Un portrait statistique des femmes israéliennes - Un pays où la femme domine en nombre

Selon des données qui datent du début de l’année 2008, 59 % des femmes israéliennes font partie de la population active.
Photo: Agence Reuters Selon des données qui datent du début de l’année 2008, 59 % des femmes israéliennes font partie de la population active.

Elles sont 3,7 millions sur les 7 millions d'habitants qui vivent en Israël. Dans une société dominée par des groupes culturels, cultuels et ethniques fort différents, difficile de parler d'une vérité ou d'une identité commune.

Tout semble séparer la femme de Tel-Aviv choisissant de mettre au monde un enfant en dehors du cadre marital, la nouvelle immigrante d'Éthiopie qui doit en quelques années intégrer une modernité inconnue, la femme orthodoxe de Bné Brak, mère de sept enfants, la Bédouine du Néguev mère à 16 ans et la femme arabe de Galilée qui tente à grand peine de sortir du carcan ancestral.

Pourtant une volonté de changement unit ces femmes israéliennes. Selon une enquête réalisée à l'occasion de la récente Journée de la femme, 75 % des femmes israéliennes, toutes communautés confondues, affirmaient que leur statut s'était nettement amélioré ces dernières années. Pour 81 % d'entre elles, des progrès importants auraient lieu dans un avenir proche, tant sur le plan de la lutte contre la violence que du statut économique de la femme.

En surnombre

Pour 3,7 millions de femmes en Israël, 3,3 d'hommes. Ce rapport entre les sexes est en Israël le résultat de l'immigration de l'ex-URSS et de l'Éthiopie. Les immigrantes sont plus nombreuses que les immigrants, alors qu'au début de la création de l'État d'Israël, plus d'hommes que de femmes vivaient en Israël, résultat de la structure démographique des années 1940, où plus d'hommes que de femmes s'étaient installés en Palestine sous mandat britannique.

La population israélienne est une population plus jeune que dans les pays occidentaux, la population féminine aussi. La situation est encore plus marquée au sein de la population arabe. En 2008, les femmes arabes de plus de 65 ans ne représentent que 3,7 % de la population féminine arabe, alors que chez les femmes juives, 14,5 % ont plus de 65 ans.

En Israël, les femmes se marient plus jeunes que dans les pays occidentaux, bien que l'âge du mariage amorce cette dernière décennie un changement en direction du modèle occidental. Chez la population arabe, l'âge du mariage, à moins de 20 ans, évolue peu et reste semblable à la situation dans les pays orientaux. Le nombre de divorces, lui, augmente rapidement pour actuellement dépasser 12 %.

Après avoir sensiblement baissé, le taux de natalité se stabilise ces dernières années à 2,6 pour la femme juive, 3,5 pour la femme chrétienne, et 4,4 pour la femme musulmane. Ce taux de natalité au sein de la population juive varie beaucoup selon les caractéristiques religieuses de la population. Chez la femme orthodoxe, le taux de natalité est de 4,9. Le chiffre officiel d'avortement est de 15 % des grossesses enregistrées, moins qu'en Europe ou qu'aux États-Unis.

Contrairement à la situation il y a une trentaine d'années, aujourd'hui, l'âge de la mère est semblable à celui des femmes des pays occidentaux. Des phénomènes de société inconnus se développent depuis quelques années. Les naissances après 40 ans représentent aujourd'hui près de 6 % de l'ensemble des grossesses.

Il y a de plus en plus de familles monoparentales, soit 102 000, en raison de la hausse importante du nombre d'immigrantes de Russie et des anciennes républiques soviétiques arrivées en Israël seules avec leurs enfants, et le nombre de femmes qui décident de mettre seules au monde un enfant est en nette augmentation. Le phénomène commence aussi à se développer au sein d'une partie de la population religieuse.

Quant à l'espérance de vie de la femme israélienne juive, elle est de 82,4 ans et celle de la femme arabe, de 79 ans.

Métiers et carrière

Tant au sein de la population juive qu'arabe, le taux de scolarisation est nettement plus élevé chez la femme que chez l'homme. Plus de femmes que d'hommes terminent le cycle secondaire, obtiennent leur baccalauréat, entament des études universitaires et sont diplômées. Comme dans les pays occidentaux, plus d'adolescents du sexe masculin que du sexe féminin interrompent leurs études.

Le record de détention du baccalauréat est détenu en Israël par les jeunes filles arabes chrétiennes: 73 % d'entre elles le réussissent, un taux très élevé, même comparé à celui des pays occidentaux.

Dans les universités israéliennes, les femmes dominent dans tous les domaines. Plus de femmes que d'hommes sont diplômées des premier et second cycles. Les femmes israéliennes, nettement plus que dans les pays occidentaux, suivent des études scientifiques et technologiques.

Le taux plus faible de présence féminine dans la population active qui avait caractérisé les débuts de l'État d'Israël est en nette augmentation. Selon des données qui datent du début de l'année 2008, 59 % des femmes font partie de la population active. Dans le monde arabe, le taux est nettement plus bas, avec 19 % seulement des femmes arabes qui travaillent.

La majorité des femmes travaille dans l'enseignement (24 %) et dans les professions paramédicales et sociales (15 %). Si les femmes sont nettement majoritaires dans les jardins d'enfants et au primaire, leur présence décroît en faveur des enseignants de sexe masculin aux niveaux supérieurs. Ainsi, si les femmes représentent 98 % des enseignants dans les maternelles, elles ne représentent que 10 % des professeurs d'université.

Si Israël arrive en 45e position des pays occidentaux pour le nombre de femmes au sein du Parlement et du gouvernement, dans la vie judiciaire, la représentation féminine est supérieure à celle enregistrée dans les pays occidentaux. Sur 489 juges, 76 sont des femmes, comme le sont 41 % des avocats. L'arrivée de Dorit Benaish à la présidence de la Cour suprême d'Israël est considérée comme une consécration de cette présence féminine au sein de la justice.

Dans le domaine du management, si la femme israélienne reste encore minoritaire, les progrès sont nets.

Elles comptent pour 24 % des p.-d.g., contre 16 % il y a cinq ans et 10 % il y a huit ans.

À l'armée, l'égalité des débuts s'est transformée en inégalité dans le courant des années 1960: 32 % des soldats sont des femmes, mais seulement 9 % sont lieutenant-colonel et 2 % d'autres ont des grades supérieurs. Dernièrement, le chef d'état-major a présenté un plan qui devrait promouvoir le statut de la femme au sein de l'armée grâce à une ouverture de presque tous les postes militaires aux femmes. Selon lui, alors que 60 % des postes de l'armée étaient accessibles aux femmes il y a dix ans, aujourd'hui, les femmes peuvent accéder à 86 % des postes, y compris des postes combattants, et d'ici cinq ans, 95 % des postes seront accessibles aux femmes.

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Katy Bisraor est une journaliste indépendante. Elle travaille à Jérusalem.