Un mausolée pour Arafat

Est inauguré aujourd'hui à Ramallah un mausolée à la mémoire de Yasser Arafat, décédé il y aura trois ans demain dans un hôpital de Paris à l'âge de 75 ans.

On attend à l'inauguration commémorative de ce week-end des dizaines de milliers de Palestiniens. Installé dans la grande cour de la Mouqata, le siège de l'Autorité palestinienne où Arafat a passé l'essentiel des deux dernières années de sa vie, assiégé par l'armée israélienne, l'imposant mausolée de pierre blanche, entouré de jardins d'oliviers et de bougainvillées, fera partie d'un complexe construit au coût de 1,7 million de dollars, comprenant un musée et une mosquée dont le sommet du minaret sera doté d'un rayon laser pointé sur Jérusalem, revendiqué par les Palestiniens comme capitale de leur futur État.

Les commémorations, auxquelles participera le président Mahmoud Abbas, successeur d'Arafat, en présence de représentants du monde arabe et musulman, se dérouleront sous le sceau d'une évidente nostalgie pour le défenseur historique de la cause palestinienne. Oubliés sont, pour une bonne partie de la population, ses erreurs et la corruption qui a entaché son leadership. Trois ans après sa mort, Yasser Arafat connaît en fait une popularité dont il n'a pas bénéficié de son vivant, écrivait récemment Mark MacKinnon, correspondant du Globe and Mail en Israël. Même les islamistes du Hamas, qui ont pris le contrôle de la bande de Gaza l'été dernier et qui ne cessent de vilipender M. Abbas, au pouvoir en Cisjordanie, exaltent aujourd'hui la mémoire d'un homme dont ils avaient toujours dénoncé la politique.

Le sentiment est aujourd'hui largement partagé qu'Arafat aurait su faire en sorte que soit évité le conflit interne entre le Hamas et le Fatah qui déchire les territoires occupés depuis juin dernier. Dans un sondage de Near East Consulting, une maison d'enquête de Ramallah, 91 % des répondants palestiniens estiment que Yasser Arafat aurait, lui, su préserver l'unité politique des territoires et empêché que les affrontements ne dégénèrent. La mémoire semble d'autant plus embellie que le président Abbas, peu populaire, donne à plusieurs l'impression d'être disposé à brader la cause pour obtenir une entente de paix avec Israël.

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