160 civils sont évacués - Liban : l'armée prépare l'assaut contre le camp de Nahr al-Bared

La fumée montait du camp de Nahr al-Bared hier.
Photo: Agence Reuters La fumée montait du camp de Nahr al-Bared hier.

Nahr al-Bared — Environ 160 personnes, civils et militants de l'OLP, ont été évacuées hier du camp palestinien de Nahr al-Bared, dans le nord du Liban, assiégé par l'armée, ce qui pourrait laisser présager un assaut contre les islamistes du Fatah al-Islam.

Une vingtaine de femmes ainsi qu'environ 140 militants de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) ont quitté dans l'après-midi le camp, déserté par plusieurs dizaines de milliers de personnes depuis le début des combats le 20 mai.

Les combats entre l'armée et le groupe djihadiste Fatah al-Islam, dont le dernier carré est retranché dans les étroites ruelles du camp, ont fait plus de 200 morts jusqu'à présent — 87 soldats, 75 activistes et 43 civils.

Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) n'a cependant pas réussi à évacuer comme prévu un groupe d'une soixantaine de femmes et d'enfants. Les ambulances qui devaient les emmener ont quitté, vides, le camp hier soir, alors que les bombardements de l'armée reprenaient sur Nahr al-Bared.

«Finalement nous n'avons pas pu les évacuer. Les ambulances sont entrées deux fois dans le camp mais ces civils, que nous avions contactés par téléphone, ne se sont pas présentés au point de rencontre», a expliqué la porte-parole du CICR, Virginia de la Guardia. Le CICR fera une nouvelle tentative aujourd'hui.

Ces nouvelles évacuations de civils, interrompues depuis plusieurs semaines, pourraient, selon une source palestinienne, «laisser le champ plus libre à l'armée pour intervenir [dans le camp], sans faire courir de risques aux civils».

À la veille de l'anniversaire du début de l'offensive israélienne au Liban contre le Hezbollah chiite, le premier ministre Fouad Siniora a réclamé hier un renforcement des capacités de l'armée afin de mettre fin aux combats contre le «gang criminel» du Fatah al-Islam.

Quelque 31 000 réfugiés vivaient avant les combats à Nahr al-Bared, l'un des plus grands camps palestiniens du Liban, construit en dur et aujourd'hui presque totalement en ruines.

En vertu d'accords entre le Liban et les Palestiniens, l'armée ne pénètre pas dans les camps, où la sécurité est assurée par les formations politiques et militaires palestiniennes. Mais l'armée se prépare à pénétrer au coeur de Nahr al-Bared faute d'avoir obtenu la reddition des insurgés.

De source militaire, on explique qu'elle craint d'être entraînée dans une guerre d'usure avec les activistes et qu'elle s'est donc résolue à aller les débusquer pour mettre un point final aux pires combats qu'ait connus le pays depuis la guerre civile de 1975-1990.

Des renforts terrestres, des hélicoptères de combat et, au large du camp, des bâtiments de guerre ont été mobilisés pour cette offensive décisive contre l'insurrection du Fatah al-Islam, précise-t-on de même source.

Les combats, les plus meurtriers depuis la fin de la guerre civile en 1990, avaient éclaté le 20 mai lorsque le Fatah al-Islam avait lancé une série d'attaques meurtrières contre l'armée aux environs de Nahr al-Bared. Depuis, les bombardements quotidiens sur le camp n'ont pas réussi à en chasser les islamistes, désormais retranchés dans la partie sud de Nahr al-Bared.

Le groupe sunnite, qui reconnaît des liens idéologiques avec al-Qaïda, est accusé par les autorités libanaises d'être un outil des services de renseignement syriens pour tenter de déstabiliser le Liban, ce que Damas dément.

Le groupe est constitué de combattants palestiniens, libanais et d'autres nationalités arabes, dont des Saoudiens, des Irakiens et des Syriens, selon l'armée.