-Unis comprennent qu'Israël doive agir pour se défendre», a dit un porte-parole de la Maison-Blanche, Gordon Johndroe, tout en affirmant que Washington n'était nullement mêlé aux hostilités. «Israël a signifié clairement qu'il n'entendait pas reprendre Gaza, qu'il veut seulement que les gens du sud d'Israël puissent vivre en paix», a-t-il affirmé à Crawford, au Texas, où George W. Bush s'est retiré dans son ranch pour les fêtes de fin d'année.

C'est le Hamas qui est responsable de la situation actuelle, a ajouté M. Johndroe, en invoquant le refus de l'organisation palestinienne de reconduire la trêve échue le 19 décembre, et l'intensification de ses tirs sur le territoire israélien. «Le Hamas doit cesser ses tirs de roquettes sur Israël et accepter d'observer un cessez-le-feu viable et durable pour que les violences actuelles s'arrêtent», a dit M. Johndroe. Le Canada et l'Allemagne ont eux aussi rendu le Hamas responsable de l'escalade de la violence.

Le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, a pour sa part qualifié l'escalade de la violence d'«inacceptable». «Israël et le Hamas doivent tous les deux cesser leurs actes de violence et un cessez-le-feu doit être déclaré immédiatement», a-t-il dit, avant d'appeler les dirigeants arabes à «faire davantage» pour stopper les violences.

Un cessez-le-feu d'autant plus pressant, selon Rachad Antonius, spécialiste du Proche-Orient, que ces nouvelles frappes ne régleront absolument rien. «Israël espère résoudre le problème par des moyens militaires, mais ce n'est pas possible. Ça va plutôt creuser le fossé qui existe déjà» entre Israéliens et Palestiniens.

Selon lui, cette offensive s'inscrit cependant dans la continuité de la politique israélienne, qui tente à tout prix de démontrer que les Palestiniens sont les seuls responsables de l'insécurité dans la région. Or, a-t-il ajouté, «ce niveau de violence n'est pas le résultat des roquettes tirées par le Hamas, mais de la logique israélienne qui veut garder les territoires occupés par la force». «Les roquettes ont fait combien de victimes? Les victimes au quotidien du blocus israélien de la bande de Gaza, depuis que le Hamas y a pris le pouvoir, sont à elles seules quatre à cinq fois plus élevées que celles de toute la violence du Hamas combinées.»

Et s'il estime que le Hamas est «une catastrophe pour la Palestine», il n'en considère pas moins que la force de ce mouvement islamiste vient du fait qu'«Israël n'a pas voulu traiter de façon juste avec les forces démocratiques et laïques qui étaient celles de Yasser Arafat». Pourtant, a-t-il rappelé, les accords d'Oslo, signés en 1993, ouvraient la voie à une résolution du conflit israélo-palestinien.

Condamnations

Plusieurs pays, notamment des États musulmans d'Asie, ont par ailleurs joint leurs voix au concert de condamnations des raids. Le Pakistan comme l'Afghanistan, l'Indonésie et la Malaisie ont réclamé «l'arrêt immédiat» de l'offensive aérienne.

Le président en exercice de l'Organisation de la conférence islamique, le président sénégalais Abdoulaye Wade, a rejeté la raison avancée par Israël pour ses bombardements, qu'il a jugés «inacceptables» et qui «ne peuvent pas s'expliquer par des lancements de roquettes opérés par le Hamas». La Chine a aussi employé un ton ferme envers Israël, se disant «choquée et sérieusement préoccupée».

Au sein de l'Union européenne, le ministre britannique des Affaires étrangères David Miliband a déploré des pertes humaines «inacceptables». «Cela menace les chances d'une paix qui est si importante pour les Palestiniens [...], mais aussi pour Israël, et notamment parce que cela nourrit le radicalisme», a-t-il estimé.

Le gouvernement français a d'ailleurs annoncé la réunion en urgence aujourd'hui à Paris des ministres des Affaires étrangères de l'Union européenne, pour se concerter sur les efforts de règlement du conflit. «Les ministres évoqueront la contribution de l'Union européenne au règlement de la crise actuelle, en liaison avec les efforts de la communauté internationale, notamment ceux du Secrétaire général des Nations unies», a précisé le quai d'Orsay dans un communiqué. Paris a fait savoir que l'Union était prête à accroître son aide humanitaire aux populations de Gaza. Mais la France a réaffirmé que la priorité devait être un retour à la trêve entre Israël et le Hamas.

À Ramallah, le président palestinien Mahmoud Abbas a affirmé qu'il entendait «procéder à des consultations avec tous les partis palestiniens, y compris le Hamas, sur les événements tragiques dans la bande de Gaza». Le Hamas a rejeté de telles consultations.

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Avec l'Agence France-Presse, Associated Press et Reuters

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