Les chrétiens désertent lentement Bethléem

Une femme se recueillant dans l’église de la Nativité, hier, à Bethléem.
Photo: Agence Reuters Une femme se recueillant dans l’église de la Nativité, hier, à Bethléem.

Bethléem — Jeu de dominos, pistaches et cigarettes. Issa Naber, 55 ans, passe chaque jour plusieurs heures à tuer le temps dans un club de l'action catholique, aux abords de la vieille ville de Bethléem. «Nous sommes une minorité enfermée», lance-t-il, faisant référence au mur israélien qui ceinture la ville de naissance du Christ et la coupe de Jérusalem. «Nous sommes détestés de tous les côtés. Par les Arabes musulmans qui nous considèrent comme des athées, et par les Juifs pour qui nous sommes des Arabes. Rien d'étonnant à ce qu'autant de chrétiens décident de s'expatrier.»

Alors que Bethléem se prépare à une affluence record de touristes et de pèlerins pour Noël, ses habitants chrétiens continuent de quitter la ville. Ces départs, même s'ils sont moins nombreux qu'au début de la deuxième Intifada, au début des années 2000, traduisent un mal-être persistant. Soumis aux conséquences politiques et économiques de l'occupation israélienne, les chrétiens doivent également gérer des relations parfois tendues avec leurs voisins musulmans.

Quitter la ville

«Les chrétiens, qui représentent environ 30 % des 60 000 habitants de la ville, continuent de quitter Bethléem au rythme de 150 à 200 personnes par an», explique Bernard Sabella, professeur de sociologie à l'université de Bethléem. Selon d'autres estimations, plus pessimistes, les chrétiens, qui étaient majoritaires à Bethléem avant la création de l'État d'Israël, ne représenteraient plus que 10 à 15 % de la population. Selon le dernier recensement disponible, celui de 1997, ils constitueraient 1,4 % de la population palestinienne (Cisjordanie, Gaza, Jérusalem-Est).

Les initiatives ne manquent pas pour tenter de les retenir. L'action catholique a ainsi financé en 2006, à hauteur de deux millions de dollars, la construction d'un imposant centre sportif proposant gratuitement des activités pour les enfants. Officiellement, le centre est ouvert à tous. «C'est surtout un endroit pour les chrétiens. Nous n'avons pas la place ni les moyens d'accepter tout le monde. Il n'y a qu'environ 2 % de musulmans», reconnaît cependant son directeur, Issa Hazboun. Et d'ajouter: «Les Palestiniens chrétiens sont oubliés, toute l'aide internationale va aux musulmans. L'Occident, qui a tendance à résumer le conflit avec Israël à un affrontement entre juifs et musulmans, ignore parfois complètement notre existence. Quant au gouvernement palestinien, nous n'en obtenons rien parce qu'il estime que, de toute façon, nous sommes aidés par les chrétiens de l'étranger.»

Le chômage endémique et l'occupation israélienne, plus que les tensions communautaires, sont les principaux facteurs qui poussent les Palestiniens, tant chrétiens que musulmans, au départ souligne Sabella. Il affirme cependant que «l'islamisation de la sphère publique» est problématique. «Nous étions habitués à vivre avec les musulmans dans une société civile ouverte, démocratique et pluraliste. Mais la montée de l'islam politique n'incite pas les chrétiens de Palestine à rester», dit-il, prudent.

Une réalité que Suha Asfour, 37 ans, une mère de famille issue d'une des vieilles familles chrétiennes de Bethléem, décrit ainsi, plus prosaïquement: «Certaines de mes voisines ont commencé à se voiler. Des gens avec qui nous avions l'habitude de prendre l'apéritif ont arrêté de boire. J'ai peur que mes filles se fassent harceler lorsqu'elles marchent seules dans la rue. Cela commence à devenir irrespirable ici!»

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