La police iranienne s'attaque à Shirin Ebadi

Le prix Nobel de la paix, Shirin Ebadi, photographiée dans son bureau de Téhéran en 2004.
Photo: Agence France-Presse (photo) Le prix Nobel de la paix, Shirin Ebadi, photographiée dans son bureau de Téhéran en 2004.

Téhéran — La police iranienne a fermé hier les bureaux du Cercle des défenseurs des droits de l'homme, dirigé par le prix Nobel de la paix 2003, Shirin Ebadi, marquant un durcissement du pouvoir à l'égard des organisations de défense des droits de l'homme.

«Des policiers en uniforme et en civil sont actuellement dans nos locaux et font un état des lieux. Ils ont fermé nos bureaux», a annoncé hier après-midi la vice-présidente du groupe, Narghes Mohammadi.

«La fermeture de nos bureaux sans ordre judiciaire est un acte illégal et nous allons protester», a déclaré pour sa part Shirin Ebadi, qui se trouvait dans les locaux au moment de l'intervention policière.

«Il est évident que cet acte n'est pas un message positif pour les militants des droits de l'homme, mais nous allons faire notre devoir quelles que soient les circonstances», a-t-elle poursuivi.

Les bureaux du Cercle ont été fermés «sur décision de justice», car le groupe n'avait pas d'autorisation du ministère de l'Intérieur «pour mener des activités», a rapporté l'agence semi-officielle Mehr.

Les partis politiques et les associations doivent avoir une autorisation de l'Intérieur pour être reconnus légalement.

Les policiers n'avaient donné aucun motif pour la fermeture des bureaux du Cercle. Après avoir bouclé le quartier, ils ont demandé aux membres de l'association d'«évacuer les lieux sans résistance». Mme Mohammadi a déploré n'avoir eu «d'autres choix que de quitter les lieux» et a assuré que «des hommes en civil avaient insulté des membres du groupe».

Des dizaines de membres des forces de l'ordre se trouvaient devant les locaux, selon elle.

Cette intervention de la police a eu lieu alors que le Cercle devait organiser une cérémonie pour le 60e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l'Homme.

Il s'agit d'un nouveau signe du net durcissement du pouvoir contre les militants des droits de l'Homme. Le 10 décembre dernier, une militante iranienne des droits de l'Homme, Nasrine Sotoudeh, a été empêchée par les autorités de se rendre un Italie pour y recevoir le prix d'une ONG italienne. Son passeport avait été confisqué.

Ces derniers mois, plusieurs militantes féministes ont également été condamnées à des peines de prison pour avoir réclamé l'égalité des droits entre hommes et femmes.

Le Cercle des défenseurs des droits de l'Homme a été fondé par un groupe d'avocats, dont Shirin Ebadi, lauréate du prix Nobel de la paix 2003. Ce groupe a dénoncé ces derniers mois l'aggravation de la situation des droits de l'Homme dans le pays.

Il a déploré la multiplication des peines capitales, notamment contre les mineurs ayant commis un crime avant l'âge de 18 ans. Le Cercle a également critiqué début novembre le nouveau code pénal iranien qui ignore, selon ce groupe, les droits des femmes et se fonde sur une interprétation «incorrecte» de l'islam.

Depuis 2003, Mme Ebadi a reçu à plusieurs reprises des menaces de mort à cause de ses activités en faveur des droits de l'Homme.

En avril dernier, elle avait reçue de nouvelles menaces lui demandant de «tenir sa langue». Le président Mahmoud Ahmadinejad avait alors ordonné une protection policière pour Mme Ebadi et ouvert une enquête.

En 1974, celle-ci est devenue la première femme juge du pays, mais après la révolution islamique de 1979, le nouveau pouvoir a décidé de ne pas autoriser les femmes à diriger des tribunaux.

Mme Ebadi a alors poursuivi ses activités en faveur des droits de l'Homme, des droits des femmes et des enfants.

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