Les attaques avaient été planifiées de longue date

Des dizaines de milliers de personnes sont descendues hier dans les rues pour condamner des frappes qui ont coûté la vie à près de 300 Palestiniens. Ci-dessus, une manifestation à Karachi, au Pakistan.
Photo: Agence France-Presse (photo) Des dizaines de milliers de personnes sont descendues hier dans les rues pour condamner des frappes qui ont coûté la vie à près de 300 Palestiniens. Ci-dessus, une manifestation à Karachi, au Pakistan.

Jérusalem — Une campagne d'intoxication destinée au Hamas, un épais secret et des préparatifs minutieux ont précédé le déclenchement des raids aériens israéliens meurtriers à Gaza, provoquant une surprise totale dans les rangs du mouvement islamiste.

Autant les médias locaux que des responsables s'accordent à penser que «la désinformation, le secret et des mensonges» ont incité le Hamas à ne pas prendre au sérieux l'imminence d'une opération massive d'Israël.

La retenue d'Israël mercredi pendant et après les tirs de 70 roquettes, pour la plupart le fait du Hamas, avait suscité quelques haussements de sourcils en Israël et à l'étranger.

Il s'agissait en effet du pire tir de barrage du Hamas depuis la fin des six mois de trêve avec Israël, le 19 décembre.

Le Hamas avait même émis un communiqué se moquant ouvertement du cabinet de sécurité israélien «qui passe son temps à discuter des décisions pour stopper les tirs» alors que ses combattants «bombardent [le territoire israélien] avec des dizaines de roquettes et d'obus de mortiers».

Mais tout semble avoir été programmé pour prendre le Hamas en défaut. Jeudi, 48 heures avant le déclenchement des raids aériens qui ont fait à ce stade près de 300 morts, la ministre des Affaires étrangères, Tzipi Livni, s'est rendue au Caire pour y rencontrer le président Hosni Moubarak.

Mais, sur le terrain, l'armée n'a pas bougé.

Le lendemain, le ministre de la Défense Ehoud Barak a été jusqu'à autoriser l'entrée de convois humanitaires à Gaza.

«Cela était aussi destiné à tromper le Hamas et lui donner l'impression que l'opération n'était pas pour tout de suite», a confié un haut responsable israélien.

Le même vendredi, le bureau du premier ministre a pris soin d'informer la presse que le cabinet se réunirait le dimanche suivant pour «discuter» l'éventualité d'une opération massive à Gaza.

Une approche qui a confirmé les spéculations sur le fait qu'aucune action ne serait entreprise avant dimanche. Mieux : selon le quotidien Haaretz, le commandement de la région sud, en charge de Gaza, est parti en permission.

«Cela n'a pas échappé au Hamas», écrit le Haaretz en citant un responsable de la Défense qui a noté que le mouvement islamiste avait dans un premier temps évacué ses locaux avant de les réintégrer au vu du comportement des autorités israéliennes.

Pour ajouter à cette intoxication, les raids aériens ont été lancés un samedi, jour du Shabbat, le repos hebdomadaire juif. «Israël n'est pas supposé lancer une guerre le samedi. L'élément de surprise explique le grand nombre de morts» dans les rangs du Hamas, écrit le quotidien Yediot Aharonot.

Et lorsqu'une soixantaine d'appareils de l'armée de l'air israélienne ont frappé en même temps des locaux du Hamas dans la bande de Gaza, de nombreux membres du mouvement islamiste étaient à découvert.

Plusieurs dizaines ont ainsi été tués dans le QG de la police dans Gaza-ville, en plein défilé de policiers du Hamas, selon des témoins. «Le Hamas a encaissé par surprise un coup dur», a déclaré un responsable israélien en rapportant des propos du chef d'état-major Gabi Ashkenazi.

Le mouvement islamiste a été forcé de reconnaître que ses installations avaient été lourdement touchées et qu'un grand nombre de ses combattants avaient péri ou avaient été blessés, dont trois officiers de haut rang.

Les préparatifs de l'opération israélienne avaient commencé six mois plus tôt, alors que le Hamas et Israël négociaient une trêve avec l'aide de l'Égypte, selon le Haaretz.

M. Barak avait alors demandé aux renseignements de recenser les sites des services de sécurité du Hamas et d'autres groupes armés dans la bande de Gaza.

Une fois obtenue la localisation des stocks d'armement, des camps d'entraînement et des logements des principaux responsables du Hamas, le plan d'attaque avait été rangé dans un tiroir. Pour en être retiré un mois avant le déclenchement des raids.

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