Israël intensifie ses frappes

Une Palestinienne pleure la mort de son fils tué par les forces israéliennes.
Photo: Agence France-Presse (photo) Une Palestinienne pleure la mort de son fils tué par les forces israéliennes.

L'opération «Plomb durci» d'Israël n'a rien perdu de son aplomb. En plus de donner son feu vert à la mobilisation de milliers de réservistes en vue d'une éventuelle offensive terrestre, l'État hébreu a intensifié ses frappes sur la bande de Gaza qui, encore sous le choc des attaques aériennes déclenchées contre elle samedi, en est toujours à compter ses morts.

Jusqu'ici, près de 300 personnes ont été tuées, en majorité des policiers du Hamas, et on compte plus de 600 blessés, selon un nouveau bilan des services d'urgence palestiniens.

L'offensive, d'une violence jamais vue depuis l'occupation des territoires palestiniens par Israël en 1967, visait, selon Israël, à mettre fin aux tirs de roquettes depuis la bande de Gaza, contrôlée par le mouvement islamiste Hamas, sur les localités du sud du pays. «Cela ne sera pas de courte durée et ne sera pas facile». Ces mots du ministre de la Défense, Éhoud Barak, ont donné le ton. L'armée israélienne «élargira et approfondira ses opérations à Gaza autant que nécessaire», a-t-il averti.

Le porte-parole du Hamas, Fawzi Barhoum, a quant à lui accusé Israël de «commettre un holocauste au vu et au su du monde entier, qui n'a pas bougé le petit doigt». La «résistance palestinienne se réserve le droit de riposter à cette agression par des opérations de martyre», a-t-il affirmé, faisant allusion aux attentats suicide.

Hier après-midi, d'après des témoins, l'aviation israélienne a mené une série de raids contre des tunnels de contrebande qui permettaient au Hamas d'introduire des armes dans la bande de Gaza, depuis longtemps soumise à un blocus orchestré par Israël. Selon une porte-parole de l'armée, quelque «40 tunnels» auraient été visés dans le secteur de Rafah, à la frontière avec l'Égypte, faisant deux morts et 22 blessés. L'Université islamique de Gaza, une mosquée, située près du principal hôpital de Gaza, et la chaîne de télévision d'Al-Aqsa TV, utilisée par le Hamas, sont quelques-uns des lieux symboliques qui ont été visés par les frappes.

Piqués au vif, les partisans du Hamas ont voulu maintenir la pression sur leur éternel rival et ont riposté par des tirs de dizaines de roquettes et d'obus de mortier tôt hier matin. Deux roquettes sont notamment tombées près de la ville israélienne d'Ashdod, à une quarantaine de kilomètres de Gaza, soit la plus longue portée jamais observée. Aucune victime n'a été recensée.

Gaza en crise

Ces attaques meurtrières portent un dur coup à Gaza qui, saignée à blanc depuis un bon moment en raison du blocus maintenu par Israël, vit une grave crise humanitaire. Les hôpitaux de la bande de Gaza ne parviennent pas à faire face à l'afflux de victimes des raids, a fait savoir le Comité international de la Croix-Rouge (CICR). Les centres hospitaliers de Gaza ont besoin d'équipements médicaux et les habitants de l'enclave côtière ont peur de sortir dans les rues, a souligné le CICR.

Les organisations chargées des opérations de secours font néanmoins ce qu'elles peuvent. La Société du Croissant-Rouge palestinien a envoyé du personnel supplémentaire aux hôpitaux, tandis qu'employés et bénévoles aident à évacuer les morts et les blessés des bâtiments endommagés ou détruits. Jusqu'ici, le CICR a pu faire parvenir du matériel médical à deux hôpitaux de Gaza, et une cargaison supplémentaire était attendue dans le territoire hier.

Au terminal de Rafah, dans le nord-est de l'Égypte, des ambulances attendaient de prendre en charge des Palestiniens de la bande de Gaza blessés par les raids israéliens pour y être soignés. La Société du Croissant-Rouge iranien y est allé de sa propre contribution en envoyant en Égypte des avions-cargos remplis de 50 tonnes de nourriture et d'autres produits pour que cette aide soit acheminée à Gaza, a rapporté la télévision publique iranienne. Le ministre israélien de la Défense, Éhoud Barak, a finalement autorisé hier en fin de journée plus de 100 camions à livrer de l'aide humanitaire dans la bande de Gaza.

Solidarité de par le monde

À New York, le Conseil de sécurité de l'ONU, réuni en urgence, a appelé Israéliens et Palestiniens à «cesser immédiatement toutes les violences» dans la bande de Gaza. Le communiqué émis par l'ONU souligne la nécessité de rétablir une trêve entre l'État hébreu et le Hamas et demande aussi l'ouverture des points de passage pour assurer un acheminement continu de nourriture, de carburant et de médicaments.

Pour la seconde journée consécutive, de nombreuses manifestations de soutien ont été organisées dans toute la région, du Liban à l'Iran, ainsi qu'en Cisjordanie, où deux Palestiniens ont été tués par l'armée israélienne. Ailleurs dans le monde, des citoyens de toutes allégeances ont réclamé le retour de la paix, notamment à Londres, Madrid, Paris et Ankara. Au Canada, où des manifestations ont eu lieu dans les villes de Toronto, Ottawa et Montréal, le gouvernement conservateur a été fustigé pour son inaction et pour l'absence de condamnation des gestes d'Israël. Il a néanmoins appelé au «retour immédiat au calme», demandant au Hamas et à l'État hébreu de renouveler leurs «efforts» pour instaurer un cessez-le-feu.

Le président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, a exhorté le Hamas, qui a proclamé le 19 décembre dernier la fin de six mois de trêve avec Israël, à conclure un nouveau cessez-le-feu «pour arrêter le bain de sang». Mais le Hamas ne manquera pas de soutien s'il décide de maintenir sa stratégie belliqueuse: sans appeler à l'offensive, le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, a affirmé qu'il n'allait pas abandonner le Hamas et a demandé à ses hommes de se tenir en alerte dans le sud du Liban en cas d'attaques israéliennes.

Quant à la ministre des Affaires étrangères de l'État hébreu, Tzipi Livni, elle a déclaré au réseau NBC que son pays avait lancé cette opération parce que le Hamas faisait de la contrebande d'armes et formait «une petite armée». «Notre but n'est pas de réoccuper la bande de Gaza», a-t-elle toutefois ajouté.

Israël veut s'imposer

Selon Sami Aoun, politologue de l'Université de Sherbrooke et grand spécialiste du Moyen-Orient, le conflit, éminemment complexe, est un amalgame d'opinions, d'interprétations et d'intérêts diverses. Mais les motifs qui ont poussé Israël à durement frapper Gaza à ce moment bien précis de l'année ne relèvent pas du hasard et peuvent s'expliquer par trois dates. «Israël veut d'abord imposer sa loi à Gaza avant l'arrivée de Barack Obama au pouvoir, le 20 janvier. Il veut envoyer un message, alors que Mahmoud Abbas s'apprête à terminer son mandat présidentiel sur l'Autorité palestinienne le 9 janvier, et souhaite donner une image de puissance du parti au pouvoir, Kadima, qui pourrait éventuellement perdre face au Likoud lors des élections du 10 février prochain», explique-t-il. D'autre part, il reconnaît que le Hamas ne met pas en priorité le bien-être du peuple palestinien, pas plus qu'il ne promeut ses intérêts nationaux. «Aux yeux de l'Autorité palestinienne, le Hamas a l'air de davantage servir les intérêts de la Syrie et de l'Iran, et c'est là le problème», a-t-il précisé. Même s'il croit fermement qu'Israël n'est pas près d'abandonner, Sami Aoun prêche pour une «solution négociée» entre des intérêts palestiniens unis et l'État hébreu. «Le scénario le plus apocalyptique serait qu'on perpètre des assassinats politiques ciblés contre des dirigeants du Hamas et que cette faction réplique par des attentats suicide en Cisjordanie et ailleurs», a-t-il soutenu. «Mais un scénario de solution serait une réconciliation palestinienne qui pourrait permettre à l'armée égyptienne, par exemple, de rentrer dans Gaza pour veiller à l'ordre.»

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Avec l'Agence France-Presse, Reuters et Associated Press

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