Un calme précaire règne à Nahr al-Bared

Nahr al-Bared — Un calme précaire s'est installé hier dans le camp palestinien de Nahr al-Bahred, dans le nord du Liban, après la proclamation d'une trêve entre l'armée et les combattants du Fatah al-Islam à l'issue de 33 jours combats qui ont fait 172 victimes.

Les affrontements entre ce groupuscule se réclamant de la mouvance d'al-Qaïda et l'armée libanaise ont constitué le conflit interne le plus violent que le pays du Cèdre ait connu depuis la guerre civile de 1975-90.

De la fumée s'élevait toujours au-dessus de bâtiments détruits par des bombardements à l'une des entrées du camp, mais après la levée du jour, seuls quelques explosions et tirs d'artillerie sont venus rompre le silence.

Le ministre de la Défense, Elias Mourr, a crié victoire jeudi sur les activistes du Fatah al-Islam. Il a affirmé que l'armée avait détruit toutes leurs positions et qu'elle continuerait à encercler le camp jusqu'à la reddition des derniers combattants, dont leur chef, Chaker al-Abssi.

Le Fatah al-Islam a dit à l'équipe de médiateurs palestiniens qu'il acceptait de cesser le feu, peu après la déclaration du ministre de la Défense, tard dans la soirée.

Mourr a précisé que la plupart des dirigeants du groupe avaient été tués et que les rescapés s'étaient réfugiés dans des zones civiles situées en plein coeur du camp.

«Ils doivent se rendre [...] Il ne suffit pas de dire qu'Abssi a été tué. S'il est mort, donnez-nous le corps», a déclaré le ministre.

Les soldats empêchent quiconque, y compris les journalistes, d'entrer dans le camp. Mourr a indiqué qu'il restait une zone militaire.

«On nous dit que les combats ont cessé, mais il y a encore quelques explosions», a déclaré à Reuters Hind Abdoullah, une femme de 35 ans, mère de dix enfants, dans le camp de Beddaoui où elle et sa famille, comme des milliers d'autres Palestiniens, ont trouvé refuge. «Nous sommes prêts à partir et à rester sur le sable au lieu de demeurer ici, mais nous savons qu'il y a des mines et des pièges», a-t-elle expliqué.

La majeure partie des 40 000 habitants du camp de Nahr al-Bared, qui a été partiellement détruit par les combats, s'étaient enfuis aux premiers jours des affrontements.

Au moins 172 personnes, parmi lesquelles 76 soldats, 60 activistes et 36 civils, ont été tuées dans les combats.

Les médiateurs palestiniens doivent rencontrer dans la journée des diplomates saoudiens pour discuter du sort des Saoudiens qui ont rejoint le Fatah al-Islam ainsi que du financement de la reconstruction du camp.

L'armée libanaise affirme que les combattants du Fatal al-Islam ont ouvert les hostilités en attaquant ses positions, mais ces derniers disent avoir agi en état de légitime défense.

Selon Mourr, certains des membres du Fatah al-Islam appartiennent à l'organisation al-Qaïda. Abssi a affirmé, pour sa part, que son groupe n'avait aucun lien direct avec l'organisation radicale mais partageait la même idéologie.