La Nakba est commémorée en ordre dispersé

Ramallah — En ordre dispersé mais très remontés, les Palestiniens ont commémoré hier à leur manière le 60e anniversaire de la création de l'État d'Israël en manifestant dans la rue, en actionnant des sirènes et en lâchant des ballons noirs dans le ciel.

Au même moment à Jérusalem, le président américain George W. Bush, reçu en ami par les Israéliens, qualifiait l'État hébreu de «patrie pour le peuple élu».

Les commémorations de la Nakba («catastrophe» en arabe), qui font généralement l'unanimité dans le camp palestinien, ont cette année illustré les divisions qui minent les descendants des quelque 700 000 Palestiniens chassés de leurs terres après 1948, écartelés entre le modéré Mahmoud Abbas et les radicaux du Hamas repliés dans la bande de Gaza.

Dans cette étroite bande côtière surpeuplée et au bord de l'asphyxie économique, un millier d'enfants ont paradé en «uniforme» d'activistes, brandissant des fusils et des lance-roquettes factices.

En Cisjordanie, fief du Fatah du président Abbas, ce dernier a profité de cet anniversaire pour lancer un appel à la réconciliation et à l'arrêt de la construction d'implantations juives.

«Soixante ans ont passé [...]. Il est temps de mettre un terme à la Nakba subie par le peuple palestinien», a déclaré à Ramallah l'orateur, dont les tentatives de renouer le dialogue de paix avec Israël n'ont pour le moment pas beaucoup progressé malgré les encouragements des États-Unis.

Alors que le message martelé par le successeur de Yasser Arafat consiste à poursuivre dans la voie des pourparlers jusqu'à un accord, le Hamas a exhorté les Palestiniens à rallier les rangs de la «résistance» contre l'occupant israélien.

Les islamistes, qui se sont emparés de Gaza par la force en juin 2007, ont également invité Abbas à «renoncer au mirage des négociations».

Tension à Gaza

À midi, les sirènes ont hurlé dans les villes de Cisjordanie, où la circulation automobile a été interrompue dans certains cas pendant deux minutes en guise de protestation.

À Gaza, la population est descendue dans la rue pour manifester contre le blocus économique du territoire. La police israélienne a fait usage de balles et de grenades lacrymogènes pour stopper des centaines de jeunes Palestiniens qui marchaient sur la frontière. D'après des infirmiers, un garçon a été blessé à la jambe.

Les chaînes de télévision palestiniennes ont diffusé des images de Palestiniens fuyant ou étant chassés de leurs habitations en 1948.

La tension était palpable à Gaza entre les deux camps rivaux, les forces de sécurité dépendant du Hamas ayant notamment interdit à des partisans du Fatah d'organiser un rassemblement de commémoration de la Nakba au camp de réfugiés de Djabalya.

À Ramallah, des écoliers en t-shirts noirs portant l'inscription «1948» devant et, au dos, «Pas à vendre» ont paradé dans les rues pavoisées de drapeaux. Certains brandissaient de vieilles clés rouillées des maisons dont leurs familles avaient été chassées il y a 60 ans.

Des milliers de ballons noirs — un pour chaque journée depuis la fondation, le 14 mai 1948, de l'État d'Israël — ont été lâchés dans le ciel de Cisjordanie, les organisateurs de la manifestation nourrissant l'espoir que ces ballons obscurcissent symboliquement le ciel au-dessus de Jérusalem au moment du discours de Bush devant la Knesset.

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